La Convention citoyenne pour le climat entre deux feux

La Convention citoyenne pour le climat, exercice de démocratie participative innovant, est arrivée au mitan de ses sessions. Si ses détracteurs s’expriment sur les réseaux sociaux, ses défenseurs ont aussi des arguments solides.

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Convention citoyenne pour le climat
Les membres de la Convention citoyenne pour le climat.

Dans un monde régenté par les réseaux sociaux, impossible d’échapper aux critiques, parfois infondées, souvent justifiées et argumentées. La Convention citoyenne pour le climat, constituée en octobre 2019 et qui regroupe 150 citoyens tirés au sort, n’a pas échappé, après sa quatrième session qui s’est déroulée du 10 au 12 janvier, à son lot de critiques. "Je trouve dans certaines déclarations un scepticisme ambiant et une certaine défiance démesurée", dénonce Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire qui a quitté LREM il y a près d’un an.

L'un de ses principaux contempteurs, l'avocat spécialiste de l’environnement Arnaud Gossement, ne croit guère à l’application de certaines propositions de la Convention. Si ses membres proposent de rétablir une taxe carbone avec un volet social pour les populations les plus défavorisées, "le Premier ministre a déjà laissé entendre qu’il ne reviendrait pas sur le sujet et surtout imaginez-vous le gouvernement l’intégrer dans la loi de finances 2021 à un an de la présidentielle ?", met en garde l’avocat.

Recours possible au référendum

Il n'y avait aucune nécessité de créer une Convention dédiée à la transition écologique, assure Arnaud Gossement, qui rappelle qu’il y a déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE), composé de membres de la société civile, "au succès mitigé avec un monde agricole surreprésenté". L’annonce majeure du Président de la République devant les 150 citoyens, vendredi 10 janvier, a été un possible recours au référendum."C’est extrêmement dangereux, s’insurge l'avocat. Les gens vont personnaliser les débats. En fait, la position d’Emmanuel Macron avait pour but de mettre la pression sur les 150 citoyens."

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Des positions ambitieuses

Du côté de Réseau action climat, qui fédère les associations et ONG impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique, le discours est tout autre, même si des inquiétudes demeurent. "Nous sommes très favorables à cette Convention citoyenne. Les positions sont ambitieuses, se réjouit Anne Bringault, responsable transition énergétique. Nous pensons que c'est un formidable exercice de démocratie. Mais la Convention n'a pas vocation à rédiger toute la politique climatique de l'Etat et elle ne doit pas servir d'alibi au gouvernement pour ne rien faire en attendant ses conclusions alors que l'urgence climatique est de plus en plus pressante et que la France ne respecte pas ses budgets carbone."

D’après l’Observatoire climat-énergie publié par Réseau action climat, la France prend du retard. En 2018, elle était 4,5 % au-dessus des objectifs fixés pour atteindre une baisse de 20 % de la consommation d’énergie en 2030 par rapport à 2012, notamment avec + 8,9 % pour les produits pétroliers. Même constat pour les émissions de gaz à effet de serre supérieures de 4,5 % par rapport aux objectifs avec deux très mauvais élèves : le bâtiment (+ 14,5 %) et le transport (+ 12,6%).

Anne Bringault rappelle qu’il y a dans la Convention un groupe de juristes chargé de traduire en texte législatif les propositions. "Ce qui est essentiel ce sont tous les travaux réalisés avec les 150 citoyens. Ils traduisent une montée en compétences qui doit être partagée avec un maximum de concitoyens. Le problème c’est qu’à la fin c’est Macron qui décide", se méfie Anne Bringault.

Aux politiques d’être à la hauteur

"J’y crois depuis le début, s’enthousiasme Matthieu Orphelin. Avec Pascal Canfin [directeur général de WWF France à l’époque, aujourd'hui député européen] et Valérie Masson-Delmotte, membre du Groupe d'experts inter-gouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), nous avions appelé à relancer le débat sur la transition écologique en intégrant les citoyens. Je crois beaucoup à la démocratie participative, quand on respecte l’indépendance et que les règles du jeu sont claires. Je n’ai pas d’exemple où la démocratie participative a été un obstacle pour la démocratie."

Matthieu Orphelin met en garde le gouvernement. "Il reste à clarifier un certain nombre de choses. Il ne faut pas trop en demander aux membres de la Convention. Ils ne sont pas là pour rédiger des textes de loi. Les ministres ne le font pas, les députés rarement."

Jean Jouzel, membre de la gouvernance de la Convention citoyenne pour le climat, ne peut cacher son enthousiasme, lui aussi, même s’il sait garder son devoir de réserve. "Je suis plutôt du côté positif. Emmanuel Macron a mis la barre assez haut. On attend des membres de la Convention des propositions précises et bien construites. Ils peuvent être aidés pour la formalisation par le comité d’appui technique et législatif. On sent une tension car on approche du but."

Quel sera le devenir des propositions qui sortiront de la dernière session de la Convention citoyenne en avril prochain? "La France est très en retard sur ses objectifs. Le gouvernement doit amplifier son action. Il ne doit pas se déresponsabiliser, avertit Matthieu Orphelin. Les débats sont très bons sur des sujets complexes. Les citoyens me bluffent. Ils font plus que leur travail. Ensuite, ce sera aux politiques d’être à la hauteur."

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