À partir de janvier 2026, le goût de Cointreau ne changera pas, assure son maître-distillateur, Carole Quinton. En revanche, l’un de ses ingrédients, de l’alcool neutre d’un point de vue organoleptique, devrait évoluer à cette date. Jusqu’alors composé d’alcool de betterave ou de grain français, cet ingrédient de la célèbre liqueur d’orange (18 millions de flacons produits en 2024) sera fabriqué à base de légumineuses.
Le fruit d’un partenariat entre le groupe Rémy Cointreau et Intact, une start-up créée en 2022 dont l’objet est de produire, à compter du deuxième semestre 2025, des ingrédients destinés aux industries agroalimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques à base de légumineuses. Pour Cointreau, qui utilise de l’alcool neutre en plus de son distillat d’écorces d’oranges douces et amères, de sucre et de l’eau, 1200 tonnes équivalent CO2 devraient être économisées chaque année. De quoi verdir l’image de la liqueur produite à Saint-Barthélémy-d'Anjou (Maine-et-Loire).
Un process en voie sèche
«L’alcool neutre doit avoir le moins d’odeurs possible, pour être intégré à des spiritueux ou à des parfums par exemple. Nous avons dû développer un process industriel adapté aux caractéristiques des légumineuses», explique Fanny de Castelnau, la cofondatrice et directrice générale d'Intact. Pour s’approvisionner, l’entreprise s’appuie sur 3000 hectares de cultures de légumineuses en région Centre Val-de-Loire, grâce à un partenariat avec la coopérative Axéréal. Intact revendique 80% d’émissions carbone et d’eau en moins par rapport aux alcools neutres actuellement commercialisés.
À Baule (Loiret), Intact travaille sur des équipements pilotes, dans l’attente de la livraison de son usine dans le courant de l’année 2025. Un brevet a été déposé, au terme de deux ans de recherche et développement. «Le process que nous avons développé est en voie sèche, ce qui engendre une réduction importante d’énergie lors de la production. Dans un pois, on doit séparer l’amidon de la protéine. Cette séparation se fait par voie sèche, de façon mécanique, par flux d’air. Comme l’amidon et la protéine n’ont pas le même poids, la séparation s’effectue naturellement», précise Fanny de Castelnau. Dans les procédés conventionnels, par voie humide, de l’eau et une source de chaleur sont utilisés.
Des échanges réguliers lors du process de R&D
Pour mettre au point son alcool neutre (et se garantir un premier débouché), Intact a approché le groupe Rémy Cointreau dès le début de son process de R&D. «Nous allons économiser 5% de notre bilan carbone grâce à cet alcool, puisque la culture des légumineuses ne nécessite pas d’apports supplémentaires en engrais. Nous avons fait valider le process et le produit par notre panel interne, se réjouit Carole Quinton, qui a testé les prototypes de l’alcool en laboratoire, et confirmera sa décision de basculer sur ce produit lorsque l’usine d’Intact sera ouverte. Quand l’alcool sortira à grande échelle, nous referons des essais en interne pour valider qu’il n’y a pas de différence.» Pour l’heure, Pulse présente un surcoût par rapport aux alcools neutres classiques – que les deux parties ne souhaitent pas chiffrer. «Il est compensé par le fait que l’on améliore notre bilan carbone, de surcroît avec un produit made in France», indique Carole Quinton.



