Face à la crise liée au coronavirus, tous les grands énergéticiens ne réagissent pas de la même façon. Après avoir annoncé le 23 mars un plan pour boucher un trou de 9 milliards en 2019 dû à l’effondrement des cours du pétrole, le 30 mars, Total a prévenu qu’il ne chercherait pas à bénéficier des aides de l’État, via notamment un tweet de son PDG Patrick Pouyanné expliquant "qu’en cohérence avec sa contribution à la solidarité aux personnels soignants, il va de soi que Total ne sollicitera PAS le soutien de l’État pour faire face aux difficultés créées par le Covid-19, que ce soit sous forme de soutien de trésorerie ou de recours au chômage partiel."
Une trésorerie solide
Désengagé des turbulences des cours pétroliers par la vente bouclée en juillet 2018 de son activité production et transport de gaz naturel liquéfie (GNL) à Total, le groupe n’est touché par la baisse des cours du gaz, - à moins de 10 euros le MWh début 2019 avec une baisse de 4,4% des tarifs réglementés du gaz en France -, que sur la partie ventes. Mais insuffisant, a priori, pour déséquilibrer les comptes du groupe, qui l’avait en partie anticipé dans ses prévisions.
Les infrastructure et les centrales peu touchées

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Face à la crise du Covid-19, du point de vue financier, Engie est "capable de faire face à la crise", a assuré Jean-Pierre Clamadieu à L’Usine Nouvelle. Le groupe dispose de 16,4 milliards d’euros de liquidités et a beaucoup de ressources financières disponibles, lignes bancaires ou cash. Et sur trois de ses quatre grands marchés, la crise du coronavirus devrait peu peser. Sur les infrastructures gazières, très régulées, il y aurait peu d’impacts. "Les Infrastructures font preuve de résilience, soumis à des effets volumes temporaires modérés et à des décalages de certains investissements de maintenance", indique le groupe.
Les renouvelables mis à mal
Pour les activités de production d’électricité thermique et nucléaire, le groupe se dit protégé sur l’ensemble de l’année, même s’il peut y avoir quelques effets dus "aux variations des prix sur les ventes d'électricité merchant non couvertes". L’impact sur les activités renouvelables est lui plus diffus et contrasté dans le monde. Engie a été touché par des problèmes d’approvisionnement liés aux premières étapes de la crise du coronavirus en Chine à la fois sur les panneaux solaires et des pièces d’éoliennes, les pales en particulier. Si l’approvisionnent redémarre, le groupe fait maintenant face à des sujets d’organisation concrets de disponibilité d’équipes, de capacité à réaliser le montage sur les sites. Avec des situations très contrastées suivant les géographies.
Chute d'activité dans les services
Là, où le bât blesse, c’est dans l’activité services, qui occupe plus de 100 000 personnes dans un groupe qui compte 160 000 collaborateurs dans le monde. Là, Engie a enregistré une chute brutale sur les activités. Ses clients ont d’autres priorités et certains ont décidé de limiter le nombre de personnes extérieures sur leurs sites. Ce n’est bien sûr pas vrai partout. Engie assure la continuité de services dans les installations vitales qu’il opère, comme 320 hôpitaux en France et 80 en Italie, mais aussi des prisons et des chaînes du froid dans l’agroalimentaire. Et là, tout se passe pour l’instant au mieux. Mais cela n’occupe qu’une partie des équipes Solutions énergétiques de groupe, qui elles, ne peuvent pas télétravailler.
Les dividendes 2019 non versés
Si le groupe "n’a absolument pas besoin des prêts bonifiés, ou de garanties de l’État", précise un porte parole, "nous utilisons du chômage partiel parce que nous avons plusieurs dizaines de milliers de personnes qui n’ont plus d’activité dans nos métiers de service". En conséquence, en vue des souhaits émis par le gouvernement, "le conseil d’administration d’Engie a décidé d’annuler le dividende 2019 de 0,80 euro par action", indique le groupe dans un communiqué, tout en s’engageant à les verser "à l’avenir". Le groupe a besoin des aides de l’État actionnaire qui détient 24 % du capital du groupe.



