Construire plus efficacement, plus vite, avec une meilleure qualité et des conditions de travail améliorées, et de manière plus durable, tels sont les atouts de la construction hors-site résumés par Bernard Michel et Robin Rivaton, président et directeur général de Real Estech, une association dédiée à la promotion et au lobbying autour de l’innovation dans le secteur immobilier. Missionnés en décembre 2018 par Julien Denormandie, alors ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement, ils estiment que 80% à 85% des travaux pourraient être réalisés en usine, contre actuellement 10%.
Les auteurs du rapport rappellent que, dans la construction, les coûts de main-d'œuvre représentent entre 40 et 50% du coût total d’un projet. Un chiffre qui grimpe à 60% pour les travaux de maçonnerie ou d’électricité. Dans le coût final d’une voiture, le coût du travail est, lui, compris entre 14 et 18%. D’après des données de l’Assurance maladie de 2017, on recensait dans le bâtiment et les travaux publics 57 accidents du travail pour 1 000 salariés, par rapport à une moyenne de 33 pour l’ensemble de l’économie. Le taux de gravité s’élevait à 2,6, contre 1,4 pour la moyenne nationale. Par ailleurs, seuls 35% des employés du secteur de la construction ont une ancienneté de plus de dix ans, contre 45% dans le tertiaire et 50% dans l’industrie.
Un constat qui incite Bernard Michel et Robin Rivaton à appuyer le développement de la préfabrication. “La production en usine garantit une qualité constante, ce qui peut également avoir un effet positif sur l'occurrence de sinistralités. Un autre atout consiste en la réduction des nuisances en phase chantier. C'est également une opportunité pour développer des innovations industrielles en France, pouvant faire émerger des techniques constructives durables, à un coût carbone maîtrisé”, indiquent-ils. Autre argument en sa faveur : en 2018, 29 % des acquéreurs dans le neuf ont subi un retard de livraison d’en moyenne 5,4 mois après la date prévue (UFC-Que Choisir). Pis, dans l’habitat collectif neuf livré, seuls 47% des clients se déclarent satisfaits de la qualité des travaux.
Des recommandations pour accélérer
Pour développer le recours à la construction hors-site, ils recommandent, pour les projets publics et de zones d’aménagement concerté, une transparence sur les prix des bâtiments affichant une surface de plancher supérieure à 5 000 mètres carrés. A Singapour, en amont du chantier, les coûts détaillés et jours-homme prévus doivent être affichés. Ils suggèrent l’élaboration d’un relevé statistique comparant la durée réelle des chantiers et la durée présentée lors du dépôt de projet afin de pouvoir infliger d’éventuelles pénalités, et comparer le temps prévu selon les modes de construction (hors-site et traditionnel). Autre recommandation, la simplification des normes s’appliquant aux matériaux de construction.
Rassembler des éléments destinés à “évaluer la durabilité et la performance des éléments et sous-éléments de construction industrialisée” dans une base de données fait également partie des recommandations émises. Le programme d’investissements d’avenir serait mis à contribution pour accompagner la filière sous condition de projets.
Les règles de la commande publique pourraient aussi être modifiées. “La construction industrialisée a des difficultés à intégrer la procédure traditionnelle binaire, marchés de maîtrise d’œuvre dans un premier temps puis marchés de travaux. Le fournisseur de produits industriels vend souvent une prestation complète d’ingénierie et de matériaux. Il a besoin de visibilité pour lancer la production des éléments”, justifient Bernard Michel et Robin Rivaton. Plusieurs autres textes pourraient être revus. De plus, le Répertoire national des certifications professionnelles pourrait intégrer des formations dédiées à la construction hors-site.
Un recours amplifié aux outils numériques
“La filière ne part pas de zéro. Le BIM est un prérequis. Or le plan BIM 2022 qui a pour ambition de généraliser l'utilisation du numérique dans le bâtiment a déjà largement aidé à améliorer le recours aux outils logiciels dans la construction”, expliquent par ailleurs les auteurs du rapport.
Ils préconisent donc de s’appuyer sur cette transition numérique pour accélérer sur la construction hors-site, malgré des surcoûts actuels compris entre 15% et 20% en France.



