[SNCF] Les arguments de la CGT Cheminots contre l’arrivée de la concurrence dans le ferroviaire

Le 22 juin, la CGT Cheminots organisera un rassemblement devant le siège de la SNCF pour dénoncer l’ouverture à la concurrence et un cadre social raboté. Devant la presse, son secrétaire général Laurent Brun a livré sa vision du ferroviaire.

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La CGT Cheminots organisera le 22 juin prochain une journée d'action devant le siège de la SNCF à Saint-Denis.

"Ouverture à la concurrence – la grande arnaque". Avec un tel titre, il n’y a aucun doute sur les intentions de la CGT Cheminots. Le 22 juin, elle compte distribuer un fascicule pour dire tout le mal qu’elle pense de l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire, et surtout proposer 21 mesures pour développer un transport public pour les voyageurs. Cette journée d’action et de rassemblement se déroulera devant le siège de la SNCF, "pour porter nos revendications sur le cadre social auprès de la direction". Depuis le 1er janvier 2020, il n’y a plus d’embauche au statut."Nous ne nous laisserons pas tondre la laine sur le dos par rapport à la mise en concurrence", a prévenu Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT Cheminots mercredi 9 juin devant quelques journalistes.

"Le sentier de la guerre"

La CGT Cheminots ne doute pas de "la colère des salariés de la SNCF, mise sous l’étouffoir avec la crise sanitaire, même si Jean-Pierre Farandou [le PDG de la SNCF, ndlr] a compris quel le discours provocateur de Guillaume Pepy en rajoutait sur le mécontentement des cheminots. Nous sommes aujourd’hui très clairement sur le sentier de la guerre. "

Pour la CGT, l’ouverture à la concurrence est un échec, elle est structurellement inadaptée. Les régions sont obligées de payer pour financer des candidats aux appels d’offre. "Dans les Pays de Loire, la région a dû investir 2 millions d’euros pour avoir des candidats sur deux lots. Le gouvernement pense que l’on peut gérer la concurrence ferroviaire comme la concurrence routière. Or selon l’expertise du cabinet 3E, le surcoût en aides publiques oscille entre + 10 et + 118%." Et de rappeler que personne n’est venu sur l’appel d’offres des TET (ex-Intercités) qui sont restés au sein de la SNCF, et que certains lots ouverts à la concurrence dans quelques régions manqueraient de candidats. Si le premier syndicat de la SNCF s’oppose à l’ouverture à la concurrence dans l’Hexagone, il dénonce aussi la présence de la SNCF en Europe, qui pratiquerait un dumping social.

25% de voyages en train en 2050

Le syndicat a rappelé que les trajets réalisés en train pour les voyageurs n’excédaient pas 10%, contre 81% pour les véhicules individuels. Et "il n’y a aucune politique publique conséquente sur le développement de la part modale du ferroviaire pour l’amener à 25%." La CGT vise un tel taux en 2050, à condition que soient mis sur les rails des trains et moyens de financement supplémentaires, ainsi qu'une organisation adéquate. Or, "le gouvernement avec le Pacte ferroviaire de 2018 a mis en place l’ouverture à la concurrence et le désengagement de l’Etat sur les petites lignes", dénonce Laurent Brun.

Justement, pour sauver les petites lignes, Laurent Brun ne croit pas à la solution du train léger et autonome. "C’est une arnaque. Quand on connait l’exploitation ferroviaire, ce n’est pas crédible. Pour faire rouler du fer sur fer, il faut du poids, et pour éviter les vibrations avec un train léger, il faudrait une géométrie parfaite de l’infrastructure. Avec de telles solutions, l’Etat organise le retrait de l’Etat."

La nouvelle politique tarifaire de la SNCF pour gagner des parts de marché sur la route ne le convainc pas non plus. "On reste dans le yield management. Cela restera une politique de l’offre à la demande. Il faut des tarifs sociaux." Encore un sujet où les positions de la direction et de la CGT Cheminots paraissent très éloignées...

En attendant, le mouvement du 22 juin ira-t-il plus loin qu’une journée de protestation ? "Ce sont les cheminots qui décideront s’il y a grève", prévient Laurent Brun. Il faudra convaincre les autres syndicats, alors que la réforme des retraites pointe à nouveau le bout de son nez.

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