Trois équipes, 150 personnes en tout, préparent à temps plein la sortie de crise chez Engie. L’une travaille à la protection de la santé des salariés, la deuxième se mobilise pour répondre aux attentes des clients, notamment des hôpitaux et de l’agroalimentaire, la troisième se consacre aux relations avec les sous-traitants et les fournisseurs.
Le 20 avril, sur les 77 000 salariés français du groupe, la moitié travaillait (32% en télétravail, 18% sur site), et l’autre moitié était soit en chômage partiel (19%), soit en arrêt de travail ou congés (31%). Les salariés en chômage partiel ont été rémunérés à 100 % en mars, et pour ne pas perdre en pouvoir d’achat les mois suivants, ont été encouragés à prendre leurs RTT ou congés en avril et mai. Ce que 100% d’entre eux ont fait, a indiqué le 23 avril le DRH du groupe, Pierre Deheunynck. Pour qui cette mesure permet également de préparer la suite : "A la reprise, nous aurons besoin de ces heures de travail", précise-t-il.
Reprise sur la base du volontariat
Engie prépare un plan de déconfinement, pour les deux ou trois premières semaines de reprise du travail. Qui sera progressive. "Nous ne reprendrons pas tous le 11 mai, 20% seulement de nos effectifs sont en situation de reprise, et ce sera sur une base volontaire", précise le DRH. Il espère que les techniciens, qui représentent le gros des troupes en chômage partiel, reprendront le travail relativement vite, en mai, au fur et à mesure de la reprise d’activité des clients qui se sont arrêtés.
Avant toute reprise, il sera demandé aux salariés de santé fragile de se faire connaître auprès de la médecine du travail, y compris s’ils sont stressés par la situation ou par des circonstances personnelles particulières. "Ils seront maintenus en confinement ou reprendront avec des protections supplémentaires", précise Pierre Deheunynck. Ceux qui auront des symptômes de la maladie pourront être testés par l’entreprise, comme "tous ceux qui le demanderont" - quand des tests fiables seront disponibles.
Pas plus de 1000 salariés sur les 4500 du siège
De nombreux obstacles empêchent une reprise massive : les écoles et crèches ne seront pas toutes à nouveau ouvertes, il faudra "aider" les salariés à prendre les transports en commun, en les dotant de masques, et du temps sera nécessaire pour réorganiser les espaces de travail, au siège notamment. Sur les 4500 salariés de la tour de la Défense, une quinzaine seulement a continué à venir travailler pendant le confinement. "Le télétravail restera une solution pour la sortie de crise, indique Pierre Deheunynck. Les salariés reviendront par roulement, par équipe ou demi-équipe, pour ne pas dépasser 20 à 40 % des effectifs habituels. La restauration collective, quand elle aura été aménagée, ne pourra pas recevoir plus de 1000 personnes. "Nous ne pourrons donc pas y accueillir 50% des effectifs, en octobre par exemple, si le virus est toujours aussi menaçant… "
Engie proposera aussi des horaires décalés, pour que les transports en commun ne soient pas utilisés aux heures de pointe. Dans la tour, les flux et circulations ont été redéfinis pour éviter les croisements, la capacité des salles de réunion a été divisée par deux, et il sera demandé aux salariés de porter des masques, qui leur seront fournis. "Nous leur proposerons une prise de température, poursuit le DRH. Cela participe à la prise de conscience qu’il faut appliquer les gestes barrière." Des places de bureau seront supprimées et les espaces adaptés aux règles de distanciation.
Engie se prépare déjà à une crise longue
Du côté des techniciens, le déplacement à deux dans un véhicule technique est interdit. Les salariés seront encouragés à prendre leur véhicule personnel, avec une indemnisation par l’entreprise. Engie envisage également de revoir les règles des déplacements professionnels, afin de les limiter. "Pendant la crise, nous avons réussi à tenir des réunions à distance avec 2000 salariés connectés !" Le télétravail, d’ailleurs, sera forcément plus répandu après la crise, les grands freins culturels ayant été levés.
Pierre Deheunynck insiste beaucoup sur "la courbe d’apprentissage": le groupe apprend en marchant, s’inspirant de ce qui se passe dans les autres pays où il est présent. A Singapour, l’épidémie a repris après une accalmie… Engie prépare donc un second plan, de continuité, à appliquer si la pandémie dure plusieurs mois. "Nous aurons appris et acquis la rigueur, nous pourrons nous adapter autrement", conclut Pierre Deheunynck.



