Le 28 mars, le ministre de la Santé Olivier Véran confirmait une commande massive de masques à des industriels chinois, portant sur plus d’un milliard d’unités. Un pont aérien sera mis en place pour acheminer ces masques. Après une première livraison de 8,5 millions de masques intervenue le 30 mars, une nouvelle est attendue le 1er avril. Depuis un décret paru le 3 mars, l’Etat a aussi ordonné la réquisition de masques chirurgicaux et FFP2 auprès des distributeurs et des quatre producteurs en France, dont le plus grand est Kolmi-Hopen, l’entreprise à laquelle Emmanuel Macron rend visite mardi 31 mars au matin. Mais qui est-elle ?
Un spécialiste des produits à usage unique
Cette PME, qui emploie 102 salariés à Saint-Barthélémy-d’Anjou, dans l’agglomération d’Angers (Maine-et-Loire), est en première ligne face au coronavirus. L’usine a embauché 35 salariés supplémentaires en production et logistique et ses machines tournent désormais 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. "On a multiplié notre production par cinq ou six depuis le 21 janvier, confiait il y a quelques jours son dirigeant, Gérald Heuliez, à L’Usine Nouvelle. On livre nos clients récurrents qui ont des contrats avec les hôpitaux. On livre le plus souvent, si on peut choisir, là où il y a le risque dans un hôpital, cela peut être en Italie, en Chine, en Corée…"
Kolmi-Hopen, qui appartient au groupe canadien Medicom, est un spécialiste des produits à usage unique : sur-chaussures, charlottes et surtout masques médicaux et de protection. Elle en produit plus de 150 millions d’unités par an, principalement pour les professionnels de santé (chirurgiens, dentistes…), les patients et, de plus en plus, pour le grand public. Avec le coronavirus, la production pourrait atteindre 500 millions de produits en 2020. Le site affiche actuellement une production "d’un million de masques par jour, un volume deux fois plus élevé que d’habitude. Il y a des chiffres plus élevés chez certains confrères, notamment quelques-uns qui avaient des outils tournant peu et qui ont pu multiplier leurs productions parfois par dix".
Augmenter les capacités de production
Pour répondre à l’urgence, la PME a dû augmenter ses capacités de production. "Nous avons augmenté les cadences depuis le 21 janvier, nous produisons à plein depuis le 8 février, et nous avons ajouté des lignes de production depuis dans l’usine", relate Gérald Heuliez.
Kolmi-Hopen n’avait pas connu une telle mobilisation depuis la grippe H1N1 en 2009. L’entreprise, qui fabrique une centaine de produits différents, a donc rationalisé sa production autour de cinq références. Kolmi-Hopen a réalisé un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros en 2019.
La réquisition de la production de masques par l’Etat court jusqu’au 31 mai. Gérald Heuliez a confirmé un accord avec le gouvernement "à un prix juste et défini". Même si cette situation ne couvrira pas "nos pertes à l’export. Nous avons mis des années à construire des relations avec des clients en Europe et cela nous prendra quelques années pour les re-convaincre", notait toutefois le dirigeant.
Mobilisation nationale
La hausse de la production chez les quatre fabricants françaises de masques chirurgicaux doit permettre de porter la production nationale de 15 millions à 40 millions de masques par mois courant avril. Le gouvernement reste fidèle à sa doctrine de répartition des masques, en privilégiant les personnels soignants et les personnes fragiles.
Des entreprises ont par ailleurs fait qualifier leurs masques alternatifs non destinés aux équipes soignantes. Au 30 mars 2020, 179 entreprises ont ainsi transmis 272 prototypes de masques.172 ont été analysés, et 85 modèles réalisés par 45 entreprises ont été validés. Ce sont ainsi 490 000 masques qui seront produits chaque jour dans les prochaines semaines, par des entreprises tricolores, en France et chez des sous-traitants à l'étranger.



