Fin avril, début mai, un peu plus tard? Les yeux rivés sur le bilan quotidien des nouvelles infections, l’économie allemande n’attendait qu’un signal du gouvernement pour relancer la machine. "Plus nous attendons, plus la perte de confiance s’accroît, ce qui risque d’affecter la consommation et les investissements", alerte Hubertus Bardt, économiste à l’Institut économique IW de Cologne.
Mercredi 15 avril, la chancelière Angela Merkel a finalement décidé de prolonger les mesures de confinement annoncées mi-mars jusqu'au 3 mai.
Au deuxième trimestre 2020, l’économie allemande devrait se contracter de 9,8%, soit le plus important recul depuis la Seconde Guerre mondiale. Sur l’ensemble de l’année, une récession de 4,2% est attendue, avant un net rebond de 5,8% en 2021. "Tout s’est arrêté si
brutalement, constate Volker Treier, de l’Association allemande des chambres de commerce et d’industrie (DIHK). Nos enquêtes montrent qu’un quart des entrepreneurs craignent une chute de leur chiffre d’affaires supérieure à 50% cette année et qu’un sur cinq risque de faire faillite."

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Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
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10 Avril 2026
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Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Face à cette hécatombe, la pression s’accroît pour relancer rapidement l’économie, en particulier dans l’industrie automobile qui perd 400 millions d’euros par jour. Daimler veut ainsi redémarrer ses usines à partir du 20 avril, en commençant par "les sites allemands où sont fabriquées les motorisations, puis les usines de Sindelfingen et de Brême, pour finir par les poids lourds et les utilitaires", selon un communiqué. Volkswagen espérait une augmentation de la production à partir du 14 avril de certaines usines de pièces détachées tournant au ralenti.
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Priorité aux usines hautement automatisées
Comment y parvenir sans risquer de nouvelles contaminations? "Tant que nous n’avons pas de médicament ou de vaccin, il va falloir apprendre à vivre avec le virus et conserver nos gestes barrières", a prévenu la chancelière Angela Merkel. Si l’industrie reprend, cela se fera donc avec des précautions particulières. L’Institut économique munichois IFO suggère de commencer par les usines hautement automatisées, où le risque de transmission du virus est faible. La généralisation des tests de dépistage du Covid-19, qui devraient être portés à 500 000 par semaine, et le port d’équipements de sécurité compléteront le dispositif.
Pour continuer à produire pendant l’épidémie, l’entreprise Menzel Elektromotoren à Berlin a ainsi mis en place des mesures drastiques, qui seront conservées tant que cela sera nécessaire. Les employés ont été divisés en deux groupes pour ne pas se croiser et, entre chaque quart, une pause d’une heure permet d’aérer les locaux pendant qu’une entreprise de nettoyage vient désinfecter tous les postes. Dès qu’un employé ou une personne de sa famille ne se sent pas bien, il est prié de rester à la maison. "Ces mesures nous coûtent plus de 10000 euros par mois", précise Mathis Menzel, son PDG [lire ci-dessous].
Un plan de soutien de 1 200 milliards d’euros
Quel que soit les mesures d'assouplissement des restrictions qui pourraient être progressivement annoncées par les autorités, la reprise sera lente, le temps de remettre tous les circuits d’approvisionnement en place, ce qui pourrait prendre plusieurs mois. La priorité est d’éviter les licenciements secs, notamment avec le chômage partiel qui avait déjà fait ses preuves pendant la crise de 2008-2009. "Le PIB avait alors chuté de 5%, mais l’emploi était resté stable", rappelle Holger Schäfer, expert du marché du travail de l’Institut IW. Cela avait permis de sauver entre 200 000 et 400 000 emplois.
"Étant donné la dimension sans précédent de cette crise, les conditions d’accès ont été assouplies", poursuit Holger Schäfer. Désormais, les entreprises peuvent y recourir dès une perte d’activité de 10%, contre 30% en temps normal. L’Agence fédérale pour l’emploi prend en charge entre 60 et 67% du salaire, y compris pour les intérimaires, pendant une durée maximale de douze mois. À ce jour, environ 650 000 entreprises, pour plus de 2,1 millions de travailleurs, pourraient en bénéficier. Comme il y a dix ans, les employeurs de l’industrie métallurgique et électrique et le syndicat IG Metall ont aussi décidé de resserrer les rangs en signant un accord qui reporte à la fin de l’année les négociations salariales. En échange, les entreprises financeront un fonds de solidarité de 350 euros par temps plein pour compléter les revenus des salariés mis au chômage partiel.
Enfin, pour assurer les liquidités des entreprises, le gouvernement a sorti les grands moyens, avec un plan d’aide de 1 200 milliards d’euros. Financé en partie grâce à un endettement exceptionnel de 156 milliards d’euros, celui-ci comprend un fonds de secours pour les grandes entreprises doté de 600 milliards d’euros, de 550 milliards d’euros de crédits pour les PME et de 50 milliards d’euros d’aides directes pour les petites entreprises. Cette fois, outre l’ampleur inédite de ces chiffres, l’objectif est surtout d’éviter les lourdeurs administratives. Ainsi, alors que la banque publique de Berlin a budgété 900 millions d’euros d’aides, certains auto-entrepreneurs ont été surpris de recevoir leur allocation de 5 000 euros en moins de vingt-quatre heures! Une célérité exemplaire pour éviter au maximum les défauts de paiement pendant la tempête.
"Nous travaillons en deux quarts": Rafl Stirl, PDG de l’entreprise de métallurgie FBT (Dahlewitz, Brandebourg)
"Notre principale difficulté concerne l’expédition de nos commandes. Comme certains clients en Espagne sont fermés, nous stockons leurs produits pour leur expédier dès la fin du confinement. Nous avons aussi un ou deux clients qui nous ont prévenus de retards de paiement, qui devraient être temporaires. En dehors de cela, contrairement à l’automobile qui est totalement à l’arrêt, notre activité s’est poursuivie dans la production de matériels pour les trains, les métros et les RER. Pour la sécurité des 17 employés, nous travaillons en deux quarts et la halle de production est suffisamment grande pour maintenir l’écart nécessaire. Les pauses se font désormais sur les postes de travail. Outre la désinfection des locaux, nous avons mis des masques à disposition, uniquement sur la base du volontariat. Il y a à ce jour près de 1700 personnes infectées dans le Brandebourg (moins de 1% de la population). C’est très peu, c’est pourquoi nous espérons une normalisation rapide de la situation."
"Nous ne recevons plus de matières premières d’Italie": Mathis Menzel, PDG de Menzel Elektromotoren (Berlin) et de Franz Wölfer Elektromaschinenfabrik (Osnabrück)
"Comme nos clients dans les aciéries, les cimenteries et les centrales électriques continuent de travailler, l’activité moteurs industriels de Menzel Elektromotoren s’est maintenue presque normalement depuis le début de la crise. Nous avons une visibilité de cinq mois sur nos stocks et de six mois sur nos commandes. Si la reprise est rapide, la production ne devrait pas être affectée. En revanche, la situation est beaucoup plus critique pour notre filiale Franz Wölfer Elektromaschinenfabrik, spécialisée dans les moteurs de grues portuaires. Les projets d’infrastructures ont été repoussés, certains à 2022. Et depuis six semaines, nous ne recevons plus de matières premières d’Italie. J’ai dû mettre 90 employés en chômage partiel et demander un crédit de plusieurs millions d’euros auprès du Land de Basse-Saxe pour payer les charges fixes. Il est impossible pour l’instant de programmer une reprise de la production."



