Face à la flambée des prix du bois, Norsilk facture ses clients à la livraison

Confrontée à une hausse du prix de ses matières de 50% en trois trimestres, la PME normande Norsilk, spécialisée dans la transformation du bois, a modifié ses modalités commerciales.

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Usine Norsilk
Face à la hausse de la demande, les horaires de travail ont été rallongés sur le site de production de Norsilk, dans l'Eure.

Pour préserver sa trésorerie, Norsilk fait appel à la responsabilité de ses clients. Face aux fortes hausses constatées sur les prix du bois, sa matière première, cette PME (120 personnes, 45 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020) de Bouleville (Eure) a choisi de facturer ses produits non plus à la date de leur commande, mais à date de livraison.

“C’est une stratégie protectrice de l’entreprise, mais qui n'est pas habituelle dans la filière bois. Je conseille à mes confrères de faire la même chose. Ce sont des décisions très dures à prendre, même en interne, en emmenant nos équipes de vente sur ce projet. Il s’agit d’une stratégie de survie. Je tiens le même discours à nos clients. S’ils veulent qu’il y ait plusieurs acteurs, qu’ils jouent le jeu”, martèle Sébastien Cossin, président-directeur général.

Depuis un an, les consommateurs européens - et pas seulement - rénovent leur habitat à tout va, dans la foulée du premier confinement et profitant d’une épargne peu utilisée pour les loisirs. Une situation qui profite à Norsilk, spécialisée dans l’usinage et le traitement de bois nordiques (Finlande, Suède), transformés en lambris, plinthes, bardages ou tasseaux. 

L’entreprise a enregistré un mois de mars 2021 record, avec des ventes supérieures de 40% aux prévisions établies en 2019. Avec un revers : des tensions sur les approvisionnements. “Nous avons pris plus de 100 euros du mètre cube en trois trimestres (+50%), et ce n’est pas fini. Aujourd’hui, les constructeurs américains sont prêts à payer de 30% à 40% leurs morceaux de bois. Vous êtes scieurs finlandais, vous expédiez vos marchandises aux Etats-Unis”, poursuit Sébastien Cossin.

Une forte demande outre-Atlantique

Comme nombre de ses concurrents, Norsilk a dû traverser une année 2020 en montagnes russes. En début d’année, certains travailleurs sylvicoles finlandais étaient en grève et une fermeture avait été décidée dans plusieurs usines, stoppant la mise en place des inventaires. “Cela a duré un mois, ce qui est énorme compte tenu des volumes.” Ensuite, le Covid a mis à mal l’activité, avant que la filière bois ne redémarre avec des stocks très bas. Au printemps 2020, les plus gros industriels du bois étaient toujours à l’arrêt en Europe. 

“Le redémarrage tardif des plus grosses entreprises a libéré de la matière. En septembre, on a commencé à sentir les tensions monter, se remémore le chef d’entreprise. Les stocks dans les pays scandinaves ne se sont jamais reconstitués”. Par ailleurs, aux Etats-Unis et au Canada, un certain nombre d’équipements s’étaient aussi arrêtés, tandis que plusieurs feux de forêt sont survenus entre les mois de juillet et de novembre. “De fortes incitations” à l’activité du bâtiment, au sein duquel la construction bois domine dans ces pays, ont également été attribuées. Face à la pénurie, des achats de bois ont notamment eu lieu en Europe, contribuant à la hausse des prix.

Une production anticipée

“En mettant le prix, nous n’avons pas de ruptures de matières, mais certaines sections, notamment pour fabriquer du bardage, sont très demandées, en 150 cm par exemple. Même si nous avons des contrats, il manque des volumes au moment de charger les bateaux. Nous l’apprenons au dernier moment, sans forcément avoir de visibilité”, ajoute Sébastien Cossin, nommé il,y a un an à la tête de Norsilk, qui venait de revenir à l’équilibre après cinq ans de déficits. Depuis novembre 2020, il avait fait le choix d’anticiper la mise en stocks des références les plus demandées, pour répondre au mieux à la demande en mars, avril et mai - une nouveauté pour l’entreprise.

Autre sujet de préoccupation : la continuité de la production. “Le carnet de commandes est plein, c’est inimaginable”, se félicite le dirigeant. Pour ne pas casser cet élan, il sensibilise très fortement ses équipes aux risques sanitaires : “quelqu’un qui prendrait des risques peut mettre en péril l’ensemble de l’entreprise”.

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