Pas de rapport annuel de la Cour des comptes sans son chapitre sur la SNCF ! Les membres de la juridiction ne manquent jamais une occasion de passer ses activités en revue : le fret en 2017, le réseau en 2018, les TER en 2019… Dans leur rapport 2021, les rapporteurs ont choisi d’évaluer la réponse de la société ferroviaire à la crise sanitaire. Et pour une fois, ils décernent plutôt un satisfecit aux dirigeants de l’entreprise. La SNCF a fait preuve d’une « réactivité notable » notamment pour adapter ses financements, a su assurer la continuité des circulations tout en mettant en œuvre les mesures sanitaires, a « bien géré » la reprise au déconfinement, le tout en mettant en place « un suivi efficace et attentif des personnels ».
La qualité du dialogue social pendant la crise est particulièrement saluée.
« La SNCF a affiché une volonté de transparence vis-à-vis des partenaires sociaux », notent les rapporteurs. « Des réunions régulières entre la DRH groupe et les organisations syndicales ont permis à ces dernières d’être informées en temps réel et de remonter les difficultés d’application de certaines mesures. Cette fluidité des échanges a permis de limiter le nombre d’alertes sociales et de droits de retrait ». C’est un changement notable de méthode, impulsé par la nouvelle équipe conduite par Jean-Pierre Farandou.
Un modèle économique non soutenable ?

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Mais cette équipe, malgré ses bonnes dispositions, hérite d’une situation compliquée, rappelle la Cour des comptes. La situation financière de l’entreprise est fragilisée (avec une perte qui s’est creusée de 5 milliards d’euros supplémentaires en 2020), mais c’est surtout son modèle économique qui est durablement remis en cause. « La crise sanitaire a révélé les fragilités des modèles économiques des différentes activités ferroviaires du groupe, conduisant à s’interroger sur leur soutenabilité à moyen et long termes », s’inquiète la juridiction. « Ces questions sont d’autant plus pressantes que toutes ces activités partagent les mêmes faiblesses structurelles : productivité insuffisante, modernisation des processus de production à accélérer, qualité de service à améliorer ».
Pour les activités non subventionnées, « le risque d’un déficit structurel est désormais réel ». Le TGV a subi de plein fouet une baisse de fréquentation que la Cour des comptes voit perdurer dans le temps, alors que la SNCF mise plutôt sur un regain d’intérêt pour le train (notamment pour des raisons environnementales) après la crise. « Voyages pourrait voir son activité durablement affectée par l’évolution des comportements sociaux et professionnels. Si elle se confirmait, la baisse concomitante de la fréquentation et du panier moyen induirait une forte diminution du chiffre d’affaires pour une activité caractérisée par l’importance de ses charges fixes." Au risque de ne plus atteindre le seuil d’au moins 70 % du chiffre d’affaires d’avant-crise indispensable pour atteindre la rentabilité...
L'Etat appelé à la rescousse
Les difficultés du fret sont connues et encore plus alarmantes, et sans surprise la Cour des comptes ne voit pas cette activité repasser dans le vert en 2021 ni 2022. Les aides au secteur dans le cadre du plan de relance devront être pérennisées, juge la Cour. Mais elles ne suffiront pas. « L’entreprise devra poursuivre voire accélérer ses efforts de productivité, pour dégager une marge positive à l’horizon 2022-2024 ». L’Etat n’aura pas d’autre choix que de venir en aide à la partie « réseau », affectée par une baisse de ses ressources, juge la Cour. « L'Etat devra accepter de prendre en charge une partie des investissements de renouvellement et de modernisation. À défaut, SNCF Réseau devra réduire son niveau d’investissements, conduisant à une dégradation accrue de l’état du réseau et et à une hausse des ralentissements et interruptions de trafic », alertent les rapporteurs.
Comment financer les transports du quotidien ?
Du côté des activités subventionnées, celle des « transports du quotidien », la Cour craint là aussi que les voyageurs se détournent durablement des transports collectifs. De quoi perturber leur financement. « Les conséquences seraient importantes pour la trajectoire financière des collectivités », anticipe la Cour des comptes. Celles-ci pourraient décider de réduire leur offre de transport, ou de faire peser les pertes sur les opérateurs, SNCF ou RATP par exemple. Deux mauvaises solutions. « Un transfert de charges vers l’opérateur serait non seulement préjudiciable à son équilibre financier mais pourrait également dissuader les candidats potentiels aux appels d’offres dans le cadre de l’ouverture à la concurrence », prévient la Cour. Décidément, le monde d'après s'annonce rude pour la SNCF...



