« On ne joue pas dans la même catégorie que l’aéronautique, pour autant le ferroviaire présente de vraies opportunités pour les entreprises d'Occitanie. Le marché mondial est en croissance, la région peut compter sur plusieurs poids lourds de la filière et le secteur s'inscrit dans la dynamique des transports durables », plaide Pascal Pin, vice-président « rail » du cluster régional Totem (Transport d'Occitanie terrestre et maritime). Le cluster recense un peu plus de 6 000 emplois dans le ferroviaire en Occitanie, répartis dans une quarantaine d'entreprises, dont 75% de PME, sans compter les effectifs régionaux de la SNCF et de son technicentre de Toulouse.
« Il n'y a pas d'Airbus du ferroviaire en Occitanie, mais certains grands donneurs d’ordre implantés dans la région jouent le jeu de l'écosystème local », précise Pascal Pin. C'est le cas d'Alstom à Séméac (Hautes-Pyrénées), centre d'excellence pour les systèmes de traction. « Le site emploie 700 salariés, dont près de 40% en engineering et génère près de 2 000 emplois auprès de plus de 80 fournisseurs régionaux de rang 1 », souligne Benoit Carniel, directeur du site. Le groupe, qui a remporté fin 2020 le marché de la troisième ligne du métro toulousain (un contrat de 713,56 millions d'euros), prévoit aussi de muscler ses équipes à Toulouse, où il a créé en 2018, avec Safran et le spécialiste toulousain des logiciels IGE+XAO (Schneider Electric), un centre d'ingénierie des systèmes électriques ferroviaires embarqués.
De son côté, l'usine française du groupe espagnol CAF, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), est en pleine accélération. Retenu en 2019 par la SNCF pour la construction de 28 trains de type « Intercités », CAF s'est engagé à confier une partie importante de l'assemblage final à sa filiale française (140 salariés, dont 125 à Bagnères-de-Bigorre). 20 millions d'euros sont engagés dans la rénovation et la modernisation du site, où plus d'une centaine de recrutements sont prévus.
Des opportunités pour la filière régionale
Logiciels, systèmes embarqués, matériels roulants, infrastructures, la bonne santé du secteur profite aux ETI et PME régionales. Chez IGE+XAO (400 salariés, 32,7 millions d'euros de chiffre d'affaires), spécialiste des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) et PLM (Product Lifecycle Management) dans le domaine électrique, le ferroviaire est passé de 7% du chiffre d'affaires en 2017 à 15% en 2021.
Même constat pour Actia (440,2 millions d'euros, 3 650 salariés dans le monde). Le groupe toulousain, spécialisé dans les équipements électroniques, participe à la décarbonation des trains diesel et déploie des systèmes d'information voyageurs et de vidéoprotection embarqués. « Les nouveaux programmes et la rénovation des matériels et des infrastructures multiplient les opportunités pour nos sociétés régionales », insiste Pascal Pin, par ailleurs directeur opérationnel Rail chez Actia Telecom.
Dans le Tarn, Safra (25 millions d'euros en 2020, 245 salariés), déjà positionné sur les marchés de rénovation de bus de ville, métro et tramway, vient de remporter son premier marché de rénovation de matériel ferroviaire lourd auprès de la SNCF et de la Région Occitanie. « Nous sommes prêts à réaliser de nouveaux investissements pour nous positionner sur tous les prochains appels d'offres autour des TER », confie Frédéric Labarbe, directeur administratif et financier de l'entreprise albigeoise.
A Bressols (Tarn-et-Garonne), Neotec Développement (76 salariés, 20 millions d'euros de chiffre d’affaires attendus pour 2021), constructeur d'engins rail-route, table sur une progression de 50% de son chiffre d'affaires d'ici deux à trois ans. A Aucamville (Haute-Garonne), Leyfa Measurement (58 salariés, 5,2 millions d'euros), qui a conçu et développé un lorry dédié aux opérations de mesure et de suivi des voies ferrées, a presque doublé de taille depuis 2017.
Diversification pour les sous-traitants de l’aéronautique
De quoi éveiller l'appétit de sous-traitants de l'aéronautique dont les carnets de commandes sont en berne. Encouragés par l'Etat et la Région, accompagnés par le pôle de compétitivité Aerospace Valley et l'agence de développement Ad'Occ, certains sont prêts à franchir le pas. Un webinaire sur le thème « Quelles opportunités dans le ferroviaire pour les entreprises aéronautiques d’Occitanie ? » a mobilisé dernièrement plus d'une centaine de participants. Des responsables du groupe CAF, mais également d’Alstom et du cluster Totem leur ont présenté les attentes du secteur ferroviaire.
Une rencontre plus ciblée a été organisée avec des acheteurs de CAF, à laquelle ont participé une cinquantaine d'entreprises d'Occitanie. Et parmi les participants à la délégation régionale au prochain SIFER (Salon international du ferroviaire), prévu à Lille en octobre 2021, figurent des sous-traitants tels que AAA ou Ségneré (200 salariés, dont 170 dans les Hautes-Pyrénées), spécialisé dans la production et l'assemblage de pièces et sous-ensembles d'aérostructures.



