"Notre objectif principal est de freiner la propagation du virus." C’est en ces termes que Herbert Diess, le patron de Volkswagen, a justifié l’arrêt de la plupart des usines du groupe en Europe. Ces derniers jours, le management du constructeur allemand était critiqué par des membres du comité d’entreprise qui lui reprochaient de privilégier la production à la sécurité des employés, dans un pays qui comptait au 19 mars 10 999 malades et 20 morts.
C’est désormais chose faite : les sites d’assemblage et de fabrication d’outillage et de composants en Allemagne, mais aussi en Slovaquie, en Espagne et au Portugal ont fermé depuis jeudi 19 mars pour une durée minimale de deux semaines, renouvelable. Outre l’argument santé, l’entreprise accuse aussi fortement le coup de la crise du coronavirus : Volkswagen qui réalise 50 % de son activité en Chine a vu ses ventes s’effondrer en février 2020 de 25 % sur un an et de 74 % dans l’Empire du Milieu. Le groupe fait aussi face à des goulots d’étranglement dans sa chaîne d’approvisionnement en acier et en pièces détachées, justifiant l’arrêt des usines de Zuffenhausen et de Leipzig de Porsche à partir de samedi 21 mars.

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Opel, filiale de PSA à l'arrêt
Le groupe VW rejoint ainsi la longue liste des constructeurs mis au point mort ces derniers jours. Suivant les recommandations de sa maison-mère PSA, Opel a fermé ses usines à Rüsselsheim, où 2 400 employés avaient déjà été envoyés en chômage partiel, et à Eisenach. Chez Daimler, si les emplacements n‘ont pas été précisés, ils concernent les usines européennes de véhicules légers, transporteurs et utilitaires en Europe, ainsi que plusieurs départements administratifs dans le but notamment "de se préparer à une période passagère de moindre demande et de protéger la force financière de l’entreprise", comme l’explique le groupe dans un communiqué.
BMW a pour sa part annoncé mercredi 18 mars fermer ses usines européennes et à Rosslyn en Afrique du Sud pour une durée de quatre semaines. En revanche, le site de Landhut qui fournit les composants pour les usines d‘assemblage hors-Europe poursuivra son activité. Pour cela, l’organisation du travail a été adaptée : les salariés qui le peuvent travaillent en home office et sur les lignes d’assemblage, les ouvriers travaillent par quart et sont priés de ne pas se rencontrer pour maintenir "une distance sociale".
Les sous-traitants s'adaptent
En réaction à l’arrêt de leurs clients, plusieurs sous-traitants ont annoncé ces dernières heures des adaptations de production. C’est le cas par exemple du fournisseur de pièces automobiles ZF Friedrichshafen, qui n’avait jusqu’ici pas interrompu son activité. Selon un porte-parole, l’entreprise envisage désormais de suspendre des lignes de produits, voire des usines entières en raison de la baisse des commandes chez Daimler, VW et les autres.
Le fabricant de moteurs de grues portuaires, Franz Wölfer Elektromaschinenfabrik, basé à Osnabruck, a dû arrêter ses projets par manque d’acier chinois, qui n’a pas pu être livré ces derniers mois. "Les commandes sont repoussées et 90 salariés sont au chômage technique", souligne Mathis Menzel, directeur de Menzel Holding, la maison-mère. Le préjudice s’élève à plusieurs milliers d’euros, un chiffre qui pourrait augmenter à mesure que la situation perdure. "Il s’agit de la plus grave crise depuis la Seconde guerre mondiale et les répercussions pourraient être ressenties pendant une dizaine d’années, s’inquiète Ferdinand Dudenhöffer, le directeur du Centre pour la recherche automobile (CAR). Certains constructeurs et sous-traitants pourraient ne pas survivre".
Tous secteurs confondus, les entreprises confrontées à des problèmes de trésorerie pourront obtenir des prêts auprès de la banque publique KfW. A cet effet, Berlin débloquera 93 milliards d’euros supplémentaires, dotant ainsi la banque de 550 milliards d’euros de fonds. La semaine dernière, le ministre de l’Economie Peter Altmaier n’avait pas non plus exclu de devoir recourir à des nationalisations.



