SNCF, Keolis, Transdev... Pourquoi les transports publics évitent le déraillement malgré le Covid-19

Keolis et Transdev viennent de publier des résultats annuels pour 2020 fortement fragilisés par la pandémie. Mais ils ont su réduire l’impact très négatif de la pandémie et de la forte baisse de la fréquentation.

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Keolis Boston
Le contrat de Keolis à Boston sur l'exploitation des trains a été prolongé de quatre ans jusqu'en 2026.

"Nous avions 45 000 collaborateurs sur le terrain, rappelle Marie-Ange Debon, présidente du directoire du groupe Keolis depuis le 24 août 2020 et l’éviction de Patrick Jeantet. Ils n’ont pas été applaudis aux balcons, mais ils ont été et sont toujours en première ligne." Malgré une perte nette de 100 millions d'euros de ce spécialiste français du transport de voyageurs, filiale de la SNCF et de la Caisse de dépôt et placement du Québec, "les chiffres 2020 témoignent d’une forte résilience du groupe avec une baisse du chiffre d’affaires limitée à 7,5 %",insiste la dirigeante. "Les fondamentaux de notre secteur sont là et je suis très optimiste sur la reprise de la fréquentation."

A l’occasion de la présentation des résultats 2020, mardi 9 mars, elle a rappelé que 98 % des voyageurs portaient le masque et que la priorité de Keolis était la sécurité. Marie-Ange Debon a rendu hommage aux 20 collaborateurs qui sont morts du Covid-19 dans le monde, sans oublier le drame de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) avec l’agression mortelle d’un conducteur de bus.

"Une forte résilience" chez Keolis

Keolis a donc enregistré une baisse de son chiffre d’affaires de 492 millions d’euros à 6,1 milliards d’euros. L’Ebitda a chuté de 24 % à 532 millions d’euros. L’impact Covid-19 a été mesuré à 519 millions d’euros, mais il a été réduit à 189 millions d’euros, grâce aux plans d’actions menés par le groupe. Les activités aéroportuaires ont été fermées et Keolis a bénéficié du chômage partiel, mis en place un moratoire sur l’intérim, négocié avec les autorités organisatrices pour maintenir une offre de transport adaptée à la situation et atténuer l’impact des pertes de recettes commerciales et des surcoûts liés aux mesures sanitaires. Et la baisse des activités a également eu un impact sur la consommation d’énergie.

Perte au Pays de Galles, gain en Australie

En France, c’est l’arrêt des activités liées au tourisme qui a le plus touché l'entreprise. Mais la plus grosse déconvenue vient du Pays de Galles où Keolis avait gagné un appel d‘offre historique en 2018 pour quinze ans d’exploitation des chemins de fer. Face à la situation, le gouvernement gallois a décidé en octobre 2020 de nationaliser l’activité.

Heureusement, le contrat de Boston (Etats-Unis) a été prolongé et Keolis a remporté un très gros contrat ferroviaire (1,32 milliard d’euros) à Adélaïde en Australie, ainsi qu’un contrat de bus de 500 millions d ‘euros à Stockholm. Il a également lancé deux réseaux de bus électriques aux Pays-Bas (246 véhicules) et à Bergen en Norvège (102 véhicules).

Des craintes pour la reprise

L’autre mousquetaire français du transport public, Transdev, a publié ses résultats annuels ce mercredi 10 mars. "En sortie de crise, la situation ne sera certainement pas identique à celle qui prévalait avant le Covid-19, remarque Thierry Mallet, son PDG. La fréquentation a baissé de 46 % de mars à décembre 2020 [en France et dans les 16 pays où est présent Transdev, Ndlr].  Et elle sera sans doute inférieure de 15 % à la situation avant crise. On souhaite que ceux qui ont pris la voiture reviennent, mais ceux qui ont choisi les mobilités douces ne reviendront certainement pas." 

Le chiffre d’affaires du groupe a baissé de 9 % à 6,75 milliards d’euros et il n’est pas question de résilience. L’impact du Covid s’élève à 285 millions d’euros sur le résultat opérationnel, mais la perte est limitée à -109 millions d’euros grâce aux mesures d’économies et aux cessions réalisées en cours d’année. Transdev a même réduit sa dette nette de 558 millions d’euros à 1,3 milliard d’euros. Son concurrent Keolis l’a réduite de 7,8 % à 1,03 milliard. L’Ebitda de Transdev a baissé de 145 millions d’euros à 521 millions d’euros.

Transdev remporte de gros contrats

Si l’entreprise est en souffrance avec cette crise sanitaire, elle a remporté des contrats importants en 2020. En France, ces contrats s’élèvent à 1,5 milliard d’euros. A l’international, les succès sont nombreux. Aux Etats-Unis, trois contrats atteignent 1,7 milliard d’euros, tandis qu’à Stockholm, il s’élève à 1,2 milliard (train et bus) et en Colombie, il s’agit de l’exploitation et de la maintenance de 406 bus électriques pour 874 millions d’euros.

Transdev croit beaucoup en un mix des solutions pour réduire l’impact du transport sur le réchauffement climatique. S’il est très engagé dans les bus électriques, il évoque aussi l’hydrogène mais aussi le biogaz et le biofuel. L’avenir, c’est aussi l’ouverture à la concurrence en France. Il souhaite se positionner sur les appels d’offres des TER quand le cahier des charges lui convient. C’est le cas pour la ligne Marseille-Nice. Il compte bien marcher sur les plates-bandes de la RATP en Île-de-France et de la SNCF en France.

La SNCF avait publié le 24 février dernier des mauvais résultats avec une baisse du chiffre d’affaires de 14 % à 30 milliards d’euros et une augmentation de la dette de 2,8 milliards d’euros à 38,1 milliards d’euros. Le trafic a baissé de 50 % en 2020 et le résultat net est négatif à – 3 milliards d’euros contre -0,8 milliard en 2019. La SNCF estime à 6,8 milliards d’euros les pertes de chiffre d’affaires liées au Covid-19. Des mesures pour limiter l’impact de la pandémie ont permis d’économiser 2,5 milliards d’euros : réduction des charges industrielles et des frais de structure et de fonctionnement, report ou abandon de certains investissements et projets. La SNCF a surtout bénéficié d’un soutien de 4,7 milliards d’euros de l’Etat.

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