L'Usine Nouvelle. - La neutralité carbone est-elle un sujet de débat public ?
Chantal Jouanno. - Sur les questions de climat et de neutralité carbone, on observe depuis un an ou deux une rupture dans les débats, qui va jusqu’à remettre en cause la légitimité même des projets. C’est de plus en plus systématiquement un argument mis en avant pour souligner la contradiction des décideurs par rapport aux ambitions climatiques de la France. Cela a notamment été le cas lors des concertations au sujet du terminal 4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et de l’aéroport de Nantes-Atlantique. Ce n’était pas du tout le cas auparavant.
La Convention citoyenne pour le climat est-elle une bonne réponse ?
La Convention citoyenne pour le climat n’a pas été organisée par la CNDP, mais par le gouvernement. Elle a pour objectif de proposer des mesures, qui seront sûrement très innovantes et ambitieuses. Mais elle ne répond pas à l’objectif de participation tel qu’il a été posé dès l’origine par la convention d’Aarhus [à l’origine de la création de la CNDP, ndlr]. Ce type d’outil, qui aide le gouvernement à construire ses décisions, pose une question de légitimité. Le problème de ces mini-publics – 150 citoyens dans ce cas, mais nous l’avions déjà fait à 400 –, c’est que le grand public n’y participe pas et ne juge pas les participants légitimes pour parler à sa place.

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Dans le débat sur l’agriculture que la CNDP organise, nous avons prévu une convention citoyenne. Mais elle a un objectif particulier, qui est de prioriser les objectifs de la politique agricole. Elle vient en complément des réunions publiques et de la plate-forme numérique.
Que peut la CNDP pour les projets éoliens et de méthanisation qui font débat ?
Les projets d’éolien terrestre et de méthanisation sont en dehors du champ d’action de la CNDP. En revanche, tous les projets d’éolien en mer sont passés par la case débat public. Au début, on venait nous voir après l’attribution de l’appel d’offres, alors que l’on ne pouvait plus changer ni la zone ni la technique. Et l’on ne pouvait finalement plus débattre de rien. Or, sur certaines zones, comme à Fécamp (Seine-Maritime), ce qu’a montré le débat public, c’est qu’en déplaçant un peu le parc, on aurait pu obtenir un consensus de la part des pêcheurs. Depuis, les procédures ont été modifiées et on discute très en amont. Un débat est en cours sur le futur parc éolien en mer en Normandie. Grâce à l’échange avec le public et les pêcheurs, on peut identifier de futures zones d’implantation. Mais il vient d’être télescopé par l’épidémie de Covid-19.
Le débat public pourrait-il éviter les contestations dans l’éolien terrestre ?
Lorsque j’en étais présidente, en 2008 et 2009, l’Ademe tirait déjà la sonnette d’alarme pour que, plutôt que de petites éoliennes un peu partout, on planifie l’implantation de parcs. Ce qui n’a jamais été fait, ou de travers. D’où les crispations et les tensions. On risque d’avoir la même chose avec l’éolien en mer, notamment en Normandie. La Manche est l’une des mers les plus utilisées au monde et c’est aussi celle où on a le plus de projets éoliens. La question de la planification de l’usage de cet espace va se poser.



