Dans ses ateliers, Minco façonne du pin, du chêne, et… désormais une herbe géante, le Phyllostachys pubescens, plus simplement appelée bambou Moso. Installée à Aigrefeuille-sur-Maine (Loire-Atlantique), l’entreprise fabrique depuis plus de trente ans des fenêtres multimatériaux bois-aluminium, qu’elle qualifie d’«hybrides». Jusqu’ici, elle utilisait exclusivement des essences françaises. Mais face à la raréfaction des ressources, elle choisit d’explorer une alternative plus rapidement renouvelable.
«Le pin met quarante ans à pousser avant d’être utilisable, le chêne quatre-vingts ans. Le bambou, seulement cinq ans», explique Freddy Thomin, le responsable marketing de Minco. Utilisé sous forme de carrelets – des pièces longues destinées à être usinées pour devenir les profils des fenêtres –, le bambou se révèle aussi performant techniquement que le bois. Il capte plus de carbone lors de sa croissance, consomme moins d’eau et, «contrairement aux idées reçues, il n’est pas invasif mais envahissant, donc maîtrisable». Il présente aussi un intérêt pour la qualité de l’air intérieur, étant naturellement antistatique, antiallergique et émettant très peu de composés organiques volatils. Le concept de la fenêtre végétale hybride était né.
Des performances comparables au bois classique
Avec Moso, fournisseur européen de bambou, Minco a codéveloppé un matériau répondant à leur cahier des charges strict. «Les équipes ont passé près de trois ans à ajuster les paramètres. Il a fallu s’assurer que le bambou fonctionnait avec nos machines, nos outils, nos standards», précise Freddy Thomin. Aucun changement de ligne n’a été nécessaire : «Nous avons simplement adapté l’existant.» Minco souligne que si le bambou utilisé pousse en Chine, il provient de forêts gérées durablement et est importé par conteneurs pour minimiser l’impact du transport. «Moso nous garantit un impact carbone neutre en arrivant sur le sol français.»
Le modèle conserve les principes de la fenêtre hybride : intérieur en bambou, parement aluminium extérieur, finition aqueuse, Totalement démontable et recyclable à 97 %. Les performances thermiques sont équivalentes à celles des menuiseries bois. L’impact carbone, en cours de certification via une fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES), est estimé à 54 kg de CO2 par mètre carré – deux fois moins qu’un modèle métallique équivalent. Le vitrage, intégrant 64 % de verre recyclé, contribue aussi à alléger le bilan environnemental. Commercialisé depuis mars 2023, ce modèle représente déjà 5 à 7% des ventes. «Nous continuerons à utiliser du bois, mais nous voulions également être préparés pour l’avenir en proposant une alternative plus résiliente, avec moins d’impact pour la biodiversité», conclut Freddy Thomin. Une façon pour Minco de préparer l’après-bois, sans rupture industrielle.



