Qui est Railcoop, la coopérative qui veut rétablir un train direct entre Bordeaux et Lyon pour 2022 ?

Depuis 2014, il n'y a plus de ligne de train directe entre Bordeaux (Gironde) et Lyon (Rhône). Railcoop veut remédier à cela dès 2022 en proposant une ligne... qui ne réduira néanmoins pas le temps de parcours. À plus long terme, cette jeune coopérative veut développer l'usage du ferroviaire sur les trajets province-province.

Réservé aux abonnés
Régiolis
Railcoop s'intéresse aux trains Régiolis d'Alstom pour sa liaison entre Bordeaux et Lyon.

Après RATP et Transdev, un nouvel acteur français s’intéresse à l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire. Railcoop entend se faire une place dans les territoires délaissés par la SNCF. Mardi 9 juin, cette jeune coopérative a notifié à l’Autorité de régulation des transports son projet : rouvrir une ligne de train directe entre Bordeaux (Gironde) et Lyon (Rhône).

Appliquer l’économie sociale et solidaire au ferroviaire

Ce n’est pas le seul projet défendu par Railcoop. L’entreprise souhaite aussi opérer des lignes de fret ferroviaire et des trains de nuit. Fondée en 2019, la coopérative réunit des acteurs du secteur ferroviaire, de la transition écologique ou encore de l’énergie. Leur objectif ? Valoriser les infrastructures inexploitées du rail en France.

“Dans le monde de l’énergie, il y a eu une réappropriation citoyenne, à travers Enercoop et un certain nombre de coopératives locales de production d’énergie. Finalement, ce champ de l’économie sociale et solidaire peut s’appliquer à plein d’autres choses”, retrace Nicolas Debaisieux, directeur général de la SCIC, interrogé par L'Usine Nouvelle. Avant l’aventure Railcoop, le dirigeant a travaillé pendant dix ans sur les questions environnementales en temps que fonctionnaire, rattaché au ministère de la Transition écologique et solidaire.

57,5 % des bénéfices réinvestis dans l’entreprise

L’entreprise est installée dans la pépinière Calfatech de Cambes (Lot). Fondée en 2019, Railcoop se présente comme la première société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) dédiée au ferroviaire en France. En tant que SCIC, Railcoop doit respecter certaines obligations : 57,5 % de ses bénéfices doivent être réinvestis dans l’entreprise. Aussi, n’importe qui peut devenir sociétaire de Railcoop avec une souscription minimum de 100 euros.

Aujourd’hui, la coopérative compte environ 450 sociétaires : des entreprises partenaires, des acteurs publics ou tout simplement des personnes qui veulent soutenir le développement du transport ferroviaire. Un noyau d’une vingtaine de sociétaires font vivre la SCIC : une poignée de salariés à temps plein, une quinzaine de sociétaires bénévoles actifs au quotidien et des prestataires en freelance.

“Les parts sociales ne déterminent pas le droit de vote. Une personne compte pour une voix, quel que soit le nombre de parts qu’elle possède. Cette structure permet de développer l’intelligence collective. Associer les collectivités, les usagers, les entreprises, les cheminots, cela permet de co-construire le service”, argumente Nicolas Debaisieux.

Depuis 2014, aucune ligne directe entre Bordeaux et Lyon

Railcoop ne va pas concurrencer RATP et Transdev sur les appels d’offres lancés par les régions. La coopérative se concentre sur un autre “volet” de l’ouverture à la concurrence : les services librement organisés. À l’été 2022, Railcoop souhaite assurer six liaisons chaque jour entre Bordeaux et Lyon. Le train doit desservir en plus Libourne (Gironde), Périgueux (Dordogne), Limoges (Haute-Vienne), Saint-Sulpice-Laurière (Haute-Vienne), Guéret (Creuse), Montluçon (Allier), Gannat (Allier), Saint-Germain-des-Fossés (Allier) et Roanne (Loire).

Railcoop tracé entre Bordeaux et LyonRailcoop
Railcoop tracé entre Bordeaux et Lyon Railcoop tracé entre Bordeaux et Lyon

Depuis 2014, il n’existe plus de ligne directe entre les deux villes. Les offres actuelles de la SNCF proposent seulement une liaison avec une correspondance à Paris, qui nécessite aussi un changement entre la gare de Lyon et la gare Montparnasse. Un voyage qui peut durer 5h30 à 6h30. Paradoxalement, l’offre imaginée par Railcoop ne sera pas plus rapide avec un parcours prévu de 6h47…  “C’est une ligne rentable mais qui serait considérée comme insuffisamment rentable si nous étions une entreprise ordinaire. Nous avons fait une étude interne validée par Systra [groupe d’ingénierie et de conseil spécialisé dans le transport, ndlr] pour valider le potentiel de marché”, assure le directeur général.

Railcoop veut lever 1,5 million d'euros

La notification à l’Autorité de régulation des transports représente la première d’une longue liste d’étapes avant de pouvoir effectivement faire circuler des trains. “Nous devons déposer d’ici la fin de l’année 2020 notre demande de licence et de certificat de sécurité d’entreprise ferroviaire. Pour avoir la licence, il nous faut un capital social de 1,5 million d’euros. Actuellement, nous sommes pas loin de 170 000 euros, soit 12 % du seuil requis”, présente Nicolas Debaisieux.

Railcoop espère également commander 14 rames Régiolis au géant du ferroviaire Alstom par la suite. “Dès le début, il était intéressé par notre projet. Nous avons établi une relation de confiance avec lui”, assure le directeur général de la coopérative.

Un marché existe pour les acteurs intermédiaires selon Railcoop

Avant la ligne Bordeaux-Lyon, Railcoop souhaite faire rouler des trains de marchandises dès 2021 entre la zone industrielle de Figeac (Lot) et Toulouse (Haute-Garonne). À plus long terme, la coopérative veut exploiter des trains de nuit avec voiture-lits en 2024, des lignes de desserte locale ou encore des lignes de ferroutage.

En s’intéressant aux trajets province-province, la SCIC espère bien se faire une place dans le rail français. “Ce n’est pas du ressort des régions parce que nous sommes dans l’interrégional et ce n’est pas du ressort des entreprises classiques parce qu’elles vont chercher à faire de la rentabilité élevée sur le Paris-province. Pourtant, il y a un marché qui existe mais il nécessite des acteurs intermédiaires comme nous”, défend Nicolas Debaisieux.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.