Depuis que les autorités sanitaires ont donné leur feu vert à l'administration des vaccins anti-Covid en entreprise, les médecins du travail sont pleinement mobilisés. Au total, plus de 850 000 injections ont déjà été réalisées par la médecine du travail, a précisé le ministère de la Santé mardi 8 juin. Afin d'accélérer la cadence, le gouvernement prévoit de rendre le vaccin Moderna accessible à toutes les entreprises qui en feront la demande, grâce à un stock de 100 000 doses qui sera ouvert dès la semaine du 21 juin.
Jusque-là, seuls les vaccins AstraZeneca et Janssen pouvaient être inoculés aux salariés, obligatoirement âgés de plus de 55 ans. Le vaccin Moderna, assis sur une technologie à ARN messager similaire à celle de Pfizer-BioNTech prisée par les Français, peut se conserver entre 2 et 8 degrés pendant 30 jours une fois décongelé.
Facilité et confiance
Cette annonce fait suite à l'expérimentation lancée fin mai auprès de 28 grandes entreprises françaises, qui avaient pu commander 30 000 doses de Moderna. Les industriels Veolia et Naval Group, qui en faisaient partie, admettent qu'il y a eu quelques couacs au niveau des livraisons et que des ajustements ont été nécessaires, mais les deux groupes assurent que l'opération était dans l'ensemble un véritable succès.
« Les retours des employés sont élogieux, tout le monde semble très satisfait, affirme Frederic Goetz, directeur de la prévention santé et sécurité chez Veolia, qui a déjà administré plus de 2 000 doses. Ils apprécient la facilité avec laquelle ils obtiennent un rendez-vous, d'autant que nombre d'entre eux espéraient se faire vacciner avant de partir en vacances ».
Même enthousiasme du côté de Naval Group, où le cap des 1 000 doses a récemment été franchi. Selon Patrice Baert, le médecin coordinateur de l'entreprise, les salariés se sentent même bien plus en confiance sur leur lieu de travail que dans un centre de vaccination. « Les salariés reçoivent cette offre de manière extrêmement positive, notamment parce qu'ils sont plus enclins à poser des questions face à un personnel de santé qu'ils connaissent déjà. Les gens sont abreuvés d'informations parfois contradictoires, ils ont besoin d'y voir plus clair », argue le professionnel de santé.
Un levier réservé aux grands groupes ?
Bien sûr, les deux industriels reconnaissent que la vaccination des employés engendre des défis logistiques majeurs, tant pour garantir la conservation et le stockage des vaccins que la confidentialité. Car si aux Etats-Unis, la banque Goldman Sachs par exemple peut contraindre ses salariés à dire s'ils sont vaccinés ou non contre le Covid-19, en France, cette atteinte à la vie privée est illégale, même sous couvert d'organiser efficacement le retour au bureau.
Si la vaccination est uniquement basée sur le volontariat, Naval Group n'hésite pas à inciter ses salariés les plus à risques à franchir le pas. « Nous encourageons la vaccination de ceux qui souffrent de comorbidités, de ceux qui sont amenés à se déplacer dans un pays où la circulation de variants serait plus préoccupante, ou de ceux qui participent à des essais en mer dans des sous-marins, où la promiscuité est inévitable », explique Patrice Baert.
Mais alors que la vaccination est à la peine chez les généralistes et dans les pharmacies, certains analystes estiment que seuls les centres de vaccination continueront à doper les chiffres. « Le nombre de vaccinations par les services de santé au travail restera à la marge, prédit Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’Association nationale des DRH. Il n’y a que 4 000 médecins du travail en France, en dehors des grandes entreprises qui ont leur propre service de santé au travail, les autres n’ont pas toujours eu la possibilité de vacciner leurs salariés ».



