Y-a-t-il une pénurie de médicaments indispensables pour la réanimation ?
"C’est une des questions les plus sensibles et délicates qu’on doit affronter en ce moment", a estimé Edouard Philippe jeudi 2 avril au soir sur TF1. Il reconnaît "des tensions très fortes sur l'approvisionnement dans un certain nombre de molécules et de médicaments". "Partout dans le monde et au même moment, la consommation des produits nécessaires à la réanimation, que ce soit les médicaments ou les consommables liés à la réanimation, (comme) les embouts des respirateurs, explose dans des proportions jamais imaginées", a reconnu le Premier ministre. Selon lui, la hausse de cette demande mondiale s’élèverait à près de 2 000 %.
Il fait état de deux types de situation. "Un certain nombre de ces molécules est en stock suffisant, soit dans les hôpitaux, qui ont en général une consommation très importante, soit chez les industriels et nous gérons au mieux les stocks". "Nous allons pouvoir faire face dans la durée aux besoins et à la consommation", assure-t-il, notamment concernant un curare, l'Atracurium, ou encore le paracétamol injectable.
Pour d’autres molécules, néanmoins, "les stocks sont plus limités et donc les tensions et les inquiétudes des soignants sont réelles", estime-t-il : une autre forme de curare, le cistracurium et deux hypnotiques, le midazolam et le propofol, pour lesquels les stocks des hôpitaux ne sont que de "quelques jours" et ceux des industriels "ne donnent pas la visibilité que nous souhaitons". A tel point qu’ Edouard Philippe raconte avoir "personnellement cet après-midi - le ministre de l'Économie et des Finances l'a fait de son côté, le président de la République le fait de son côté - appelé un certain nombre d'industriels pour voir quelle était la production de ces molécules pour voir quels étaient les endroits qui bloquaient dans l'approvisionnement (...) ou dans la production de ces médicaments". "Il y a là un sujet d'importance, mais nous avons des ressources, nous avons la volonté", insiste Edouard Philippe.
Car entre les stocks en chute libre et l’afflux de patients graves, l’Ordre national des pharmaciens craint que la France ne puisse plus faire face à l’épidémie d’ici quinze jours en raison du manque de médicaments indispensables dans les services de réanimation. En Europe, l'Alliance européenne des hôpitaux universitaires partage la même inquiétude.
En Ile-de-France, un plateau ultra moderne sera ouvert courant avril – au lieu de juin – à l’hôpital Henri Mondor, afin d’accueillir 86 patients supplémentaire, annonce Edouard Philippe.
A quand la fin du confinement ?
"Le déconfinement, ça n’est pas pour demain matin", indique le Premier ministre. La "logique du confinement se tiendra au moins jusqu’au 15 avril et probablement plus longtemps". Il est "quasiment acquis qu’il faudra procéder de façon progressive pour éviter qu’ensuite on ne soit frappé par une deuxième vague qui nous obligerait à procéder à nouveau à des confinements : c’est une question difficile" et il faudra se cordonner avec les Anglais, les Espagnols, les Allemands…
Pour parvenir au déconfinement, le Premier ministre assume la nouvelle position du gouvernement : tester un maximum de Français désormais, à l’image de ce qui se pratique depuis plusieurs semaines en Allemagne.
Les tests seront-ils suffisants ?
Deux types de test sont désormais utilisés. Les tests virologiques dits RT-PCR, actuellement pratiqués, sont basés sur une analyse génétique, afin de préciser si un malade est infecté au moment où on les réalise. La France en pratique désormais 20 000 par jour. La semaine du 6 avril, le pays passera à 30 000 par jour, puis 100 000 en mai. Cela signifie qu’il faudrait à ce rythme deux ans pour traiter la population française.
Autre possibilité, "un des sujets qui nous occupera beaucoup pendant les semaines et mois qui viennent" selon le Premier ministre car ils ne nécessitent qu’une simple prise de sang : les tests de sérologie. Ils permettent de déterminer si la personne a été en contact avec le virus, et est donc a priori immunisée. "Ces tests sérologiques, on pourra en faire beaucoup quand ils existeront et qu’on sera certain de leur efficacité", explique Edouard Philippe, se disant prêt à faire appel à une production française ou étrangère. Mais gare aux arnaques… reconnaît-il à demi-mots.
Comment s'approvisionner en masques chirurgicaux?
Le Premier ministre a rappelé la grande mobilisation industrielle en cours pour la production de masques chirurgicaux à destination des soignants par les quatre fabricants hexagonaux et l’importation de produits venant de Chine. Mais il n'a pas caché les "vraies difficultés" rencontrées sur ce point en raison de la concurrence entre pays pour se fournir. Ce ne sont "pas des difficultés logistiques liées à des avions qui manqueraient car nous avons vraiment la capacité d'envoyer des avions au fur et à mesure que c'est nécessaire, mais la capacité parfois à accéder aux produits des commandes qui ne sont pas toujours livrées pour des raisons assez variées", assure Edouard Philippe. Le jour même, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse avait affirmé avoir perdu un chargement de masques chinois à cause d'acheteurs américains ayant "surenchéri" pour l'obtenir.
Comment relancer l’économie ?
Une fois "passé le plus dur de la crise sanitaire", le Premier ministre espère un plan de relance européen, qui puisse permettre à l’économie mondiale de repartir. Il se veut rassurant : aujourd’hui, "la France continue à emprunter dans des conditions qui sont bonnes, preuve que les marchés financiers ont confiance en notre pays, dans sa capacité à franchir cette crise". Cette relance, il espère qu’elle sera pensée avec d'autres pays, mais ne cache pas se demander si la solidarité européenne a suffisamment joué face à cette crise.
La difficulté de la relance "va être commune, et elle va être considérable", ne cache pas Edouard Philippe. Nécessitera-t-elle de futurs impôts pour les Francais ? "Le moment venu quand la machine sera repartie, il faudra faire face aux choix que nous faisons aujourd’hui", relève le Premier ministre. "Mais l’urgence, c’est de passer la crise sanitaire".
Pour aider l’économie française à repartir, que les entreprises conservent leurs salariés, Edouard Philippe a insisté sur le choix du "système d’activité partielle le plus généreux d’Europe" effectué par le gouvernement, en s’inspirant de l’exemple allemand lors de la crise de 2008. "En ce moment, on se bat pour conserver l’économie française en vie", insiste-t-il. Quitte à reporter la réforme des retraites : "nous devons suspendre au maximum ce qui peut justifier des désaccords qui n’ont pas lieu d’être dans le combat que nous menons".



