Les 10,2 millions de salariés en chômage partiel donnent des sueurs froides à l’exécutif

10,2 millions de salariés du privé sont désormais au chômage partiel, a annoncé la ministre du Travail, qui encourage les entreprises à reprendre l'activité.

 

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Airbus a annoncé des mesures de chômage partiel sur trois sites français jusqu'à la mi-mai.

Alors que le nombre de salariés en chômage partiel a franchi la barre des 10 millions pour s’établir, le 21 avril au soir, à 10,2 millions, a annoncé le 22 avril la ministre du Travail, le coût de cette mesure s’envole. Il y a une semaine, le ministre de l’Economie l’avait estimé à 24 milliards d’euros. Ce sera forcément plus. A partir du 1er mai, plus de 2 millions de nouveaux salariés rejoindront le dispositif : 1,7 million actuellement en arrêt maladie pour garde d’enfants et 400 000 pour fragilités de santé. Ces 2,1 millions de salariés ne seront en effet plus indemnisés par l’assurance maladie, mais par le chômage partiel. Une ordonnance présentée le 22 avril en conseil des ministres autorise cette "individualisation" de l’activité partielle, jusqu’ici illégale – l’activité partielle devait concerner l’ensemble des salariés d’une entreprise, d’un site, d’un service...

Pour l’Etat, la dépense est colossale. "On n’a jamais fait ça dans notre pays", a commenté Muriel Pénicaud le 22 avril sur BFM Business. La ministre du Travail aime rappeler que le but du gouvernement est d’éviter au maximum les licenciements, et de permettre aux entreprises de redémarrer vite, avec les compétences nécessaires, dès que la crise sera terminée.

Le modèle allemand

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Une méthode utilisée avec succès par l’Allemagne lors de la crise de 2008-2009. Entre 2009 et 2010, 1,5 million de salariés allemands avaient bénéficié du chômage partiel. Ils avaient été indemnisés à hauteur de 60% du salaire net (67% pour les salariés avec enfants) par l’agence fédérale pour l’emploi, pour un coût de 7 milliards d’euros. Avec la crise du coronavirus, l’effort allemand en 2020 sera beaucoup plus conséquent : le 13 avril, 725 000 entreprises allemandes avaient demandé à bénéficier du chômage partiel (732 000 entreprises françaises à la même date). Selon une estimation de la Fondation Hans Böker, cela correspond à 4 millions de salariés (8,7 millions à l’époque en France).

En France, le gouvernement commence à montrer une certaine nervosité face aux dépenses engagées par l’Etat pour rembourser aux entreprises les salaires (84% du net) de ces bientôt 12 millions de salariés. Depuis le début de la crise, Muriel Pénicaud incite les entreprises à maintenir ou reprendre leur activité dès qu’elles peuvent garantir une sécurité sanitaire à leurs salariés. "Plus la crise dure, plus les lendemains seront difficiles", a-t-elle déclaré le 22 avril. Ajoutant qu’elle travaille "avec toutes les professions, les syndicats, pour que le travail puisse reprendre progressivement, en respectant pleinement les conditions de sécurité". Une allusion aux guides de "bonnes pratiques", par secteur, que publie le ministère du Travail, pour expliquer aux employeurs comment sécuriser les conditions de travail pour pouvoir reprendre au plus vite.

Un piège

Dans Les Echos, un ministre, anonyme, compare le chômage partiel à une "drogue dure" dont les entreprises ne peuvent plus se passer. Attention au piège, prévient Ludovic Subran, chef économiste d'Euler Hermès : "Le risque, c’est qu’en essayant d’accompagner, on se retrouve avec des entreprises qui gardent des emplois en chômage partiel. Cela paraît anecdotique de dire qu’il faut des gens pour cueillir des fraises. Mais il y a un vrai sujet derrière et c’est clé pour la relance. Il faut éviter des entreprises en veilleuse trop longtemps et repenser le système pour accélérer la réallocation de la main d'oeuvre entre secteurs. On pourrait imaginer de passer du chômage partiel à des primes à l'embauche."

Le recours massif au chômage partiel limitera la hausse du chômage à la sortie de la crise, il ne l’empêchera pas. En mars, les inscriptions à Pôle emploi ont bondi, de 14% sur 4 semaines, par rapport à mars 2019, une hausse essentiellement due à la fin des contrats courts et au non-renouvellement des contrats d’intérim. Les licenciements économiques étaient, eux, quasiment à l’arrêt. Ils se feront sans doute plus tard, quand les entreprises fragilisées par la crise ne pourront pas redémarrer.  

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