[Exclusif] Le premier bilan de la vaccination anti-Covid-19 en entreprise

Après un démarrage poussif, les médecins du travail vont commencer à sérieusement vacciner à la mi-mars. Au rythme de deux ou trois flacons par médecin.

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Vaccin
Autorisée à vacciner les salariés les plus fragiles, la médecine du travail se met en ordre de bataille pour intensifier ses vaccinations.

704 médecins du travail ont commandé des vaccins contre le Covid lors de cette troisième semaine de vaccination en entreprise, selon un bilan exclusif communiqué à L'Usine Nouvelle par le secrétariat d’Etat chargé des retraites et de la santé au travail. Ils étaient 300 la semaine dernière, 92 celle d’avant, sur les 4 000 médecins du travail, d’entreprise ou des services de santé au travail interentreprise. La vaccination en entreprise monte donc en puissance, mais doucement. "Nous sommes dans la phase de mise en place du dispositif, qui nécessite un peu d’organisation logistique", reconnaît le secrétariat d'Etat, qui prévoit "une montée en charge progressive".

"Elle n’a pas plus commencé cette semaine que la semaine dernière, et selon les remontées que nous avons des services de santé au travail, elle ne démarrera pas vraiment avant la mi-mars", pronostique le docteur Jean-Michel Sterdyniak, secrétaire général du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST). "On a été prévenus le 16 février qu’on pouvait vacciner le 25. Ce qui nous bloque, c’est la logistique."

Volontariat et confidentialité

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Selon les recommandations du ministère, pour ne pas perdre de doses, un médecin doit attendre d’avoir dix noms de salariés correspondant à la cible – entre 50 et 74 ans, atteints de comorbidités – pour commander un flacon de dix doses du vaccin d’AstraZeneca. Or ni les employeurs ni les médecins du travail ne peuvent contacter directement les salariés pour leur proposer une vaccination. Les services de santé n’ont pas leurs coordonnées, et les employeurs ne sont pas censés savoir qui est atteint d’une comorbidité. Et encore moins imposer une vaccination, qui repose sur le volontariat. Par souci de confidentialité, celle-ci doit d’ailleurs avoir lieu hors de l’entreprise, a indiqué le gouvernement.

"Nous avons envoyé un mail aux employeurs, leur demandant de communiquer nos coordonnées à leurs salariés, pour qu’ils s’inscrivent sur des listes, indique le Dr Sterdyniak. Cela prend du temps… " Même son de cloche pour le docteur Anne-Michèle Chartier, présidente de la CFE-CGC Santé au travail. Médecin du travail dans les Hauts-de-Seine, jeudi 4 mars, elle attendait son premier flacon. La pharmacie du quartier à laquelle elle l’a commandé le lui avait promis "entre mardi et jeudi". "Peu de salariés se sont inscrits pour le moment", indique-t-elle, alors que beaucoup, dans le département, sont en télétravail.

Ne pas gâcher de doses

Le docteur Christine Deneauve, médecin du travail de deux entreprises du centre de Paris, a reçu une cinquantaine de demandes de vaccination et en a rejeté dix qui ne remplissaient pas les critères d’âge et de comorbidité. Elle a commandé un flacon le 1er mars, qu’elle attend pour le 8 mars. Elle en commandera trois cette semaine, comme l’y autorise le gouvernement. Car si selon les autorités il n’y a aucune pénurie de vaccin AstraZeneca en pharmacie, limiter les commandes à un flacon la première semaine, puis deux ou trois les semaines suivantes, est une façon de gérer au plus près une ressource précieuse.

"Une fois les salariés inscrits, je regarde leurs dossiers pour vérifier qu’ils rentrent bien dans les critères, puis je les ferai venir, décrit le Dr Chartier. Je devrai vérifier sur place qu’ils peuvent être vaccinés, n’ont pas de fièvre, ne sont pas enceintes, n’ont pas eu le Covid récemment… Certains ne viendront pas. Il restera des doses… " Pour ne pas les perdre, alors qu’un flacon entamé ne se garde que 48 heures, le docteur Sterdyniak a ajouté des suppléants à ses listes de dix salariés, qu’il peut rapidement contacter. "Mais nous ne sommes pas en entreprise, nous n’avons pas les salariés sous la main… " Alors les petits centres se regroupent, pour vacciner des cohortes plus importantes.

Réticences de certains médecins du travail

Pas question de perdre des doses. "En tout dernier recours, indique le secrétariat d’Etat chargé de la santé au travail, un médecin du travail est autorisé à vacciner un salarié qui ne répondrait pas aux recommandations. Il doit alors conserver les éléments permettant de justifier cette situation lors des contrôles ultérieurs." Le docteur Sterdyniak a reçu l’appel d’un médecin d’entreprise qui s’était vu demander par sa direction de vacciner les cadres dirigeants s’il lui restait des doses en fin de journée…

Autre obstacle à lever : les réticences de certains médecins du travail. Ils doivent être volontaires pour vacciner, un geste qui ne relève pas de leurs attributions, et certains ne le sont pas. "Certains estiment que ce n’est pas leur boulot, qu’ils n’arrivent déjà pas à suivre la santé de tous les salariés en temps normal, et que les plus fragiles peuvent de toute façon se faire vacciner chez leur généraliste", énumère le Dr Sterdyniak.

Tour de chauffe

Le Dr Chartier est presque la seule de son service de santé au travail à s’être inscrite. "Les autres y viendront progressivement, quand la demande des salariés sera plus forte, que les vaccins seront plus nombreux", prédit-elle. Beaucoup de services de santé au travail l’ont compris : vacciner les plus vulnérables est un tour de chauffe avant la vaccination de la population générale, quand leur appui sera le bienvenu pour augmenter la cadence. Certains grands centres de santé au travail ont d’ailleurs commandé le maximum de flacons auxquels ils avaient droit – un par médecin par semaine, puis trois - pour être prêts le moment venu.

Et si les médecins du travail ne sont pas suffisamment nombreux à être volontaires pour vacciner, "le gouvernement pourrait être tenté de les réquisitionner, comme en 2009", suppose le docteur Sterdyniak.

Avec Roman Epitropakis

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