A Cognac (Charente), Vicard Tonnelleries fête, en 2025, son centième anniversaire dans un contexte de difficultés économiques pour la filière cognac, qui représente 25% des volumes de tonneaux que l'entreprise fabrique. Des mesures de chômage partiel ont notamment été prises chez Remy Martin chez Camus, face à une baisse des ventes du spiritueux (-13% depuis 2020) et aux nouvelles taxes américaines.
«Les Etats-Unis sont notre deuxième pays acheteur de barriques. Avec 10% de droits de douane, nous avons des clients qui nous achètent moins de produits. La plus grosse pénalité, c’est l’évolution de la parité euro-dollar : le dollar est à 1,15 euro, ce qui représente moins de pouvoir d’achat pour nos consommateurs américains», observe Jean-Charles Vicard, PDG et seul membre de la famille aux commandes, qui représente la sixième génération de tonneliers. Parti d’une tonnellerie, toujours en activité avec 35000 barriques par an, expédiées dans plus de quarante pays, le groupe compte aujourd’hui 160 personnes, des activités de merranderie et un atelier inox.
Une précédente diversification… hors du cognac
La société familiale s’était précédemment diversifiée à la faveur d’une précédente crise du cognac, dans les années 1970. L’entreprise s’est alors mise à exporter ses barriques, cuves et foudres en Europe et aux Etats-Unis, élargissant son scope au marché du vin. Surtout, cette période difficile a poussé Jean Vicard, le père de Jean-Charles, aux commandes de l’entreprise de 1977 à 2002, à mener un autre chantier : celui de l'intégration verticale.
Car, même si Vicard Tonnelleries n’est pas propriétaire de forêts, elle maîtrise la première transformation du bois grâce à sa merranderie, située sur la commune de Les Salles-Lavauguyon (Haute-Vienne), et compte également une unité de cuverie Inox basée à Jarnac (Charente). En-dehors de la production du bois, le groupe opère ainsi de la sélection du chêne à la fabrication des fûts. «Le chêne est une matière première qui coûte très cher. Il s’agit d’une immobilisation importante, avec une macération de trois ans. Comme nous avons la chance d’être une entreprise familiale, nous avons pu réinvestir pour faire progresser le parc à bois rapidement», se satisfait Jean-Charles Vicard.
Passé de 2 à 14 hectares depuis les années 70, le site de Cognac compte notamment un parc à bois, le trésor de guerre de Vicard. Le bois y passe au minimum trois ans. «La gestion en bon père de famille, c’est de prévoir qu’il y aura des périodes difficiles. Nous avons quatre ans de stockage de bois, alors qu’il en faut trois pour le vieillissement», poursuit le chef d’entreprise, qui compte répondre à la tendance accrue pour le finish, dans des barriques spécifiques, de rhums, tequilas, gins ou whiskies.
Jean-Charles Vicard doit aussi veiller à une crise moins brutale que les élucubrations du président des Etats-Unis mais qui se diffuse dans le temps : celle du réchauffement climatique, «Le chêne le ressent et a moins de feuilles», explique-t-il, pointant un risque de dépérissement de la forêt. Pour maintenir la qualité des produits, il a recours depuis 2009, à la spectrométrie, pour les troncs d’arbres afin d’en ventiler les pièces vers différents types de barriques.



