La prise en charge des patients du Covid-19 en réanimation s’amplifie. Partout dans les pays touchés par la pandémie, France y compris. Ces derniers jours, la Direction générale de la santé (DGS) évoque des augmentations, chaque jour, de près de 500 nouveaux cas graves nécessitant une prise en charge lourde en réanimation. Le 1er avril, 6 017 personnes dans cette situation étaient hospitalisées en France. Soit plus que le nombre initial de lits de réanimation recensés dans le pays, qui s’établissait à 5000 avant l’épidémie et qui a été porté à 8 000, avec un objectif de 10 000 dans les prochains jours.
Stocks et productions immédiates ne suffiront pas
Sauf qu’à ce rythme d’admission, les lits pourraient manquer d’ici une douzaine de jours. En parallèle, hors le problème des effectifs humains nécessaires à la prise en charge des patients et des respirateurs indispensables pour traiter leurs détresses respiratoires aiguës, il y a le problème des produits anesthésiants. Or, sur ce point, les stocks pourraient s’avérer insuffisants à partir du 15 avril.
Selon une projection circulant dans le milieu médical, "si on admet 14 000 patients admis en réanimation jusqu’au 15 avril, aujourd’hui nos stocks et nos productions immédiates de produits d’anesthésie et de réanimation ne suffiront pas", alerte Patrick Rambourg, président du conseil central des pharmaciens hospitaliers à l’Ordre national des pharmaciens. Il ajoute que malgré les livraisons et face à la rapide diminution des stocks, "nous savons pertinemment que la consommation de ces produits aujourd’hui est plus importante que ce que nous pourrons obtenir".
Ruptures de stock
Dès aujourd’hui, face à ces perspectives, les équipes de réanimation feraient de "l’optimisation thérapeutique", essayeraient de "limiter l’utilisation de certains produits ou de trouver des alternatives", poursuit Patrick Rambourg. Un produit comme le Midazolam, de la classe thérapeutique des hypnotiques et sédatifs, souffrirait déjà de ruptures de stocks dans certains établissements de santé, obligeant les équipes à employer d’autres benzodiazépines à la place, selon l’Ordre des pharmaciens.
La situation des stocks serait aussi parfois très préoccupante pour les curares, des produits indispensables pour l’intubation des patients arrivant en réanimation, en particulier dans les régions les plus durement touchées par l’épidémie.
Des besoins qui ont explosé
Ces derniers jours, les sonnettes d’alarme se multiplient sur ces produits en France, que ce soit du côté d’hôpitaux, comme l’AP-HP en région parisienne, ou du côté de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). La DGS, avec qui l’Ordre des pharmaciens collabore étroitement pour surveiller cette situation, assure être très attentive "à l’accès à ces médicaments", selon Jérôme Salomon. Le directeur général de la DGS a reconnu le 1er avril que les produits d’anesthésie et de réanimation font face à "des besoins qui ont explosé en termes de volume. Tout le monde a besoin de ces médicaments en même temps".
Jérôme Salomon a aussi évoqué le 1er avril des "démarches entreprises depuis plusieurs jours" pour assurer l’accès à ces médicaments d’anesthésie et de réanimation, et un travail de la DGS en "amont au maximum pour sécuriser ces filières en aval". Mais sans plus de précisions à ce stade, notamment sur la possibilité d’engager des réquisitions sur certaines productions dans plusieurs usines en France ou de passer des commandes en urgence à l’international, comme pour les masques, notamment en Europe où sont basés plusieurs producteurs.
Des médicaments ultra-prioritaires en Europe
Le problème n’est d’ailleurs pas que français mais bien européen, au moins. L’Alliance européenne des hôpitaux universitaires, qui regroupe des institutions comme l’AP-HP en France et d’autres en Allemagne, Royaume-Uni, Autriche ou Italie, a lancé en début de semaine du 30 mars un appel urgent à tous les gouvernements de l’Union européenne pour intensifier leur collaboration et leur coordination afin d’assurer un bon approvisionnement des produits de santé, et en particulier des médicaments essentiels pour les soins intensifs. Lesquels sont décrits comme ultra-prioritaires, devant même les besoins en équipements de protection ou les respirateurs.
Stocks vides d'ici quelques jours
L’Alliance estime que "les stocks hospitaliers existants en relaxants musculaires, sédatifs et analgésiques se réduisent rapidement et que, face à un réapprovisionnement insuffisant voire inexistant, ils se posent désormais comme une barrière pour la prise en charge des patients du Covid-19. Selon nos membres, à ce rythme de consommation, leurs stocks seront vides d’ici quelques jours pour les hôpitaux les plus touchés et d’ici deux semaines pour ceux disposant des plus grands stocks". L’Alliance européenne des hôpitaux universitaires rappelle au passage qu’"aucun pays en Europe ne dispose des unités de production pour la totalité de ces médicaments (ou équipements de production, ou de respirateurs) essentiels".



