C’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) elle-même qui l’écrit et non des écologistes activistes. Pour valider le projet Cigéo d’enfouissage géologique profond des déchets nucléaires à vie longue, « l’inventaire des déchets retenu pour la démonstration de l’adaptabilité de l’installation de stockage doit prendre en compte d’éventuels changements dans le scénario d’exploitation tel qu’envisagé du fait d’évolutions en termes de politique énergétique ou de choix industriels (conduisant par exemple à un stockage direct de combustibles usés) ». En clair, il faut prévoir l’arrêt du recyclage des combustibles nucléaires usés, qui s’accumulent aujourd’hui dans les piscines saturées d’Orano qui débordent.
Un inventaire potentiellement incomplet
Or l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) semble systématiquement oublier cette option pour son projet Cigéo, qui prévoit d’enfouir sous terre à Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, à 500 mètres de profondeur dans l'argile, les déchets nucléaires de moyenne et haute activité à vie longue et de clore l’installation au bout de 100 ans pour toujours. L'Andra se cache derrière des législations, votées également sans en tenir compte, pour évacuer l'option du stockage direct. Dans la synthèse de sa nouvelle étude socio-économique, l’Andra explique que l’entreposage longue durée et le forage profond « ne répondent pas aux exigences définies par le Parlement (réversibilité) ou l’ASN (sûreté passive sur le très long terme) ».
L'Andra table toujours sur un volume d’environ 85 000 m³ pour enfouir dans Cigéo 56 000 colis de déchets de haute activité et 167 000 colis de déchets de moyenne activité à vie longue entre 2035 et 2100, avant de clore définitivement l'installation. Mais elle ne pose pas clairement la question de ce que l’on fait si l’on continue à produire des déchets de ce type au-delà de 2100, ni de l’impact sur le coût du projet - toujours estimé à 25 milliards d’euros (soit 118 euros par Français) - dans l’étude socio-économique de l’Andra. L'entreposage de longue durée, moins cher au départ, devrait au-delà de 2100 lui coûter 10 milliards d’euros par siècle, salon l'Andra.
Scénario OK et scénario KO
Sans surprise, la commission de contre-expertise du Secrétariat général à l’investissement n’a pu que valider les conclusions de l’étude socio-économique de l’Andra sur Cigéo, y compris sur son volet transport. Cette étude se projette, et c’est une première, jusqu’en 2600, avec deux scenarii. Dans le scénario « OK », la société continue à jouir d’institutions fortes dans un contexte de paix et d’une croissance économique. Le scénario « KO » envisage une gouvernance et des institutions fragilisées, avec une croissance économique dégradée, augmentant le risque d’accident. Tenir compte des combustibles usés ne changerait probablement pas la conclusion que l’enfouissage géologique profond est la plus « assurancielle » des solutions. Mais en tenir compte aurait rendu l’étude socio-économique de l’Andra plus robuste.



