Fini les communiqués de presse annonçant là la découverte d’un nouveau gisement de gaz en Mer du Nord, ici la construction d’un parc éolien Offshore flottant au Royaume-Uni ou encore l’acquisition d’un acteur de l’éolien terrestre, Global Wind Power France avec un portefeuille de 1000 mégawatts. Ce 23 mars, Total a dévoilé son plan pour faire face à la chute des prix du pétrole, à la pandémie de Covid-19 et aussi à celle du climat. Dans une vidéo publique, Patrick Pouyanné a expliqué aux salariés ce qu’il attendait d’eux pour faire face à ces trois crises.
Passant vite sur la crise sanitaire, Patrick Pouyanné a rappelé que "le groupe s’est organisé. Nous avons au niveau central une cellule de crise, pilotée par Denis Favier", précisant que pour l’ensemble des pays où Total est présent il faisait "confiance aux managers pour prendre les mesures adaptées".
Le baril sous les 30 dollars
Le PDG de Total a, en revanche, pris le temps d’expliquer les raisons de la crise des prix du pétrole. Il a rappelé qu’"avec le coronavirus, la demande à beaucoup baissé. Et elle devrait baisser de 6 millions de barils par jour compte tenu du développement de ce virus dans de nombreux pays. La demande est de 100 millions de barils par jour, soit 6 %".

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Or "le 6 mars les pays de l’Opep et non-Opep ont généré une crise. Ils ne se sont pas mis d’accord. L’Arabie Saoudite a pris la décision de casser le pacte qu’elle avait avec la Russie… et d’augmenter sa production. Ajoutant ainsi à "cette crise de la demande", "celle de l’offre. Car l’Arabie et les autres pays ont décidé d’augmenter leur production de 3 à 4 millions de barils par jour. Cela fait 10 millions de barils par jour qui vont se retrouver sur le marché sans demande. C’est énorme. C’est pourquoi le prix du pétrole s’est effondré. Il a été divisé par deux. Il est inférieur à 30 dollars du baril par jour. Il a entraîné les marchés financiers. Le cours de notre action a été divisé par deux."
Total plus fort qu'en 2014
Face à cette crise pétrolière, Patrick Pouyanné rappelle que Total est "dans une situation très différente de celle où nous étions en 2014", avec "un niveau d’endettement à 16 % contre 30 % en 2014". Il se veut rassurant en précisant que le niveau du point mort du groupe (au-dessous duquel il perd de l’argent) est "en dessous de 25 dollars du baril, contre 100 dollars. Nous n’y sommes pas encore. Notre coût de production côté E&P (exploration et production) est passé de 10 à 5 dollars du baril. Et nos investissements, ont baissé de 26 à 14 milliards".
Mais dans l’hypothèse où le prix du baril reste sous les 35 dollars, cela "représente une perte de 9 milliards de dollars si cela dure toute l’année. C’est la moitié de nos investissements. 9 milliards de dollars c’est environ le dividende que nous payons à nos actionnaires", précise Patrick Pouyanné.
Réduire les investissements de 3,3 milliards
Pour combler ce trou de 9 milliards de dollars en 2020, le PDG de Total reprend la même recette qu’en 2014. D’abord réduire les investissements de plus de 20 %. "Nous voulons économiser 3,3 milliards de dollars, dont 2,5 milliards à l’E&P, 300 millions à GRP (Gaz renouvelable set power), 300 millions à Raffinage Chimie et 200 millions au Marketing & service. C’est environ 20 % de chacun des budgets", a détaillé Patrick Pouyanné.
Doubler le plan d'économies à 800 millions de dollars
Le deuxième volet du plan vise à réduire encore les coûts opératoires, ou Opex. "Nous avions maintenu notre programme d’économie de 5,1 milliards depuis 2014 et qui prévoyait 400 millions d’économies sur l’année qui vient. Nous allons vous demander un effort supplémentaire partout dans le monde pour doubler cet effort et atteindre 5,5 milliards de dollars." Comment ? En gelant les recrutements partout sauf dans des "secteurs comme les renouvelables ou le digital, où nous sommes en train de construire un digital factory, seront préservés, car nous sommes en train de construire le futur".
Arrêter le rachat d'actions et emprunter 4 milliards
Patrick Pouyanné a aussi annoncé l’arrêt du programme de rachats de 2 milliards de dollars d’actions. "Nous avons dépensé 500 millions. Nous arrêtons notre programme de rachats d’actions. Et nous économisons 1,5 milliard de dollars".
Enfin, ce plan d’économie "représentant 5 milliards de dollars" alors que le "trou est de neuf milliards de dollars", Patrick Pouyanné rappelle que le groupe a "un taux d’endettement faible. Nous allons emprunter 4 milliards de dollars. C’est 2 % d’endettement. Donc pas de souci". D’autant plus que le groupe peut faire face grâce à une trésorerie de 10 milliards de dollars.
Réduire de 45% les émissions de CO2
Reste la crise climatique qui fragilise aussi le groupe. "Nous sommes agressés sur notre capacité à être un acteur positif de la neutralité carbone de la transition énergétique. Nous devons nous mobiliser pour réduire nos émissions de CO2, partout dans le monde, dans toutes nos opérations. Nous nous sommes donné un objectif de passer de 46 millions de tonnes en 2016 à 40 millions de tonnes en 2025. Ce n’est pas suffisant. Nous devons aller vers 20 millions de tonnes."
Pour atteindre cet objectif, et donc réduire de près de 50 % ses émissions, le PDG en appelle à tous les salariés "pour qu’ils se mobilisent dans les prochaines semaines pour que chacun de nos actifs et de nos opérations soit doté d’un plan CO2 partout dans le monde. Je souhaite que le groupe Total devienne le premier client de toutes les solutions de GRP [gaz renouvelables) dans les prochaines années." Le groupe devrait donc, sous peu, lui aussi annoncer un plan 'neutralité carbone', comme Shell, BP ou ENI viennent de le faire.



