Il est des destins familiaux forgés dans l’adversité. C’est le cas du groupe rochelais Ridoret, dont l’histoire débute sur les cendres d’un drame. Rien ne destinait Roger Ridoret à créer sa propre menuiserie, si ce n’est la disparition prématurée de son père pendant la Première Guerre mondiale. «Mon grand-père était artisan menuisier. Il venait juste de s’installer à son compte quand la guerre l’a fauché. En sa mémoire, mon père Roger a décidé, en 1938, à l’âge de 28 ans, de se lancer», raconte Daniel Ridoret, qui a rejoint l’entreprise avec son frère Didier dans les années 1970.
«Pour nous, intégrer la menuiserie était une évidence. Nous avons grandi au-dessus des ateliers», assure-t-il. PDG, il a confié la direction quotidienne du groupe à ses deux fils, Jean-Baptiste et Matthieu. Tous deux ingénieurs, ils ne se destinaient pas forcément à la direction d’une entreprise du bâtiment. Mais l’héritage familial a fini par les rattraper, dans un effet de «mimétisme», selon leur père.
Une politique RH assumée
Chaque génération a apporté sa pierre au développement du groupe, qui s’est étoffé avec la reconstruction de l’après-guerre et grâce à une croissance externe à partir de 1970. «Mon père, accompagné de son neveu, a jeté les bases de l’entreprise. Ma génération a introduit des outils de management modernes et lancé une stratégie de croissance externe continuée jusqu’à ce jour. Et la troisième a développé la dimension managériale, avec la “raison d’être” et l’esprit coopératif en ouvrant le capital aux salariés», explique le PDG.
Cet esprit de famille se traduit aussi dans la gestion des ressources humaines. «Nous ne considérons pas nos salariés comme des mouchoirs jetables», affirme Daniel Ridoret. Une approche qui, selon lui, fait la force des entreprises familiales. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, cette stabilité rassure les collaborateurs. Ils savent que la stratégie n’est pas soumise aux aléas d’un actionnariat volatil. L’un des freins à ce modèle ? «Le financement, admet le PDG. L’entreprise doit gagner suffisamment d’argent pour se développer puisqu’elle ne peut pas compter sur un actionnariat autre que celui de la famille.»
Âgés d’une quarantaine d’années et épaulés par Damien Reveau – lui aussi issu d’une lignée de menuisiers, dont l’entreprise a été rachetée par Ridoret –, ses fils ont encore de belles années devant eux. Quant à savoir si leurs enfants seront contaminés par le même atavisme, il est trop tôt pour le dire.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3744-3745 - Juillet-Août 2025



