"Un demi-million d’intérimaires ont vu leur mission brutalement interrompue en deux jours, une situation totalement inédite !" Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale de Prism’emploi, l’organisation professionnelle de l’intérim répétera le chiffre à plusieurs reprises : "Un demi-million, vous vous rendez compte ?" Au lendemain des annonces de confinement du président de la République, le lundi 16 mars, les entreprises clientes des sociétés d’intérim interrompent les contrats.
Selon les sociétés, cela représente un arrêt de 60 à 90% de leur activité, une dégringolade de 75% en moyenne sur la période du 15 au 30 mars. Le nombre d’équivalents-temps plein passe de 750 000 à 199 000 entre la première et la deuxième moitié du mois…. Rien n’est prévu pour faire face à cette situation, cela n’est jamais arrivé.
"Nous avons été entendus"
Parmi les mesures prises par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, une ordonnance attendue pour la fin de la semaine permettra à ces centaines de milliers d’intérimaires de bénéficier du chômage partiel. Jusqu’ici, seuls pouvaient en bénéficier ceux travaillant dans des entreprises elles-mêmes éligibles au chômage partiel. Dès la semaine prochaine, avec effet rétroactif, les intérimaires qui ont un contrat en cours seront indemnisés par le chômage partiel jusqu’à la la fin prévue de leur mission. "Nous demandions au gouvernement qu’il dissocie la situation des intérimaires de celle de l’entreprise où ils sont en mission, poursuit la déléguée générale de Prism’emploi. Nous avons été entendus, la profession ressent un immense soulagement."
Les salariés permanents des sociétés d’intérim, parmi lesquels les CDI intérimaires, peuvent eux aussi bénéficier du chômage partiel quand l’activité est au ralenti. "Nous avons conseillé à nos entreprises d’attendre avant de faire leurs déclarations d’activité partielle, elles vont pouvoir le faire rapidement maintenant." Pour les CDI intérimaires, la période d’intermission risque de durer plus longtemps que d’habitude. Le chômage partiel permettra de soulager les sociétés de travail temporaire. "Le CDI intérimaire, enfant de la croissance, connaît là sa première crise. Pour qu’il soit crédible, il faut que les pouvoirs publics le soutiennent en situation de crise." Les agences d’intérim ont fermé leurs portes, mais poursuivent, en télétravail. "Nous gardons contact avec nos clients, et rassurons nos salariés intérimaires en leur fournissant toutes les informations que nous avons."
Aucune frémissement
La profession reste toutefois inquiète de la situation. Alors que l’industrie pèse 39% de l’activité et le bâtiment 19%, Prism’emploi ne sent aucun frémissement de reprise, même après l’accord entre le BTP et le gouvernement ou après la réouverture de certaines usines fermées le temps de trouver des solutions sanitaires. Et si quelques secteurs recrutent massivement des intérimaires, ils pèsent peu dans l’ensemble de l’activité. Le commerce de détail, par exemple, ne représente que 3,5% des effectifs.
Mais la délégué générale de Prism’emploi veut rester "optimiste". "La situation est très difficile, mais nous préparons la reprise. Nous serons là pour nos clients quand l’activité repartira."



