Saint-Gobain mise sur l’expansion industrielle ciblée pour accélérer en Asie

Le géant français des matériaux veut accélérer son développement en Asie-Pacifique à travers une stratégie ciblée sur les marchés porteurs, liés à l’urbanisation et aux besoins automobiles. Pour soutenir ses ambitions, Saint-Gobain privilégie la construction de petites usines agiles et extensibles principalement en Chine et Asie du Sud-Est.

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Saint-Gobain usine pare-brise chauffant
En Asie, Saint-Gobain mise sur des productions porteuses comme les mortiers, le plâtre, l'isolation ou encore, comme ici, le vitrage automobile.

Le 25 mai, Saint-Gobain a démarré une usine en Malaisie, pour y produire des gammes de solutions d’étanchéité, de chimie de la construction et des solutions pour l’impression 3D. Une semaine plus tôt, le groupe inaugurait une usine de plâtre à Yangzhou, en Chine. Au cours des prochains mois, deux sites, l’un pour le vitrage automobile l’autre pour la chimie de la construction, doivent démarrer en Chine.

Une nouvelle ligne de production chimique sera mise en service aux Philippines, une usine de plâtre et une autre de fibrociment commenceront à produire au Vietnam. Et une usine de chimie de la construction est prête à démarrer en Birmanie en attendant une situation plus stable depuis le coup d’Etat en début d’année. En Asie du Sud-Est, Saint-Gobain devrait ainsi ajouter des dizaines d’unités de production à son réseau ces toutes prochaines années.

Déjà 105 usines, principalement en Chine

En Asie-Pacifique, et sur un plan industriel, le groupe français ne part pas de rien. 105 usines sont déjà en activité. Depuis un premier site industriel dans la région, en 1985 en Chine, Saint-Gobain n’a cessé d’y étendre son périmètre productif. Lequel est très concentré en Chine, où 54 usines sont implantées et où 10 devraient démarrer d’ici à 2025, ainsi qu’en Inde, avec plus de 20 implantations. Ces deux pays représentent aujourd’hui les "deux tiers de notre chiffre d’affaires annuel en Asie-Pacifique, de 3,5 milliards d’euros environ, le tiers restant étant réparti pour moitié entre l’Asie du Nord et l’Asie du Sud-Est", précise Javier Gimeno, directeur général adjoint de Saint-Gobain et directeur général de la région Asie-Pacifique.

Produire en Asie pour l’Asie

Dans cette partie du globe, Javier Gimeno évoque "deux phases d’expansion". La première, jusqu’à la fin des années 1990, était dévolue à "profiter d’une base de coûts très faibles", en particulier pour la main d’œuvre afin de constituer une base "de fabrication très compétitive pour exporter partout dans le monde. Mais nous nous sommes rendus compte très vite que l’importance de l’Asie c’était l’Asie elle-même et qu’il fallait développer nos activités aux services des marchés locaux". Ce qui a enclenché une seconde phase industrielle à partir de 2000, avec une accélération ces dernières années, de "production en Chine pour la Chine, en Asie pour l’Asie", reprend Javier Gimeno. Aujourd’hui plus de 90% des productions asiatiques de Saint-Gobain sont vendues localement. En parallèle, le groupe a parié sur l’investissement en R&D directement en Asie, avec un grand centre qui vient de fêter ses quinze ans à Shanghai (Chine) pour "innover à proximité de nos clients et de nos marchés finaux".

Urbanisation galopante et classes moyennes grandissantes

En Asie, Saint-Gobain profite de l’urbanisation galopante – 44% du marché mondial de la construction est centrée sur le continent – , du très fort développement des classes moyennes et des besoins automobiles grandissants. Sachant que du secteur automobile émane le tiers des ventes annuelles du groupe dans la région et que les taux d’équipements sont encore modérés. Selon le groupe, il y aurait seulement 189 véhicules pour 1 000 habitants en Chine, contre 552 en Asie du Nord, 569 dans l’UE et 837 aux Etats-Unis…

Pour faire face aux besoins mais aussi pour se montrer compétitifs par rapport à la concurrence, qu’il s’agisse de grands conglomérats nationaux, des grands acteurs internationaux très présents aussi en Asie, et aux acteurs régionaux et locaux, Saint-Gobain a délesté son portefeuille d’activités au "futur compromis", notamment sur des "marchés surcapacitaires", souligne Javier Gimeno, citant le vitrage pour le bâtiment, la laine de verre pour la construction ou le marché emblématique des canalisations, avec en particulier sa sortie cette année de ce marché en Chine. Au total, des activités représentant un chiffre d’affaires total de plus de 600 millions d’euros ont été cédées ces dernières années en Asie, principalement en Chine.

Usines à faible intensité capitalistique, agiles, digitales et robotisées

En parallèle, Saint-Gobain développe fortement ses activités jugées porteuses comme les mortiers, le gypse (plâtre), l’isolation, les céramiques ou encore le vitrage automobile. Soit des segments "à faible intensité capitalistique, des business à fort contenu technologique, et des activités génératrices de cash", décrit Javier Gimeno. Cet axe constitue aujourd’hui l’une des priorités du groupe pour accélérer sa croissance en Asie-Pacifique. En termes de dépenses d’investissement, Javier Gimeno dit privilégier un "modèle léger", en limitant "à 4-5% de notre chiffre d’affaires, pas plus". Il parle ainsi de "nouveaux modèles d’usines, plus légers, à faible intensité capitalistique", et extensibles donc "capables de monter en échelle rapidement en fonction de la vitesse de développement de nos marchés". Le groupe insiste aussi sur l’importance de l’automatisation et de la digitalisation des unités de production, deux fondamentaux de performance industrielle essentiels pour demeurer compétitifs en Asie.

Chine mais aussi Vietnam, Philippines et Indonésie

Sur le plan géographique, Saint-Gobain est aujourd’hui présent dans 14 pays en Asie-Pacifique, de la Corée du Sud à la Nouvelle-Zélande, de l’Inde aux Philippines. Le groupe va continuer évidemment d’investir en Chine mais en suivant le déplacement de centres de gravités économiques, avec la volonté de se renforcer industriellement dans le centre-ouest et le sud du pays, où il n’est pas encore assez présent, comme au centre du Vietnam. Les Philippines, le Cambodge, le Laos et surtout l’Indonésie sont aussi cités comme pays prioritaires pour le groupe. En plus d’une croissance et d’une expansion organiques, Saint-Gobain mise aussi sur les coentreprises et sur les acquisitions ciblées, donc pas forcément de grande envergure.

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