Tandis que la France monte en puissance en termes de capacités de tests de diagnostic du Covid-19, l’Allemagne a adopté cette stratégie depuis le premier cas sur son sol, soit le 27 janvier 2020. Actuellement, selon les autorités, 500 000 tests sont effectués chaque semaine, une détection qui permet de traiter et d’isoler plus précocement les malades.
Le test de Bosch en 2h30
Pour augmenter encore la cadence, la division santé Healthcare Solutions de Bosch, en partenariat avec le laboratoire britannique Randox Laboratories, a annoncé jeudi 26 mars avoir développé en seulement six semaines un test ultra-rapide, qui fournit un résultat en deux heures trente. Totalement automatique, il peut être réalisé sur le lieu de prélèvement, évitant le transport vers les laboratoires d’analyse. "Le temps est essentiel dans la lutte contre les coronavirus", a justifié Volkmar Denner, président du conseil d'administration de Robert Bosch dans un communiqué.
Fiable à 95 % selon l’entreprise, le test utilise une cartouche qui contient déjà tous les réactifs nécessaires. Une fois l’échantillon prélevé dans le nez et la gorge du patient, la cartouche est insérée dans le dispositif d’analyse Vivalytic. Chaque analyseur peut effectuer jusqu'à dix tests en l'espace de 24 heures. "Compte tenu de la propagation dynamique du coronavirus SARS-CoV-2, les laboratoires travaillent déjà au-delà de leurs capacités. Vivalytic contribuera ainsi à augmenter les capacités de test disponibles", écrit l’entreprise. De plus, il permet de vérifier aussi neuf autres maladies respiratoires, y compris la grippe A et B. "Ce diagnostic différentiel permet aux médecins de gagner du temps pour d'autres tests, afin de débuter un traitement approprié plus rapidement", explique Marc Meier, président de Bosch Healthcare Solutions, qui espère pouvoir commercialiser sa solution dès avril en Allemagne, puis dans les autres pays européens.
Pas de mesures généralisées de confinement
Depuis le début de l’épidémie, l’Allemagne, qui n’a pas adopté de mesures généralisées de confinement, mise donc particulièrement sur l’identification précoce des foyers potentiellement contagieux pour les isoler au cas par cas. Selon le virologue berlinois Christian Drosten, c’est ce qui explique - avec également sa capacité bien supérieure en lits de réanimation (28 000 au niveau national) - le faible taux de mortalité. A ce jour, 36 508 cas ont été répertoriés outre-Rhin, pour 198 morts, soit un taux de mortalité de 0,5 %, alors qu’il atteint 5,2 % en France et 7 % en Espagne.
Autonome dans la production de tests et réactifs
Le pays a aussi pris les devants plus rapidement, une capacité qu’il doit à ses fabricants nationaux de réactifs, qui lui permettent de rester autonome dans sa production. "Quelques jours seulement après la publication de la séquence génétique du nouveau virus, le 10 janvier, nous avons décidé de développer des systèmes de test pour le diagnostic des infections au SRAS-CoV-2", explique ainsi Wolfgang Schlumberger, le PDG d'Euroimmun. Basé à Lübeck, le fabricant de réactifs et d'automates a développé des tests sérologiques pour la détection d'anticorps contre le nouveau coronavirus.
De son côté, le laboratoire berlinois TIB Molbiol a été l’un des premiers à commercialiser des tests en Allemagne et dans le monde. "J'ai eu connaissance pour la première fois des problèmes du marché aux poissons chinois au cours de la première semaine de janvier, détaille son directeur général, Olfert Landt, au journal Tageszeitung. Ensuite, il a fallu quelques jours pour que la séquence génétique du virus soit publiée dans une base de données spéciale. Puis, il nous a fallu trois jours pour développer un kit de test basé sur les suggestions de séquence de l’hôpital de la Charité." Ensuite, Olfert Landt a fait des stocks de réactifs et de matières premières, ce qui lui permet de ne pas encore connaître de rupture d’approvisionnement.
Toutefois, malgré ces capacités, le ministre fédéral de la Santé, Jens Spahn, se garde bien de tout triomphalisme. Selon les experts, l’Allemagne a deux semaines de retard, en partie grâce à ces mesures, ce qui signifie que le pays s’attend à un « tsunami » dans les prochains jours. Etant donné la population vieillissante du pays, les hôpitaux se préparent au pire.



