Comment la crise du Covid a amené la SNCF à repenser sa stratégie

La SNCF a subi de plein fouet la chute du trafic voyageurs de 50% en 2020. Mais ses activités hors-ferroviaire lui ont permis de limiter la casse, avec un chiffre d’affaires en baisse de 14% « seulement ».

 

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SNCF-Jean-Pierre Farandou
Jean-Pierre Farandou doit-il (déjà) ajuster sa stratégie pour la SNCF en fonction de la crise ?

La SNCF version Farandou devait revenir à son cœur de métier, le ferroviaire… La crise du Covid lui a rappelé que la diversification a aussi du bon. Alors que le trafic ferroviaire a baissé de moitié en 2020 (TGV, comme TER et Transilien), sous l’effet des restrictions de circulation, ce sont ses activités hors rail qui lui ont permis de garder la tête hors de l’eau. Et en particulier sa pépite Geodis, dont on disait la cession possible, pour se désendetter…

Le chiffre d’affaires de la filiale logistique a augmenté de 8% au second semestre, et de 4% en moyenne sur l’ensemble de l’année, profitant notamment du dynamisme du commerce en ligne. « Elle a parfaitement tiré son épingle du jeu », s’est félicité le dirigeant de la SNCF Jean-Pierre Farandou lors de la présentation des résultats 2020. « Notre stratégie de diversification a révélé toute sa pertinence, la crise l’a révélé », a abondé le directeur financier Laurent Trevisani.

« La SNCF ce n’est pas que le TGV et heureusement, il y a aussi la logistique et le fret », insiste son PDG. Le fret a justement vu son chiffre d’affaires baisser de 12% en 2020. Le plan de relance de la filière ferroviaire (4,5 milliards d’euros débloqués par l’Etat) a permis de sauvegarder (une nouvelle fois) le secteur. « Sans ce plan, des entreprises auraient été placées devant des difficultés extrêmes », souligne le PDG. Qui espère néanmoins ne pas avoir à demander de nouvelle rallonge budgétaire à sa tutelle, elle qui avait déjà effacé 25 milliards d’euros de dettes au 1er janvier 2020. « Notre posture n’est pas de quémander en permanence de l’argent public, c’est à nous de nous en sortir. Avec  2,5 milliards d’économies réalisées en 2020, nous nous sommes pris en main au maximum pour assurer nous-mêmes notre destin économique », veut-il croire.

La dette repart à la hausse

Le chiffre d’affaires du groupe toutes activités confondues a chuté de 14% en 2020, à 30 milliards d’euros (contre 35 milliards en 2019). « Nous avons souffert mais nous ne nous sommes pas effondrés », résume Jean-Pierre Farandou. Le redémarrage de l’activité au second semestre et surtout les économies de structure réalisées ont permis de corriger le tir par rapport à un premier semestre catastrophique. Cela n’empêche pas néanmoins la SNCF d’afficher un résultat net négatif, et donc d’alourdir sa très imposante dette de 2,8 milliards d’euros supplémentaires à 38 milliards fin 2020. En parvenant à sanctuariser les investissements sur le réseau et les gares, la SNCF dit avoir traversé la crise sans sacrifier l’avenir. Son patron espère profiter du regain d’intérêt pour le train (pour des raisons environnementales, notamment) dès que les Français pourront circuler librement à nouveau, dans un contexte d'ouverture à la concurrence. Il prévoit le retour de deux lignes de trains de nuit dès 2021 et promet une politique commerciale offensive pour séduire les voyageurs. Avec une remise à plat du logiciel tarifaire dont les premiers effets sont attendus à l'été 2021.

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