Le giga défi du recrutement dans l'industrie automobile des Hauts-de-France

Avec l’arrivée de quatre gigafactories de batteries dans la région des Hauts-de-France, les besoins en opérateurs, techniciens et ingénieurs sont considérables.

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Stellantis a ouvert à Douvrin un Battery training center, où dix salariés se reconvertiront à l’électrique.

Première région automobile de France, avec sept sites de constructeurs, 800 établissements et 55 000 emplois dans la filière, les Hauts-de-France ne vont pas perdre leur place avec la mutation du moteur thermique vers l’électrique. Au contraire. Dans les prochaines années, quatre gigafactories de batteries électriques vont s’y installer. Toutes annoncent des besoins en recrutement considérables : 2 000 postes pour Automotive Cells Company (ACC), à Billy-Berclau (Pas-de-Calais) ; 2 500 pour Envision AESC à Douai (Nord) ; 1 200 emplois directs et 3 000 indirects pour Verkor à Dunkerque (Nord) ; 3 000 emplois directs et 12 000 indirects pour le dernier venu, ProLogium, à Dunkerque également. Les géants de la batterie ont été séduits par le passé industriel de la région, par ses friches, sa situation géographique et sa densité de population. Avec plus de 20 000 emplois créés d’ici à 2030, les Hauts-de-France aspirent à devenir une Vallée de la batterie pilote en France, mais aussi en Europe.

Toutes ces entreprises vont recruter des profils pour des postes plus ou moins similaires. ACC ouvre le bal avec une mise en service de son usine à la fin de l’année. «Nous avons actuellement 300postes à pourvoir. Nous recherchons des conducteurs d’installation, des techniciens de maintenance, des ouvriers qualifiés, des chefs d’équipe en production et en logistique…, indiquait fin mai Benoît Fauconnier, le porte-parole de la coentreprise de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, qui réfute l’idée d’une concurrence entre gigafactories. Quand on habite à Lens(Pas-de-Calais), on ne va pas travailler à Dunkerque. On compte sur la proximité géographique directe entre l’usine et le bassin de population.» Les candidats recrutés se formeront pendant trois mois à Nersac (Charente), où ACC possède une ligne pilote. «À terme, toutes les formations se feront à Billy-Berclau(Pas-de-Calais), où nous avons une capacité de quatre lignes», précise le porte-parole.

Adapter les formations aux besoins

Pour attirer les profils, les industriels ont réalisé un véritable travail d’acculturation. «Nous avons commencé par des sessions de présentation de Verkor et de nos métiers auprès de Pôle emploi, des élus de la région, des lycées, raconte Émilie Rondet, la cheffe de l’École de la batterie de Verkor. Historiquement, les Hauts-de-France connaissent bien l’univers de la sidérurgie et de la métallurgie. Or, nous, nous sommes plus proches de l’électronique et de la pharmaceutique, avec nos salles blanches.» Selon elle, il y a un réel intérêt à créer un écosystème global qui profiterait à tous. «Nous ne sommes pas des concurrents, dans la mesure où nous n’avons pas les mêmes technologies de fabrication et que nos cellules ne sont pas destinées aux mêmes usages, indique-t-elle. De plus, les opérateurs et les techniciens ne sont pas les profils les plus mobiles. La crainte réside plutôt dans le fait de déshabiller les entreprises locales déjà installées.»

C’est pour éviter ce détournement des talents que le lycée professionnel et technologique Edmond Labbé, à Douai, a ouvert en juin une troisième classe, en formation continue, de technicien supérieur en maintenance industrielle. «Nous accompagnons Envision dans ses besoins, avec notamment deux groupes de 12personnes en formation continue de technicien supérieur, explique Xavier Castre, le directeur délégué à la formation du lycée. Après 920heures de formation au lycée, les stagiaires s’exercent en entreprise pendant 350heures. Une promesse d’embauche les attend chez Envision. En parallèle, nous avons un bac professionnel en maintenance et un BTS maintenance à coloration batterie électrique. Les entreprises locales nous ont contactés elles aussi, car elles ont des besoins dans ces métiers. D’où l’ouverture d’une troisième classe.» Les demandes sont là, l’engouement aussi. «L’an dernier, nous avions 45candidats pour le BTS et cette année 168. Nous ouvrirons probablement de nouvelles filières dans les mois à venir», anticipe-t-il.

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Au pôle Renault ElectriCity de Douai, on compte sur la synergie des différents acteurs. «Il y a une évolution de certains métiers mais pas nécessairement une révolution, estime Sébastien Delouf, le DRH de Renault ElectriCity. Les métiers de l’électrique, on les connaît. Le passage du thermique à l’électrique ne modifie pas l’entièreté de nos métiers.» Ce pôle d’excellence va recruter 700 personnes, majoritairement des agents de production, en CDI d’ici à 2024. Elles suivront une formation pendant cinq semaines, autour, notamment, de l’apprentissage des gestes opératoires, avant de rejoindre des ateliers d’entraînement.

Efforts sur la rémunération

Pour attirer les techniciens de maintenance, les recruteurs affichent des rémunérations attrayantes, autour de 2 000 euros net, et des conditions intéressantes. «Je ne pense pas qu’il soit judicieux de se lancer dans une escalade au niveau des salaires, met en garde Christophe Duvey, le responsable RH d’Envision AESC. Le portefeuille clients, par exemple, peut être un gage de pérennité intéressant pour les candidats. » Pas facile pour les acteurs de l’emploi de répondre à ces besoins colossaux de main-d’œuvre. «Cette activité bouleverse le panorama des compétences, reconnaît Hedi Benrached, le directeur de l’agence Pôle emploi de Douai. Depuis plus d’un an, nous multiplions les réunions d’information pour mobiliser le public du Douaisis, où le taux de chômage est élevé, et pour susciter les vocations. Nous allons nous rendre en Angleterre, où Envision a une usine, pour faire une analyse des postes et construire des tests de sélection sur mesure.»

Chez Stellantis, à Douvrin (Pas-de-Calais), un Battery training center a vu le jour début mai. L’idée : permettre à dix salariés issus de l’usine thermique de se former à l’électrique. «On ne parle pas de reconversion, car les salariés ont déjà des compétences. C’est une sorte de sas d’accélération où ils vont se familiariser pendant 400 heures aux spécificités d’une gigafactory», informe le DRH David Omnes. Si les géants anticipent leurs besoins, ce n’est pas toujours possible pour les plus petits acteurs comme les sous-traitants et les PME. Lancé mi-avril et doté de 25 millions d’euros, le consortium Electro’Mob, qui réunit la région et une quarantaine de partenaires (constructeurs, filière, acteurs du monde académique et universitaire), entend répondre aux besoins en compétences de tous les acteurs. 

Tiamat parie sur le sodium

Créée en 2017, la start-up amiénoise Tiamat prépare une levée de fonds de 100 millions d’euros d’ici à la fin de l’année pour ses batteries au sodium-ion. Ces batteries de puissance offrent une alternative à la technologie lithium-ion, dont la production repose sur des matériaux critiques par leur rareté et par leur provenance géostratégique. Issu du réseau français sur le stockage électrochimique de l’énergie (RS2E) porté par le CNRS, Tiamat dispose de plusieurs prototypes fonctionnels et planche sur la construction d’une gigafactory, sur un terrain de dix à vingt hectares. Cette usine devrait ouvrir fin 2025 à Amiens (Somme), avec une capacité de 1 gigawatt, extensible à 5 gigawatts. Elle produira jusqu’à 700 000 batteries sodium-ion par jour. Objectif : fournir le marché européen en cellules prismatiques à destination de différents marchés, et notamment celui de l’hybridation automobile.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720-3721 - Juillet/août 2023

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