Profitabilité record, cours de bourse en progression de 64% sur un an, transformation culturelle et organisationnelle jugée réussie, Saint-Gobain a « le vent dans le dos », selon son directeur général, Benoit Bazin. Lors de ses vœux à la presse le 12 janvier, le dirigeant du géant français des matériaux et de la construction s’est félicité de l’exercice 2021, qu’il décrit comme « la meilleure année de l’histoire du groupe en termes de croissance et de résultats ». Les chiffres de l’année écoulée ne sont pas encore publics, il faudra attendre le 24 février prochain. Mais les résultats financiers trimestriels déjà égrenés ces derniers mois témoignaient d'une bonne performance.
Fin octobre, Saint-Gobain a présenté un chiffre d’affaires de 32,93 milliards d’euros pour les neuf mois 2021, en hausse de 21% par rapport à la même période 2020, et de 12,4% par rapport à celle de 2019. Au premier semestre 2021, le groupe a enregistré un Ebitda de 3,25 milliards d’euros, marquant un bond de 98,7% avec les six premiers mois de 2020, en pleine crise du Covid-19, et de 34,4% par rapport au premier semestre 2019, avant le début de la crise. La marge d’Ebitda grimpait alors à 14,7%, contre 9,2% et 11,2% pour les premiers semestres de 2020 et 2019.
Nouveau plan stratégique
Ces performances, Benoit Bazin les attribue en grande partie aux accomplissements du précédent plan stratégique, lequel a notamment établi « une organisation par pays qui a prouvé en 2021 toute sa puissance » et son « agilité », dans un contexte particulier sur le plan sanitaire, doublé de fortes hausses des prix de l’énergie et de tensions sur les matières premières. Saint-Gobain a su, selon son patron, absorber et faire passer les hausses de prix et régler certains problèmes de délais accrus, début 2021, pour la disponibilité de ses produits.
Ces performances sont évidemment de bon augure pour le nouveau plan stratégique de cinq ans, présenté le 7 octobre. Il est conçu pour renforcer la croissance et le profil financier du groupe, dont l’ambition est de devenir le leader mondial de la construction durable. Avec sa confiance dans la capacité du groupe à « tenir face aux vents de face », comme les prix de l’énergie, Benoit Bazin se dit « très confiant pour 2022 ». Il entend accélérer le nouveau plan stratégique et « le déployer avec force pour capter toutes les dynamiques des marchés » dès à présent.
Cinq actions prioritaires
Le dirigeant a dressé cinq actions prioritaires en 2022. D’abord, surperformer les marchés en croissance, comme ceux de la rénovation en Europe et du neuf en Amérique du Nord et en Asie, ainsi que les solutions de décarbonation pour l’industrie. Il s’agira aussi de développer et d’enrichir les offres de solutions, de performance et de durabilité, et de poursuivre le développement géographique de Saint-Gobain, qui bénéficie déjà d’une présence industrielle dans 72 pays. Dans le monde, le groupe « ouvre une ligne de production toutes les trois semaines en moyenne », illustre Benoit Bazin.
Le quatrième axe prioritaire concerne les données d’expérience client et l’exploitation des données numériques. Enfin, Saint-Gobain veut accélérer sa « contribution carbone nette positive », combinant à la fois la réduction de son empreinte carbone, mais aussi celle de ses clients. En matière de développement durable, Saint-Gobain ambitionne d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour 2030, il s’est fixé un objectif de 33% de réduction de ses propres émissions (scope 1 et 2) par rapport à 2017, avec déjà 22% accomplis entre 2017 et 2020. Sur le plan industriel, le groupe a annoncé l’an dernier un investissement de 25 millions d’euros pour une usine zéro carbone inédite au monde de plaques de plâtre, en Norvège. Une première production de verre plat neutre en carbone devrait être inaugurée cette année sur son site d’Aniche (Nord).
35 acquisitions pour 18 cessions en 2021
Sur le front des fusions-acquisitions, Saint-Gobain a connu de vastes mouvements de portefeuille ces dernières années, cédant les activités les moins performantes et les plus éloignées du groupe et misant sur celles permettant de renforcer les points forts. En 2021, le groupe a cédé l'équivalent de 2 milliards d'euros de chiffre d’affaires, en 18 cessions, et en a récupéré autant, mais en 35 acquisitions. Saint-Gobain a notamment mené deux grandes opérations dans la chimie de la construction, en reprenant le français Chryso et l’américain GCP, pour constituer un ensemble de plus de 4 milliards d’euros de ventes annuelles.
En 2022, Saint-Gobain sera « capable de faire des opérations d’une certaine taille » et se montrera « à l’écoute d’opportunités », a affirmé son dirigeant. Objectif : renforcer ses positions de force sur certains marchés « au plan géographique, et pour enrichir [son] offre sur la construction durable », indique Benoit Bazin. Ce dernier précise que Saint-Gobain restera « très attentif à la création de valeur », et assure qu’il n’y a « rien dans les tuyaux à très court terme ».



