Entretien

"Sur le plan industriel, la filière bois française est en retard", observe Nicole Valkyser-Bergmann

Jusqu’au samedi 17 juillet, le Grand Palais éphémère dans le VIIe arrondissement de Paris, lui-même construit à base de bois, accueille la 10e édition du Forum Bois-Construction autour du thème “La construction biosourcée pour bâtir un avenir”. Une thématique qui sied bien aux enjeux de la prochaine RE2020. Nicole Valkyser-Bergmann, organisatrice du forum, répond aux questions de L’Usine Nouvelle.

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Grand Palais éphémère en travaux
Le bois sert d'ossature au Grand Palais éphémère, à Paris.

L'Usine Nouvelle - Pourquoi la filière bois française accuse-t-elle un retard industriel par rapport à ses concurrents ?

Nicole Valkyser-Bergmann - La filière bois française est sous-développée par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la Finlande… Première raison : la forêt française est à 80% privée ; en Allemagne, elle est à 80% nationale. En France, nous avons beaucoup de feuillus, mais pas assez de résineux. Deuxième raison : les entreprises françaises n’ont pas suffisamment intégré le BIM (maquette numérique du bâtiment) ni adapté leur outil de production pour répondre à toutes les possibilités que permet le bois dans la construction. En Allemagne, il existe de nombreuses usines de préfabrication bois. Le temps de montage sur les chantiers est réduit. Par ailleurs la France a assez de bois, mais il faut rééquilibrer le mix d’essences vers plus de résineux que de feuillus. Dans la construction, ce sont surtout des résineux qui sont utilisés.

Quelles initiatives ont été prises en France ?

Ces dernières années, la filière française (Ducerf, Lefebvre, Piveteau…) a enfin pris conscience de son retard industriel, par rapport aux outils. Ces PME ont été aidées par Bpifrance. Certains chantiers étaient servis par des entreprises étrangères, qui ont aussi racheté des usines en France, comme les Allemands Schilliger et Rubner. Il y a encore deux ans, en France, on ne pouvait pas fabriquer de CLT (bois lamellé croisé). Les Français n’avaient pas la vision de ce qu'apporte ce produit. Piveteau Bois et l’autrichien KLH (Lignatec) s’y sont mis.

Que vous inspirent les dernières annonces liées à la nouvelle réglementation RE2020 ?

La RE2020 sera un très grand avantage pour le bois. Rien que le marché de la rénovation apporte au bois et aux matériaux biosourcés des opportunités énormes. Par exemple, des sociétés comme Techniwood sont très fortes dans la façade préfabriquée. Le problème est d’avoir reculé deux fois son application ; or, la filière forêt-bois est essentielle pour atteindre les objectifs environnementaux fixés lors de la COP21. Le bois et les matériaux biosourcés constituent des éléments très importants pour la séquestration, la substitution et le stockage du carbone, comme l’a prouvé l’expérimentation E+/C-. 

Les compétences vont-elles suivre cette hausse de la demande ?

On a un problème de formation en France. Les Compagnons du devoir sont très bien formés. Le principe des Compagnons, qui sont très tôt intégrés dans les entreprises, est très répandu en Allemagne. En France, les jeunes ne veulent pas travailler dans le bois et dans le bâtiment, qui conserve une connotation négative. Or, les ingénieurs bois ont une formation très poussée. Beaucoup commencent par une formation de charpentier, et poursuivent à l’Ecole supérieure du bois à Nantes (Loire-Atlantique) ou à l’Ecole nationale supérieure des technologies et industries du bois à Epinal, et ils ne sont pas au chômage.

La filière en chiffres (ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation) :

Infographie bois
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