A la rentrée du Medef, les recrutements au cœur des préoccupations des industriels

Les industriels croisés à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef n’entendent pas lever le pied sur leurs recrutements, en dépit d’une conjoncture maussade. Pour séduire les salariés, ils annoncent des augmentations salariales au niveau de l’inflation et ont majoritairement déjà opté pour des systèmes de partage de la valeur.

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La REF 2023 Medef hippodrome longchamp
Les 28 et 29 août, le Medef donne rendez-vous à ses adhérents et aux acteurs économiques à l'hippodrome de Longchamp.

« Les effectifs, c’est mon deuxième sujet d’inquiétude avec les hausses de prix, indique Roger Thiriet, gérant de Loxo, une petite société (une vingtaine de salariés) du Nord qui installe des équipements industriels. Je suis constamment à la recherche de mécanos, mais aussi d’électriciens, de chauffeurs grutiers. Il y a eu beaucoup de départs post-Covid, parce que les gens veulent autre chose. J’ai beaucoup de mal à les remplacer… »

Dans les allées de l’hippodrome de Longchamp, où le Medef organise les 28 et 29 août son annuelle Rencontre des entrepreneurs de France (REF), les industriels s’inquiètent des retournements de conjoncture qu’ils sentent venir. Mais pas suffisamment pour renoncer aux recrutements prévus, souvent difficiles. « Vu la conjoncture, nous sommes obligés d’être prudents, reconnaît Boris Lombard, président de KSB France, entreprise de pompes et robinets industriels (1 200 salariés en France). Mais pour le moment, pas question de reculer sur les recrutements. Nous en faisons environ 100 par an, nous allons continuer l’année prochaine. Ensuite, peut-être que cela se tassera, mais nous avons trop besoin de certaines compétences clés, difficiles à trouver, nous ne pouvons pas baisser la garde. »

Difficultés de recrutements en repli selon la Dares

Le 28 août, la Dares a publié une étude montrant que les tensions sur les recrutements se tassaient, en général, en France. Pour la première fois depuis fin 2021, au deuxième trimestre 2023, l’emploi a été moins dynamique que l’activité : il a augmenté de 0,1%, la croissance de 0,5%. Conséquence : « les difficultés de recrutement se replient », note la direction statistique du ministère du Travail. Le taux d’emplois vacants recule, mais très faiblement, de 0,1 point, pour un taux de 2,2% « toujours nettement plus élevé qu’avant la crise sanitaire ». La Dares parle d’une « amorce de refroidissement du marché du travail », dans un contexte où « les entreprises continuent d’évoquer le manque de compétences comme un frein majeur ». C’est le cas de nombreux industriels.

« Chez nous, les recrutements sont aussi tendus que l’an dernier, témoigne Benoit Fabre, président de Corona Etanchéité, une PME (30 salariés) du BTP de Saint-Chamond (Loire) spécialisée dans l’étanchéité dans le BTP. Certains postes sont ouverts depuis un an, je ne trouve pas du tout de conducteurs de travaux, par exemple. » Même difficulté pour Philippe Tavel, directeur général de Modul System, carrossier industriel de 51 salariés installé à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). « Je cherche 10 personnes depuis février, raconte l’entrepreneur. J’en avais trouvé cinq, elles n’ont pas fait l’affaire et sont parties… Les employés sont très opportunistes, ils demandent beaucoup à l’entreprise. Il va falloir qu’on s’habitue à repenser notre marque employeur. »

La Dares confirme que l’augmentation du nombre de démissions, surtout dans le tertiaire mais aussi dans l’industrie, explique une grande part des rotations et des difficultés de recrutement. Certains secteurs industriels sont tout de même concernés par une diminution des tensions, comme la fabrication de matériels de transport (-11 points) et celle des biens d’équipement (-7 points). Un signal pour les autres secteurs ?

Des augmentations de salaires qui ont suivi l'inflation

Selon les patrons interrogés, le problème des recrutements n’est pas salarial. « J’ai augmenté la masse salariale au-delà de l’inflation », témoigne l’un d’eux, qui préfère ne pas être cité car tous ses salariés n’ont pas bénéficié de la même hausse… Roger Thiriet (Loxo) en est persuadé : « nous ne perdons pas nos salariés pour ces raisons, on a versé des primes de partage de la valeur, en plus des augmentations de masse salariale. »

Fondateur de la start-up lyonnaise Meanwhile, qui fabrique des robots de transport intelligents notamment pour les hôpitaux, Sacha Stojanovic reconnaît que « le sujet des salaires est monté avec l’inflation, mais ce n’est pas le cœur des attentes de mes 22 salariés, qui ont 25 ans de moyenne d’âge. Certains ont quitté des grands groupes pour rejoindre une start-up qui correspond plus à leurs attentes en termes de sens. » Le patron a même déjà anticipé lafuture loi sur le partage de la valeur, qui va obliger les entreprises bénéficiaires de moins de 50 salariés à partager leurs bénéficies avec leurs salariés. « Je leur ai donné 10% des actions de l’entreprise en juillet, parce que c’est eux qui apportent de la valeur à cette entreprise », raconte-t-il.

Partage de la valeur et investissements

Beaucoup d’entrepreneurs rencontrés vont au-delà de ce que leur impose la loi et possèdent déjà un accord d’intéressement. C’est le cas de Segor, une PME de 35 salariés de la Meuse, spécialisée dans les engrenages. «De manière générale, on donne un tiers des bénéfices à l’actionnaire, un tiers aux salariés, un tiers est consacré à l’investissement. », indique son directeur Thierry Lung.Directeur expertise technique de Magotteaux, groupe chilien qui possède une fonderie de 130 personnes à Aubrives (Ardennes), Thierry Decoffe confirme qu’« il y a une pression sur les salaire à cause de l’inflation ». En France, son entreprise a un accord d’intéressement depuis 2012 : « c’est la même somme pour tous, de l’ordre de 3 000 euros par an, sur des objectifs compréhensibles par tous : sécurité, délais, qualité, coûts… Un taux de rebut, tout le monde comprend ! »

Le patron de KSB France a lui aussi joué sur le partage de la valeur pour fidéliser ses salariés : « nous avons relevé notre réserve de participation, renégocié l’accord d’intéressement, et versé des primes de partage de la valeur aux plus faibles salaires, quand nos finances nous le permettaient, précise Boris Lombard. Mais l’équation est parfois difficile à résoudre, entre les attentes des salariés et les incertitudes économiques… Dans un contexte d’inflation élevée et de nécessité de réaliser des investissements exceptionnels, le gâteau n’est pas extensible, il faut le partager. »

Avec Anne-Sophie Bellaiche

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