Bien développé pour les palettes standardisées, le reconditionnement l’est beaucoup moins pour les palettes sur mesure. Rien d’étonnant : celles-ci répondent, en termes de dimensions et de caractéristiques techniques, aux besoins d’un produit et d’une entreprise donnés. Les Ateliers du bocage veulent inverser la vapeur à leur échelle, en donnant un nouveau souffle à ces emballages qui, autrement, seraient voués à la destruction.
« Nous nous sommes lancés dans cette activité il y a sept ans, partant du constat qu’il était dommage, à la fois pour l’environnement et sur le plan économique, de voir ces palettes terminer dans une benne », explique Yves Hallaire, directeur adjoint aux Ateliers du bocage.
Basée au Pin (Deux-Sèvres), cette coopérative d’utilité sociale et environnementale issue du mouvement Emmaüs réalise diverses activités dans le domaine du reconditionnement, comme la réparation de matériel informatique, de téléphones et autres cartouches d’encre. Elle s’est tournée vers la remise en état des palettes sur mesure en partant de l’expérience accumulée depuis 1992 dans la production de palettes neuves et le reconditionnement de palettes standard. Ses ateliers produisent aujourd’hui 110 000 palettes neuves par an destinées à des entreprises de la mécanique, des menuiseries, des plasturgistes qui, pour la plupart d’entre eux, sont installés dans le Grand Ouest.
Rupture professionnelle
« Notre activité n’a pas un but lucratif, argumente Yves Hallaire, elle est un moyen pour redonner du travail à des personnes en difficulté, en rupture professionnelle ou familiale. » Les palettes représentent aujourd’hui le tiers du chiffre d’affaires de la coopérative, soit 5 millions d’euros sur un total de 15,5 millions d’euros. L’idée de remettre en circulation les palettes sur mesure part des liens tissés entre les Ateliers du Bocage et les nombreuses menuiseries de fenêtres en aluminium et PVC, volets roulants et autres portes-fenêtres situées à proximité comme K Line, basé aux Herbiers (Vendée) ou Maugin, à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), à qui la coopérative vend des palettes neuves. « Généralement, à chaque client correspond un format », précise Yves Hallaire.

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- -5+100.0
Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
Si, sur le plan théorique, le projet se profilait intéressant, encore fallait-il gérer la partie logistique, car si ces entreprises sont bien disposées à racheter leurs propres palettes usagées, également alléchées par la possibilité de les payer 10% moins cher, il faut aussi aller les récupérer sur les lieux où les produits ont été livrés, c’est-à-dire auprès des agences régionales ou des chantiers des menuisiers particuliers. Dans cet objectif, la coopérative s’est alliée avec Transports Pineau (Groupe Mousset-Jetransporte). Ce dernier récupère les palettes et les rapporte au Pin où elles sont triées, vérifiées et, le cas échéant, réparées. Il s’agit, pour la plupart d’entre elles, de palettes plates ou à dosseret, longues de 3 à 4 m, parfois de simples chevalets.
Machines de levage
Le parc est impressionnant. À lui seul, Maugin utilise quelque 30 000 palettes par an. « Nous avons doublé les volumes en à peine deux ans, entre 2022 et 2024 grâce à une demi-douzaine de clients », souligne Yves Hallaire. Pour appuyer cette activité, Ateliers du bocage s’est doté, en 2023, d’un nouveau site industriel, toujours au Pin. D’une surface de 3 500 m², il abrite six lignes de production de palettes neuves dont deux automatisées et l’atelier dédié au réemploi. La coopérative n’oubliant jamais son rôle social, elle a investi dans l’ergonomie des postes de travail, en dotant l’atelier de potences et de machines de levage automatique. Quatre postes ont été créés, deux autres devraient l’être, sachant que la division palettes occupe 30 personnes au total. Aujourd’hui, la coopérative reconditionne 20 000 palettes par an, mais l’objectif est de passer à 30 000 palettes en 2026, puis à 50 000 en 2027. Plusieurs freins persistent, notamment logistiques, puisque les palettes sont difficiles à localiser. De même, il ne paraît pas intéressant de récupérer, pour d’évidentes raisons économiques et environnementales, les palettes les plus lointaines.
Circuits retour
« À partir de 300 km, cela devient coûteux, à moins que la hausse du prix du bois rende l’arbitrage plus intéressant », explique le dirigeant. Cela étant, il suffirait de peu pour changer la donne. Les industriels pourraient, par exemple, travailler sur quelques standards et favoriser, avec leurs transporteurs et agences locales, la mise en place de circuits de retour. Le prix du bois, en hausse depuis quelques mois, pourrait favoriser le développement des palettes réemployées. Enfin, et c’est peut-être le plus important, l’emploi de palettes reconditionnées est synonyme de baisse des émissions de carbone pour les entreprises qui les utilisent. On estime en effet que 10 000 palettes réparées évitent de générer 155 tonnes de CO2. L’émergence de la réglementation sur les déchets d’emballages industriels et commerciaux (DEIC), avec la mise en place d’une responsabilité élargie du producteur (REP) spécifique à ces articles, pourrait agir en tant que catalyseur. Le marché est là et il est consistant. Quelque 11 millions de fenêtres ont été installées en 2024.



