Chronique

[Climato-éthique] Pour se structurer enfin, la filière bois doit se penser (aussi) en puits de carbone

Le bois énergie est au cœur de la stratégie nationale bas carbone. Avec la RE 2020, le bois de construction s’y invite aussi. Reste à concilier ces deux filières avec celles du bois forêt, du bois industrie, du bois loisir et du bois biodiversité… Et c’est urgent.

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Bois et forêt - Rondins
Grâce au bâti-bois, le gouvernement vise "l’optimisation du puits de carbone du secteur forêt-bois".

Le gouvernement place (enfin) la filière bois au cœur de sa stratégie de transition bas carbone. Pour preuve, la signature le 19 avril d’un amendement au contrat stratégie de la filière bois 2018-2022 pour y inscrire la nouvelle réglementation environnementale du bâtiment neuf (RE 2020), qui favorise le bâti bois, et le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt pour le développement de produits bois et de systèmes constructifs bois ouvert. L’objectif affiché est "l’optimisation du puits de carbone du secteur forêt-bois". Las, cet objectif n’est pas encore associé à la gestion durable de la ressource. D’ailleurs, le ministère de la Transition écologique (MTE) n’est pas signataire de cet amendement aux côtés des ministères de l’Agriculture, du Logement et de l’Economie !

La gestion durable des forêts est pourtant bien inscrite dans le plan d’action climat que le MTE vient de publier. Certes, bien cachée, loin derrière les objectifs de production d’énergies décarbonées, notamment via la biomasse, pour l’industrie ou le développement de l’agroforesterie intra-parcellaire et des haies dans l’agriculture. Il faut aller dans jusque dans le volet "adaptation" au chapitre "nature et milieu", pour apprendre que c’est le groupement d’intérêt public Ecofor qui gère le dossier gestion durable de la forêt. Et doit rendre un bilan à la fin du premier semestre 2021. À la clé, peut-être, une cinquième mission pour l’Office national des forêts (ONF) en plus de produire du bois, préserver l’environnement, accueillir le public et prévenir les risques naturels ?

La biomasse "ressource rare en 2050"

Et pourquoi pas un nouveau code forestier français, créant la possibilité de produire des crédits carbone forestier en France? Cela existe dans le cadre forestier de certains pays tropicaux, comme le Congo, suite au protocole de Kyoto. Elle pourrait être inscrite dans la nouvelle Stratégie nationale de mobilisation de la biomasse (SNMB), un dispositif introduit par la Loi sur la Transition énergétique de 2015 et qui doit être mis à jour un an après la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publiée le 23 avril 2020.

C’est en tout cas à ce document que renvoie la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui prévoit un besoin en énergie finale d’environ 1060 TWh pour atteindre la neutralité carbone en 2050, dont la moitié proviendrait de la biomasse. Il faudra à cette échéance mobiliser 400 à 450 TWh de ressources brutes en biomasse, contre 180 TWh en 2016. Des ressources qui proviendraient pour 230 TWh de la biomasse agricole (y compris celle issue de l’agroforesterie), pour 100 TWh de déchets (dont les déchets bois), effluents d’élevage et autres résidus et pour 100 TWh de la biomasse forestière. Or la biomasse, que se partagent plusieurs filières "sera une ressource rare en 2050", prévient la SNBC. Il est donc urgent de penser enfin ensemble le bois-bâti, le bois-énergie, le bois-industries (palettes, meubles...) et le bois forêt.

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