A Concarneau (Finistère), la Brasserie de Bretagne veut déjà voir plus grand. Après avoir déménagé en 2020 de son site historique, où cette PME de 47 personnes oeuvrait depuis sa création en 1998, afin de passer de 70000 à 200000 hectolitres (hl) de capacité, elle table sur un futur investissement de 5 millions d’euros, qui doit aboutir fin 2026, afin de doubler sa capacité de conditionnement.
De quoi répondre à la forte progression des volumes vendus par la brasserie, en hausse de 47% entre 2020 et 2025, avec 10% de croissance escomptés en 2025 et 12% en 2026. «Nous avons innové, avec cinq nouvelles références en canettes en deux ans», précise Clément Bedbeder, le PDG de l’entreprise, qui a réalisé 25 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
Une réorganisation envisagée de la ligne de conditionnement
Aujourd’hui, Brasserie de Bretagne atteint les 120000 hl produits, à travers quatre marques : Britt (sur le segment de la désaltération), Saint-Erwann (bières de dégustation, aussi vendues hors de la Bretagne), Dremmwel et Ar-Men (bières bio). La PME conditionne ses bières en fûts et en bouteilles 25cl, 33cl, 75cl. Elle souhaite passer de 120 000 à 240 000 hl en capacités de conditionnement. Pour cela, elle prévoit de nouvelles cuves de 1250 hl chacune («soit une demi-piscine olympique»).
Deuxième catégorie d’investissement, l’extension de la ligne d’enfûtage, dont la capacité doublera, et l’ajout d’un palettiseur-dépalettiseur. Troisième chantier, qui représente les deux-tiers de l’enveloppe de 5 millions d’euros : le remplacement de deux lignes de conditionnement, de respectivement 4500 et 8000 bouteilles par heure, par une seule ligne de 25000 bouteilles. Pour l’heure, la mise en canettes restera externalisée.
Autre ajout prévu dans l’usine, celui d’un mécanisme de récupération de gaz carbonique. «Le CO2 que l’on produit en trop est perdu dans la nature. Demain, nous pourrons réinjecter le CO2 dans la bière, afin qu’elle soit gazeuse, avec du gaz carbonique naturellement issu de notre fermentation. Nous pourrons économiser 60% de nos achats externes de CO2», espère Clément Bedbeder.
Un test sur le réemploi
Première brasserie bretonne en volumes vendus et en chiffre d’affaires, avec 7% de parts de marché de la bière dans la région, l’entreprise compte aussi accélérer sur le segment du réemploi, dans le cadre de l’expérimentation «Go ! Réemploi» lancée en juin 2025 par l’éco-organisme Citeo dans quatre régions (Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire, Hauts-de-France). 1000 magasins doivent, à terme, être équipés d’automates collecteurs.
Pour Brasserie de Bretagne, cela a nécessité d’investir dans de nouveaux contenants, une bouteille baptisée «R-Coeur», homologuée par Citeo. Quatre références sont concernées depuis le 11 juillet. «Il y a beaucoup de détracteurs au lavage des bouteilles, mais on économise 80% de carbone sur une bouteille lavée plutôt que recyclée», estime Clément Bedbeder. Pour inciter les consommateurs à s’y intéresser, le prix des bières est abaissé de 10 centimes par rapport aux contenants traditionnels. Une première expérimentation avait été réalisée en 2022.
Par ailleurs, si les taux de croissance de Brasserie de Bretagne ne faiblissent pas, un investissement potentiel de 10 à 12 millions d’euros pourrait être réalisé à Concarneau en 2030, avec agrandissement du bâtiment, et un doublement de la capacité de brassage. En attendant, l’entreprise doit aussi veiller au développement du groupe Fabulous French Brasseurs, qu’elle a créé en 2020 à l’issue du rachat de trois brasseries régionales. Celles-ci gardent leur autonomie en termes d’achats et de formulation de recettes. Au total, l’ensemble pèse 33 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une centaine de salariés.



