L’Usine Nouvelle – Où en est Railcoop dans son plan de développement? La première ligne de fret ferroviaire va-t-elle ouvrir cette année ?
Nicolas Debaisieux- Nous suivons notre programme. Nous comptons maintenant 7000 sociétaires au sein de notre coopérative: des personnes physiques, des agglomérations, des entreprises… Cette mobilisation a permis d’atteindre les 1,5 million d’euros de capital social, seuil requis pour pouvoir demander une licence d’entreprise ferroviaire. Nous déposons dans les prochains jours notre dossier de candidature. Nous saurons dans cinq ou six mois si l’administration approuve notre demande. Il nous faut également obtenir le certificat de sécurité ferroviaire. Si tout se passe comme prévu, nous pourrons ouvrir notre premier service de fret ferroviaire entre Viviez-Decazeville (Aveyron), Capdenac-Figeac (Lot) et Toulouse Saint-Jory (Haute-Garonne) avant la fin de l’année. Tous les investissements sont faits sur nos fonds propres.
Quelle sera la fréquence des trains ?
Il s’agit d’une navette qui effectuera un aller - retour quotidien pour relier les territoires de l’Aveyron et du Lot au hub logistique de Saint-Jory. Nous prenons des risques mais nous avons calqué notre offre sur la demande des industriels. Nous allons louer la locomotive à Akiem et les wagons à Ermewa [deux filiales de la SNCF, ndlr]. Nous avons les sillons pour 2021 et nous passons commande le 12 avril pour les créneaux de 2022. Il fallait s’y prendre à l’avance, car c’est une voie unique avec des sujets de croisements. Nous commençons les recrutements en juin. Nous dépendons de la Convention collective du ferroviaire, mais souhaitons voir comment peut évoluer le cadre social afin de l’améliorer.
Prévoyez-vous d’ouvrir d’autres lignes de fret ferroviaire ?
Nous avons plusieurs contacts dans différents territoires. Là, nous menons une expérimentation, nous prenons un risque assumé qui correspond à notre vision. Nous avons encore quelques incertitudes sur la viabilité du projet. Si cela fonctionne, l’idée est de le dupliquer sur d’autres territoires, peut-être en 2022, mais plus sûrement en 2023. Aujourd’hui, le fret ferroviaire est concentré sur les grands corridors et beaucoup de territoires ne sont plus connectés. Figeac n’est pas un hub logistique. Il faut aller à Toulouse ou à Brive. Notre but est d’opérer sur la moyenne distance et d’alimenter le transport routier qui doit effectuer les derniers kilomètres en évitant cette distance inutile par la route, ces 100 kilomètres pour rejoindre les hubs logistiques.
Et votre projet pour les voyageurs de rouvrir la ligne transversale Bordeaux-Lyon en 2022, sera-t-il prêt dans les temps ?
Oui, nous prévoyons toujours d’ouvrir cette ligne en juin 2022. La commande de sillons a été validée et nous prévoyons d’acquérir des autorails X72500 d’occasion, des trains diesel qui datent du début des années 2000. Au départ, nous envisagions d’acheter ou de louer du matériel neuf, mais le coût est trop élevé pour débuter. La rénovation devrait être effectuée dans les ateliers ACC à Clermont-Ferrand. Nous négocions encore avec la SNCF sur le volume et le prix. Il nous faudrait dix rames.
Quelle sera la fréquence des trains sur cette ligne, et en combien de temps les deux capitales régionales seront reliées ?
Nous avons prévu deux allers - retours par jour. Avec les sillons qui nous sont proposés, nous aurons un temps de trajet compris entre 7h30 et 7h55. Nous pensions pouvoir réaliser le voyage en moins de 7 heures, mais il y a des travaux et des passages en voie unique qui nécessitent parfois de laisser passer les TER. Le temps n’est pas terrible, mais nous avons prévu de multiples arrêts pour desservir les territoires (Roanne, Montluçon, Guéret, Limoges, Périgueux…). Quant au prix des billets, il a été calculé sur celui du co-voiturage.
Prévoyez-vous d’ouvrir d’autres lignes rapidement ?
Nous avons déjà notifié à l’Autorité de régulation des transports deux autres lignes voyageurs : Toulouse-Rennes et Lyon-Thionville. Nous espérons les mettre en service en 2023. Nous avons déjà huit autres demandes, il faut réaliser les études. La grille de lecture des sociétaires est de proposer des lignes complémentaires aux lignes existantes et d’avoir un impact territorial. Après, il faudra mobiliser les financements.
Envisagez-vous, avec l’ouverture du marché intérieur, de répondre à des appels d’offres sur les lignes existantes de TER ou TET (ex-Intercités) ?
Nous sommes positionnés sur les services librement organisés, nous n’irons pas concurrencer la SNCF sur le Bordeaux-Nantes. Notre ADN est d’aller prendre des parts de marché à la route.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



