Entretien

"La Chine joue un rôle beaucoup plus important pour l'Allemagne que pour tous les autres pays de l'UE", relève le spécialiste Jürgen Matthes

L’impact de l’épidémie du Covid-19 sur l’économie allemande a mis en avant sa forte dépendance envers la Chine, que ce soit au niveau des exportations que des importations. Pour Jürgen Matthes, spécialiste conjoncture et commerce extérieur à l'Institut de l'économie allemande (IW), il est nécessaire que les entreprises revoient la diversification de leurs chaînes d’approvisionnement.

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"Du fait de leur focalisation sur les secteurs de l’automobile et des machines-outils, les entreprises allemandes sont bien armées pour profiter de l’industrialisation des marchés en croissance."

L'Usine Nouvelle.- En 2019, la Chine a été pour la quatrième année consécutive le premier partenaire commercial de l’Allemagne avec un volume total d’échanges de près de 200 milliards d’euros. L’économie allemande est-elle trop dépendante de ce marché ?

Jürgen Matthes.- Avec une part des exportations de 7 %, la Chine joue un rôle beaucoup plus important pour l'Allemagne que pour tous les autres pays de l'UE. La moyenne européenne se situe en effet à 3,8 % d’exportations vers la Chine, la France étant légèrement au-dessus et l’Italie en dessous. Du fait de leur focalisation sur les secteurs de l’automobile et des machines-outils, les entreprises allemandes sont bien armées pour profiter de l’industrialisation des marchés en croissance, comme ce fut le cas pour la Chine ces dernières années.

Au total, en 2015, près de 3 % de la valeur ajoutée nominale en Allemagne dépendait des exportations vers la Chine, ce qui est à nuancer car il reste quand même 97 % de la valeur ajoutée réalisée avec d’autres marchés. D’un autre côté, les importations en provenance de Chine dans la consommation totale allemande ont progressé de 0,6 % à 2 % entre 2005 et 2015. Il s’agit de pièces pour l’industrie, mais aussi de produits de grande consommation, dans l’informatique notamment.

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Les entreprises allemandes connaissent des difficultés d’approvisionnement. Est-ce dû à cette focalisation ?

En effet, la crise du coronavirus montre le revers de la mondialisation. Nous avons pu constater par exemple que de très nombreux principes actifs de base sont produits en Chine, ce qui pourrait conduire à des pénuries de médicaments en Allemagne en cas de problèmes de livraisons. Mais la dépendance de la chaîne de valeur est globale et ne concerne pas uniquement la Chine. On le voit avec la mise à l’arrêt de nombreuses entreprises allemandes en raison des acheminements limités de pièces et matières premières depuis le nord de l’Italie.

Cela pourrait conduire à une prise de conscience ?

Actuellement, il est difficile de prévoir comment les entreprises vont réagir. Mais il est certain qu’avant même de parler de relocalisations, il faut revoir les priorités et notamment la balance entre la recherche de la rentabilité et des coûts de revient d’un côté et la sécurisation des approvisionnements d’un autre. En particulier dans des domaines sensibles comme la médecine, il faut mettre en place une production stratégie en Europe. Dans une économie très spécialisée comme la nôtre, il faudra aussi mener une réflexion sur la diversification des sous-traitants et une approche davantage multi-régionale pour être moins impactés à l’avenir.

Propos recueillis par Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

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