2023, année des seniors ? «Vive les seniors !» écrivait début 2023, dans un éditorial, notre directeur de la rédaction Emmanuel Duteil.
On n’a jamais autant parlé d’eux ! Avec la réforme des retraites, il faudra compter avec eux dans les entreprises... Présents plus longtemps, ils y seront logiquement plus nombreux. Alors on redécouvre, ou on feint de redécouvrir, leurs qualités. Avec parfois une pointe d’hypocrisie, alors qu’on les a poussés dehors pendant des années. Mais là, entreprises et salariés n’ont pas le choix : les seniors sont là, bien là, et ils vont rester.
Premier point : la réforme des retraites, c’était son but, aura forcément comme impact une remontée du taux d’emploi des 55-64 ans. Cela a été le cas des réformes précédentes. En 2021, 56% des Français de cette tranche d’âge étaient en emploi, contre 41% en 2010. Celle de 2023 est entrée en application très rapidement, dès le 1er septembre 2023, quitte, parfois, à demander à certains salariés partis en congés de pré-retraite de revenir au boulot !
La réforme introduit une micro-mesure permettant aux salariés exposés à la pénibilité de partir plus tôt à la retraite. Très peu seront concernés... En revanche, la loi n’est pas si méchante avec les carrières longues : à force d’amendements, le nombre de départs anticipés pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes devrait doubler.
Comment remplacer le CDI et l'index seniors?
Alors, que faire de tous ces salariés vieillissants ? Les DRH vont-ils enfin adopter des plans seniors dignes de ce nom ? Plusieurs études le montrent : les seniors se sentent discriminés, ont l’impression qu’on ne leur propose plus de nouveaux postes, qu’ils ne progressent plus, que leur employeur ne veut plus investir dans leur formation... Premier pas pour chasser les préjugés, certains militent, à la suite du rapport Bellon utilisant cette expression, pour qu'on cesse de parler de «seniors» et qu'on les qualifie de «travailleurs expérimentés»...
Deux mesures de la réforme des retraites devaient encourager le recrutement et la carrière des seniors, mais elles ont été retoquées par le conseil constitutionnel : le CDI senior et l’index senior. Le premier aurait créé un contrat de travail allégé en cotisations sociales pour les plus de 60 ans, se terminant à l’âge de leur taux plein. Et l’index seniors aurait de toutes façons eu un impact limité. Le 22 décembre, les partenaires sociaux ont entamé leur nouvel agenda social par ce sujet de l’emploi senior. Remettront-ils un index ou un CDI senior sur la table ?
Des seniors précieux face aux tensions de recrutement
Finie l’époque où on poussait les seniors dehors ? Pour certains industriels, très clairement. Les seniors bénéficient des fortes tensions sur les recrutements. Faute de sang neuf pour travailler dans les usines, certains employeurs essaient de faciliter la vie de leurs salariés âgés pour qu’ils restent. Safran, bon élève salué par une visite de la première ministre, a signé un accord avec ses syndicats pour leur proposer des reconversions ou une décroissance progressive de leur activité.
Mais attention, alerte la Mutualité française, à une autre conséquence de la réforme des retraites : plus vieux, plus fatigués, les seniors sont plus exposés aux accidents du travail. Les entreprises vont devoir corser leur politique de prévention en matière de santé et de sécurité.
Les opposants à la réforme des retraites ont eux mis en avant ce que les jeunes retraités apportaient à la société. Des services à la valeur non mesurée, comme les gardes d’enfant, l’engagement associatif, les mandats électifs, le bénévolat... En entreprise ou en dehors, tout le monde se bat pour les seniors, plus désirés que jamais ! Cela tombe bien : au vu des évolutions démographiques, les jeunes se feront de plus en plus rares.



