Lors de la présentation du nouveau plan stratégique de Saint-Gobain, le 7 octobre dernier, Benoit Bazin, directeur général du groupe, avait évoqué un budget d’environ 5 milliards d’euros pour la croissance externe d’ici à 2025, avec un double objectif de cibles de taille moyenne et «fortement créatrices de valeur» souligne Benoit Bazin. L’acquisition de GCP Applied Technologies relève clairement de la seconde catégorie. Car Saint-Gobain engage 2,3 milliards de dollars, soit près de 2 milliards d’euros, rien que dans cette opération dont la finalisation n’est pas anticipée avant fin 2022.
Troisième plus grosse acquisition du groupe français depuis la crise de 2008-2009, après celles de Continental Building Products (1,3 milliard d’euros en 2019) et de Chryso (1,02 milliard d’euros cette année), GCP est focalisé sur les spécialités chimiques pour la construction, comme les additifs et adjuvants pour béton, et les solutions d’étanchéité pour les bâtiments résidentiels et les infrastructures.
«Cette opération coche toutes les cases pour Saint-Gobain», a affirmé Benoit Bazin dans une conférence de presse le 6 décembre. Selon le patron du groupe français, l’acquisition est d’abord «en ligne avec notre stratégie d’être leader de la construction durable». Elle permettra ensuite de constituer «une position mondiale unique dans la chimie du bâtiment», en associant GCP à Weber et Chryso au sein de Saint-Gobain. Et, dans le domaine de la chimie de la construction, l’opération offre un renforcement direct au groupe en Amérique du Nord, en Asie et dans les pays émergents.
Un mastodonte de 4 milliards d'euros de ventes et de 272 usines dans le monde

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GCP a été fondé en 2016, suite à la séparation en deux entités distinctes de l’ancien groupe chimique américain WR Grace, qui avait décidé de conduire des stratégies différenciées via des entités distinctes pour ses activités, avec celles des catalyseurs et des silices d’un côté, et celles liées à la chimie de construction de l’autre. Aujourd’hui, GCP représente un ensemble dont les ventes, en 2022, sont estimées à 1 milliard de dollars (environ 886 millions d’euros) pour une marge d’Ebitda de 17%, de 1800 salariés dans 38 pays et de 50 usines. L’idée est d’associer GCP à Weber, spécialiste des mortiers industriels qui devrait générer plus de 2,7 milliards d’euros de ventes en 2021 et qui détient 188 usines dans le monde, et à Chryso, spécialiste des adjuvants pour les matériaux de construction, dont le chiffre d’affaires attendu est de l’ordre de 400 millions d’euros en 2021 et qui opère 34 sites industriels. Saint-Gobain entend ainsi former un acteur majeur de la chimie de la construction, fort d’un chiffre d’affaires annuel de plus de 4 milliards d’euros et doté de 272 usines sur le globe. Tout en générant des synergies annuelles, d’ici trois ans, d’environ 75 millions d’euros.
Encore «un peu de shopping»
Acquérir GCP était déjà «une idée que nous avions en tête en reprenant Chryso», a dévoilé Benoit Bazin. Il décrit le marché mondial de la chimie de la construction, dont le poids atteint de "60 à 70 milliards d’euros", comme encore assez morcelé malgré la présence de quelques acteurs de poids, comme le Suisse Sika face à qui Saint-Gobain va désormais se poser «clairement comme co-leader». Sur ce marché, en termes de croissance externe, Saint-Gobain procède plutôt à des opérations de taille moyenne. Comme cette année avec l’acquisition en octobre d’Impac au Mexique, ou des prises plus petites en Russie, en Roumanie ou au Pérou. Benoit Bazin estime qu’aujourd’hui il reste encore «un peu de shopping à faire, mais pas de la même taille que Chryso ou GCP».
Complémentarité produits et pays
Deux avantages majeurs motivent l’opération. D’une part, GCP apporte des diversifications et des complémentarités de produits, comme avec des solutions pour décarboner le ciment ou le béton, et des opportunités de nouveaux marchés, avec un positionnement notable dans les infrastructures en Amérique du Nord quand Saint-Gobain est plus placé dans le secteur du résidentiel. D’autre part, l’acquisition va nettement rééquilibrer les marchés régionaux de Saint-Gobain pour la chimie de la construction. GCP génère 80% de ses revenus hors Europe, quand Weber et Chryso sont encore très dépendants du vieux continent. Saint-Gobain estime que les ventes combinées de Chryso et GCP se limiteront ainsi à 32% en Europe, pour 29% en Amérique du Nord, 20% en Asie-Pacifique et 15% en Afrique et Moyen-Orient.
Usines et dentelle
Ce rééquilibrage est directement lié à la présence commerciale et industrielle. Les 50 usines apportées par l’opération permettront d’étoffer l’empreinte industrielle en Amérique du Nord (16 usines), en Asie-Pacifique (18) et Amérique latine (7). En Europe, où Saint-Gobain dénombrera désormais 157 usines sur un ensemble mondial de 272 pour ses activités dans la chimie de construction, l’apport de GCP sera moindre, avec neuf sites, en Allemagne (à Essen et Luegde), en Italie (Passirana), au Royaume-Uni (Widnes et Manchester), en Belgique (Heist op den Beng), en Turquie (Istanbul) et en France à Larnaud, dans le Jura (90 salariés).
Benoit Bazin évoque des "usines complémentaires" et assure qu’il n’y aura "pas de rationalisation" pour ces sites qui sont majoritairement de petites unités industrielles de mélange et de formulation, alimentée par quelques usines chimiques plus imposantes. D’abord car les produits, qu’il s’agisse d’additifs et d’adjuvants pour ciment et béton, d’enduits ou de colles pour carrelage ne sont pas des produits qui voyagent beaucoup afin de pouvoir servir rapidement les clients sur zone et de proposer des spécificités adaptées aux besoins locaux. Et ensuite car de petites lignes de spécialités issues des diversifications de portefeuille peuvent être aménagées au sein des usines existantes, en fonction des besoins. Benoit Bazin estime qu’il «y a des synergies très fines possibles que nous pouvons tricoter localement, nous y travaillons, c’est beaucoup de dentelle».



