[Covid-19] Chine, Corée du Sud, Allemagne... Comment les applications de "tracking" se déploient dans le monde

Le gouvernement français envisage le déploiement d’une application mobile permettant de pister nos contacts pour les alerter en cas d’infection. Des technologies plus ou moins similaires sont déjà mobilisées dans de nombreux pays. Tour d’horizon des initiatives et de leurs spécificités.

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L'enregistrement des contacts, communiqués uniquement aux autorités en cas d'infection, est une option plus compatible avec la réglementation européenne que la géolocalisation des personnes infectées par le virus.

La France va-t-elle franchir le pas et recourir à des technologies numériques de traçage de nos déplacements et contacts pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ? La réponse pourrait intervenir cette semaine, alors que le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O doit être auditionné le 9 avril par la Commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale.

L’idée actuellement à l'étude : une application qui capterait, via la technologie sans fil Bluetooth, les contacts des personnes croisées afin qu'en cas d'infection, elles soient alertées et invitées à se faire dépister et se mettre en quarantaine. Un dispositif proche de celui mis en place à Singapour mais loin ce qu’a fait la Chine. Pour y voir plus clair, voici un tour d’horizon des technologies de "tracking" telles qu’elles ont été déployées dans le monde pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

En Chine, une application pour évaluer le niveau de risque d’une personne

Alors que les réglementations française et européenne empêchent d’imposer le recours à une application mobile de pistage, la Chine a fait d’un tel outil la condition de sortie du domicile. Développé par le géant Alibaba, l’application Alipay Health Code a été déployée à travers le pays. Elle permet à l’utilisateur d’obtenir un QR code de couleur différente, fondé sur les déplacements de l’utilisateur enregistrés par le GPS de son téléphone et donc sa fréquentation de lieux considérés comme plus ou moins risqués. Le QR code est vert quand aucune restriction de déplacement n’est imposée à l’utilisateur car considéré comme à faible niveau de risque, jaune quand une quarantaine de 7 jours est demandée, rouge pour une quarantaine de 14 jours.  

Dans certaines villes, le scan de ce code est nécessaire pour sortir d’une gare ou pour entrer dans un transport public. D’après le New York Times, qui a analysé le code informatique du logiciel, l’application ne fait pas que décider du risque de contagion d’un individu : "il apparaît également qu’elle partage des informations avec la police permettant la création d’un modèle de nouvelle formes de contrôle social automatisé qui pourraient persister longtemps après la fin de l'épidémie", écrit le média américain.

Singapour, l’exemple qui pourrait inspirer l’Europe

En matière de pistage des malades, la cité-Etat de Singapour apparaît comme le contre-exemple de la Chine et un modèle d’inspiration pour l’Europe. En cause : son application TraceTogether qui enregistre le contact des personnes croisées pour retracer la circulation du virus. Précisément, l’application capte via la technologie sans fil Bluetooth les autres mobiles équipés puis enregistre leurs contacts directement dans l’appareil. En cas de symptômes ou de test positif au Covid-19, l’utilisateur se signale et l’application prévient tous les contacts croisés les jours précédents.

Un fonctionnement simple qui semble le plus respectueux de la vie privée : il n’y pas de géolocalisation donc pas de suivi continu des déplacements de la personne ; les données sont stockées sur l’appareil et non dans un fichier centralisé ; elles ne sont conservées que pour une durée déterminée et communiquées seulement si nécessaire ; le système n'utilise aucune autre information personnelle que des numéros de téléphone et des identifiants temporaires chiffrés dont seul le ministère de la Santé a la clef ; les personnes alertées savent seulement qu’elles ont été en contact avec une personne infectée, pas de qui il s’agit ni où elle a été croisée.

Malgré ces garde-fous, l’utilisation d’une telle application suppose bien de communiquer des informations personnelles avec les autorités en cas de contamination. Pour être conforme à la réglementation européenne, un tel dispositif ne pourra être déployé en France que sur la base du volontariat. Or pour être efficace il doit être massivement utilisé puisque seules les personnes équipées de l’application sont captées et alertées des risques d’infection. Sans oublier que son efficacité dépend aussi de son couplage avec une campagne de dépistage massif, comme le souligne dans une tribune publiée dans Le Monde Stéphane Richard, le PDG d’Orange, favorable à une telle solution.

En Corée du Sud, du pistage et de la stigmatisation

La Corée du Sud a réussi à éviter le confinement généralisé. Sa méthode a donc très vite intéressée l’Europe ! Pour ce faire, le pays a couplé une politique de dépistage massif à un dispositif de suivi des malades : dès qu’une personne est déclarée infectée, les autorités retracent ses itinéraires des jours précédents grâce aux données mobiles, de carte de crédit et de caméras de surveillance. Les personnes croisées sont alors alertées et invitées à se faire dépister.

D’où des alertes sur smartphones qui retentissent toute la journée, comme le raconte le correspondant de France Inter ou un Français expatrié là-bas à Mediapart. Quand une personne est alertée du fait qu’elle a croisé un porteur du virus, elle peut "d’un clic sur son écran, afficher l’itinéraire minutieusement détaillé du patient, à la minute près : par quels restaurants, cafés, magasins, bus – et à quelle heure - est passé le porteur du virus. Sont aussi indiqués son âge et son sexe, et s’il portait un masque", raconte France Inter. D’où certaines dérives avec des stigmatisations de personnes et d'établissements. Les informations communiquées ont été revues progressivement pour éviter une identification des individus, qui impliquait aussi le risque de dissuader la population d’aller se faire dépister.

En Allemagne, une application pour mieux comprendre la pandémie

L’Allemagne saute le pas. Lors d’une conférence de presse tenue mardi 7 avril, l'Institut allemand d'épidémiologie et de veille sanitaire Robert-Koch (RKI) a annoncé le lancement d’une application mobile destinée à mesurer la propagation du Covid-19 dans la population. Fonctionnant sur la base du volontariat et en association avec une montre ou un bracelet connecté, elle va enregistrer les signaux vitaux émis par la personne (fréquence cardiaque, comportement de sommeil, activité, température corporelle...) susceptibles d'être altérés en cas de maladie respiratoire aiguë. L’objectif visé : aider les scientifiques du RKI à mieux comprendre la propagation du Covid-19.

A Taïwan, une "barrière électronique" pour maintenir la quarantaine

Il y a deux approches de la technologie de "tracking" ou traçage : remonter les chaînes de transmission pour tout de suite isoler et dépister les personnes susceptibles d’avoir été infectées ; surveiller les comportements individuels pour punir en cas de non-respect des consignes. C’est l'approche sécuritaire et non sanitaire qui a prévalu à Taïwan. D’après Reuters, l’application mobile déployée par les autorités du pays a servi de "barrière électronique" : si une personne en quarantaine quitte son domicile ou éteint son téléphone, les autorités sont immédiatement prévenues et peuvent réaliser un contrôle dans les 15 minutes.

En Pologne, le selfie pour attester d’être à domicile

Un autre pays a été montré du doigt pour un dispositif jugé plus sécuritaire que sanitaire : la Pologne, où l’application déployée par les autorités oblige les personnes en quarantaine à régulièrement se prendre en photo pour attester de leur respect de la quarantaine. Si les utilisateurs recevant une demande de selfie ne répondent pas dans les 20 minutes, la police est alertée, relate France 24. L’amende encourue est d’environ 1 100 euros. Un dispositif peut-être plus efficace pour remplir les caisses de l’Etat que pour lutter contre la pandémie.

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