En Occitanie, la voiture connectée booste l’électronique

Les expertises en électronique, informatique et systèmes embarqués des industriels occitans accompagnent les mutations vers la voiture électrique, intelligente, autonome.

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La région Occitanie accueille des experts en électronique et informatique automobile, comme Renault Software Labs.

«La mutation de l’automobile vers l’électrique représente une opportunité pour l’Occitanie. C’est ici que se conçoivent les architectures informatiques et électroniques des nouveaux véhicules», s’enthousiasme Thierry Cammal, le directeur général de Renault Software labs et président du cluster régional Totem (Transport d’Occitanie terrestre et maritime). Fondé en 2017 dans le cadre de la reprise d’activités de R&D d’Intel, avec l’ambition d’accélérer l’innovation en matière de véhicules connectés et autonomes, Renault Software Labs occupe 450 salariés, dont 260 à Toulouse (Haute-Garonne), et a ouvert une centaine de postes supplémentaires. «L’Occitanie n’est peut-être pas un territoire de construction automobile. Mais la région, grâce à de grands équipementiers, affiche des expertises reconnues dans l’électronique et l’informatique de la mobilité», analyse Franck Edelaar, le directeur général de Totem.

Le cluster compte 150 membres, dont une centaine d’entreprises dans l’automobile. Parmi elles, Vitesco Technologies France. «Historiquement positionnées sur les calculateurs d’injection et les systèmes de contrôle moteur thermique, nos activités ont pivoté vers les contrôleurs de batteries, les systèmes et composants intelligents pour groupes motopropulseurs électriques ou hybrides, avec une montée en compétences sur l’électronique de puissance», précise son président, Stéphane Fregosi. Née en 2019 avec le rachat des anciennes activités électroniques de Continental liées au groupe motopropulseur (systèmes de contrôle électroniques, capteurs, actionneurs…), Vitesco Technologies France compte pas loin de 1 600 emplois en Occitanie : 980 à Toulouse (centre de R&D, moyens de test et fonctions supports) et 600 répartis entre les deux sites de production de Foix (Ariège) et Boussens (Haute-Garonne). Et 90 recrutements sont prévus en 2023.

De son côté, le site toulousain de Continental Automotive héberge la seule usine française d’équipements électroniques pour l’auto du groupe (systèmes de pression de pneus, unités de commande des systèmes liés au confort et à la sécurité dans l’habitacle, solutions connectées…). Il emploie 1 500 salariés et compte en embaucher 300 de plus en 2023. «Nos adhérents ont à gérer des problématiques de croissance, insiste Franck Edelaar. Tous nous font part de leurs difficultés à attirer les bons profils. Leurs besoins sont estimés entre 600 et 1000 ingénieurs au cours des deux prochaines années.»

En pleine croissance, l’ETI familiale Actia, spécialiste des systèmes électroniques embarqués, a connu en 2022 une hausse de 12,1% de son chiffre d’affaires par rapport à 2021, à 499,8 millions d’euros. Si les axes de diversification dans le ferroviaire, le new space et les vélos à assistance électrique soutiennent cette dynamique, la division automotive pèse toujours plus de 80% du montant des ventes et poursuit sa progression. «Nous comptons passer le cap de 800millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec à la clé de nouveaux emplois et investissements à Toulouse et dans sa région», prévoit le président, Jean-Louis Pech. Créé à Toulouse en 1986, Actia fait travailler 3 730 personnes dans le monde, dont près de 1 100 en France. Le français Plastic Omnium vient de se renforcer en Occitanie en acquérant la division power d’Actia, avec des ambitions dans le véhicule électrique. «Nous ciblons le marché des volets batteries et la gestion du système électrique automobile», précise Alexandre Corjon, le directeur innovation et software de Plastic Omnium.

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Les industriels occitans peuvent compter sur de nombreux instituts de recherche. À Toulouse, le Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (Laas) s’implique particulièrement dans le développement des véhicules autonomes connectés, et le laboratoire Laplace est à la pointe sur les véhicules hybrides et électriques. Le groupe de semi-conducteurs NXP, dont le site toulousain (un peu plus de 550 emplois) abrite le centre de développement de la division automobile, a décidé en 2020 de renforcer son partenariat avec ces deux structures et de créer un laboratoire commun, le Sema (Systèmes embarqués pour la mobilité autonome).

Un dynamisme porté par l’innovation

Cet écosystème profite à de nouvelles entreprises innovantes, qui choisissent l’Occitanie pour se lancer dans l’aventure électrique. En pole position, la société lotoise Whylot, fondée en 2011, a été retenue par Renault pour développer un e-moteur automobile innovant à flux axial. Né en 2014, le toulousain EasyMile se démarque à l’international avec ses navettes 100% électriques et autonomes pour le transport de passagers et de marchandises. À Cahors (Lot), Soben fait parler de lui avec de très petits véhicules autonomes de livraison de colis en zone urbaine. La société s’est dotée d’une nouvelle unité d’assemblage en 2021 et compte quintupler son effectif d’ici à cinq ans.

«La recharge est aussi devenue un volet majeur d’innovations et de croissance pour les PME et les start-up», souligne Thierry Cammal. L’Occitanie affiche des pépites, notamment les haut-garonnaises Batconnect (batteries lithium-ion connectées pour l’électromobilité légère), Anyos (bornes de recharge) et Ze-Watt, avec son concept clés en main de stations-service électriques sur le lieu de travail. Elle compte aussi des pionniers, comme IES Synergy, installé à Saint-Aunès (Hérault). Ce développeur de bornes et chargeurs embarqués pour véhicules électriques légers et industriels a reçu une aide de France Relance de 3,4 millions d’euros, sur un programme de 10 millions destiné à développer sa quatrième génération de bornes rapides. Un premier modèle sort en Europe en 2023, puis aux États-Unis et en Asie. Le coup de grisou qui a frappé l’Aveyron en 2021, avec la fermeture de la fonderie SAM, à Viviez, et le douloureux accord de transition à l’usine Bosch d’Onet-le-Château, près de Rodez, ne doit pas occulter la dynamique de ceux qui ont pris le virage de l’électrique et de l’innovation ­technologique. 

Le nouveau venu : Hyd’Occ vise la mobilité lourde

Fondée mi-2020 par le producteur montpelliérain (Hérault) d’électricité renouvelable Qair et l’agence Arec Occitanie, la société Hyd’Occ devait débuter fin juin la construction de sa première usine d’hydrogène par électrolyse de l’eau, à Port-La Nouvelle (Aude). La mise en service est prévue fin 2024. Soutenu par la région Occitanie, l’Ademe, France Relance, l’Europe et la Banque européenne d’investissement (BEI), le projet, dont le coût s’élève à 60 millions d’euros, fournira en hydrogène la mobilité intensive lourde (camions, bus, bennes, utilitaires légers...). «Nous lancerons en même temps la production et la distribution, avec cinq stations implantées le long des autoroutes, explique Stéphane Arnoux, le directeur général d’Hyd’Occ et directeur du pôle ingénierie et process hydrogène de Qair. Il faut développer des écosystèmes pour créer la filière hydrogène, sur laquelle l’Occitanie veut être première de cordée.» La capacité initiale de 3 000 tonnes par an sera doublée en cinq ans. Raccordée au réseau de RTE, l’usine de 16 électrolyseurs fera appel à de l’électricité «verte», issue des futurs parcs photovoltaïques proches du site et des fermes Qair. Hyd’Occ prévoit 35 à 50 emplois directs et trois à cinq fois plus d’indirects.

 

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