Retenir ses talents en favorisant leur engagement dans la vie de l’entreprise est l’un des enjeux RH de ce début d’année. Dans cette perspective, l’implication accrue des salariés dans la gouvernance est une piste à explorer. Certains politiques poussent en ce sens, comme Anne Hidalgo et Yannick Jadot. Le candidat écologiste à la présidentielle souhaite que les employés représentent la moitié des conseils d’administration des entreprises de plus de 2 000 salariés et que cette proportion soit ramenée à un tiers dans les boîtes de 500 à 1 999 personnes.
L’idée n’est pas cantonnée à l’arène politique. Dans un manifeste publié mi-janvier et intitulé Réinventer le leadership pour transformer durablement l’entreprise, 14 dirigeants français réunis par le cabinet de recrutement Boyden suggèrent d’« abaisser le seuil (en vigueur) de 1 000 salariés » à partir duquel la présence de ces derniers dans l’organe de surveillance est imposée. Autre recommandation : « favoriser la mise en place de sous-comités dédiés aux jeunes talents » capables d’alimenter la « réflexion stratégique du comité exécutif ».
Transformer les effets de la crise en opportunités
Leur objectif ? Renforcer l’engagement des salariés dans la stratégie de l’entreprise, une des trois priorités pour transformer les effets de la crise sanitaire en opportunité pour l’économie tricolore selon ces managers de haut niveau. Parmi eux se trouvent plusieurs industriels dont Cécile Béliot, la directrice générale adjointe du groupe Bel, Laurent Favre, le directeur général de Plastic Omnium, Benjamin Fremaux, le PDG de l’ETI de services énergétiques Idex ou encore Jonathan Zrihen, le président du groupe de cosmétiques Clarins.
La France a enregistré des progrès depuis la loi Sapin de 2013 qui a rendu obligatoire la représentation des salariés dans les conseils d’administration et de surveillance pour la première fois dans le privé. En vertu de la loi Pacte de 2019, toute entreprise de plus de 1 000 employés doit désormais compter au moins deux administrateurs salariés dans le conseil d’administration quand celui-ci possède plus de huit administrateurs non-salariés, contre douze jusqu’alors, comme le prévoyait la loi Rebsamen de 2015. Des sociétés non-cotées sont aussi soumises à une obligation de représentation des salariés, sous certaines conditions. Ainsi, la part des salariés dans les conseils d’administration des entreprises du SBF 120 est passée d’environ 7% en 2015 à près de 14% en 2021.
Des seuils plus faibles ailleurs en Europe
Mais la marge de manœuvre reste grande. Dès 2018, le rapport de Jean-Dominique Senard et Nicole Notat – qui a nourri la loi Pacte – soulignait que les seuils de représentation des salariés dans la gouvernance étaient « plus faibles dans le reste de l’Europe » avec des minima de 500 salariés en Allemagne et de moins d’une centaine dans plusieurs autres pays.
Dans une tribune récente parue dans Le Monde, la professeure d’économie à Polytechnique Patricia Crifo rappelle pourtant que la présence significative de salariés dans les conseils d’administration « favorise l’identification de l’ensemble des salariés aux objectifs de l’entreprise et leur confiance en une juste rétribution de leurs efforts ». Cela « contribue à les motiver », assure-t-elle. A méditer, à l’heure où la quête de sens n’a peut-être jamais été aussi forte.



