Face à l'ampleur de la pandémie et surtout sa cinétique de propagation, la réplique thérapeutique est encore inexistante. Quelques médicaments sur le marché pourraient se montrer efficaces contre le Covid-19, mais cela demandera encore des semaines voire des mois pour que les essais aboutissent. La mise au point de traitements spécifiques et de vaccins nécessitera bien plus de temps, sans aucune certitude de réussite. Aucun vaccin n’existe encore contre le Sras ni le Mers, deux coronavirus émergés respectivement en 2003 et en 2012...
À ce stade, aucun médicament ne peut sauver les malades atteints de formes graves. Il n’y a que les respirateurs pour traiter les détresses respiratoires aiguës des patients en attendant que leurs défenses immunitaires se débarrassent du coronavirus.
Tout l’enjeu des mesures de confinement en France tient dans la capacité des services de réanimation à pouvoir encadrer les formes graves du Covid-19, qui représentent environ 5 % des cas. Donc d’avoir suffisamment de respirateurs, et de personnels pour encadrer, ce qui devient vite un problème face à l’extrême rapidité de la progression de cas et le fait que certains patients "peuvent rester deux à trois semaines en réanimation", a calculé Yazdan Yazdanpanah, le chef du service maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat (Paris).
Entre l’afflux rapide de patients et les durées d’hospitalisation, les systèmes de santé peuvent vite imploser. Avec pour résultat une sélection contrainte des patients et une surmortalité inévitable. Les bilans à Wuhan – le berceau chinois de l’épidémie –, en Iran, en Italie et en Espagne sont autant de témoignages de ce drame, avec des taux de mortalité bien supérieurs au reste des régions. La France, elle, tient encore le choc, sauf dans le Grand Est où les services sanitaires de l’armée ont été déployés pour tenter de juguler la catastrophe.
À la tête de la Direction générale de la Santé (DGS), Jérôme Salomon estimait, le 18 mars, que "la France disposait encore d’une certaine marge", malgré "quelques régions sous tension", comme l’Ile-de-France. La semaine passée, plusieurs dizaines de milliers de respirateurs étaient déployés dans le parc hospitalier. Sur 7 000 lits de réanimation, 2 000 étaient encore disponibles le 17 mars. Avec la suspension des opérations chirurgicales non essentielles, des respirateurs et des personnels ont été libérés et des lits de salles de réveil seront disponibles.
Après avoir mené un recensement des respirateurs, la DGS pourrait enclencher une réquisition auprès des distributeurs et des producteurs, comme pour les masques. Mais le secteur est sous tension.
Production sous tension
En France, Air liquide Medical Systems (ALMS) est le seul producteur avec un site à Antony (Hauts-de-Seine) pour les ventilateurs de réanimation (capacité de 500 par mois), et un autre à Pau (Pyrénées-Atlantiques) pour des ventilateurs non invasifs (200 unités par mois). Selon un porte-parole, une ligne d’assemblage supplémentaire vient d’être mise en place, et ces productions devraient doubler en mars, tripler en avril et quadrupler en mai. Christophe Hentze, le directeur général de la filiale France du producteur allemand Löwenstein, décrit une situation très tendue : "Sur le marché des appareils de domicile en France, dans 85 % des cas, on livre le lendemain de la commande, en fonctionnement normal. Pour les ventilateurs de réanimation, le délai normal se situe plutôt autour de quatre à huit semaines. Là, nous avons des pénuries sur toutes les lignes, avec des délais minimums d’une semaine pour un ventilateur de domicile et de plusieurs semaines pour la réanimation. Tout le monde s’est rapidement affolé, les stocks se sont vidés malgré une production qui a doublé."



