[Régionales 2021] Dépendante de l'aéronautique, l’Occitanie cherche à se diversifier dans l'hydrogène, les nouvelles mobilités...

La crise liée à la pandémie mondiale a durement touché l’Occitanie, très dépendante du secteur aéronautique. La région cherche à se diversifier en misant sur le transport durable.

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Tarmac Toulouse
En Occitanie, l'aéro tourne au ralentie. La région cherche de nouveaux relais de croissance.

Quand l’aéronautique éternue, l’Occitanie s’enrhume. Il est peu dire que la quinte de toux du secteur provoquée par le Covid-19 a été aigüe depuis le printemps 2020, faisant vaciller cette région parmi les plus attractives de France. Si les lignes d’assemblages d’avions toulousaines d’Airbus concentrent l’attention médiatique, la région accueille le gratin de la filière, de Safran à Thales, en passant par ATR, Latécoère, Figeac Aéro, Liebherr, Lisi et Mecachrome.

Sans oublier la myriade de PME et d’ingénieristes de premier plan. Berceau de l’aéronautique française, sous l’impulsion en particulier de Pierre-Georges Latécoère et Emile Dewoitine, cette région concentrant le tiers des emplois français de l’aéronautique vit au rythme de la production d’avions.

La pandémie mondiale a fait trembler les fondations sur lesquelles repose la région.

La filière aéronautique et spatiale représente à elle seule 40% de l’emploi industriel de la Région, soit quelque 100 000 emplois. "Il y a un climat d’inquiétude généralisé auprès des salariés de l’aéronautique de la région, confiait à L’Usine Nouvelle début 2021 Carole Delga, la présidente de Région sortante (PS). Même si les mesures du gouvernement limitent les licenciements, l’avenir n’est pas certain pour nombre d’entre eux. Beaucoup se demandent de quoi demain sera fait." Tout à sa volonté de protéger un secteur qui fait sa force, la Région a dégainé un plan d’aide ad hoc de 100 millions d’euros, en renfort du plan de relance de la filière de 15 milliards d’euros lancé par le gouvernement en juin 2020. Il vise pour l’essentiel à digitaliser les process de production des entreprises et à offrir des formations pour aider à la diversification des acteurs.

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Le gros de la crise est passé

Entre les aides et initiatives publiques, ainsi que la capacité des industriels à s’adapter, le choc social a pour le moment était moins fort qu’attendu en Occitanie. Les plans de réduction des effectifs se sont multipliés mais l’hémorragie reste contenue. La baisse des effectifs dans l’aéronautique a été de -5,7% en 2020, soit  une perte de 6250 salariés, d’après une étude de l’INSEE publiée en avril. « Du fait de son poids dans la filière, la Haute-Garonne est le département qui perd le plus grand nombre de salariés (-4900), soit une baisse de 5,2% », détaille le document. Si le pire a été évité – un scénario de 40 000 pertes d’emplois avait été un temps évoqué –, reste que les effectifs pourraient à terme diminuer de 10 000 à 20 000 emplois. L’aéronautique n’a de surcroît pas été le seul secteur durement touché récemment, à l’image de l’usine Bosch à Rodez (Aveyron). En raison de la chute des ventes de véhicules diesel, la direction a confirmé en avril la suppression de 750 postes, sur un effectif total de 1250 postes.

Mais pour le secteur aéronautique, les prochains élus du Conseil régional, quels qu’ils soient, peuvent souffler : le gros de la crise est derrière eux. Alors que le trafic aérien reprend des couleurs à la faveur des campagnes de vaccination menées un peu partout dans le monde, Airbus a annoncé fin mai un calendrier industriel qui a redonné le sourire à ses fournisseurs. L’avionneur mise sur une cadence de 64 A320 par mois au deuxième trimestre 2023, contre 60 avant-crise, et anticipe même un scénario à 70 appareils par mois au premier trimestre 2024. En outre, quelque peu dans l’ombre de l’aviation commerciale, le secteur spatial compte bien lui aussi se déployer dans la région. Alors qu’elle héberge déjà un pôle spatial dense, représentant quelque 15 000 emplois, l’OTAN a décidé en février 2021 de situer à Toulouse son nouveau centre d’excellence exclusivement dédié à l’espace.

Mission diversification

La crise du secteur aéronautique va accélérer en Occitanie cette économie des transports verts

—  Carole Delga, présidente sortante (PS) du Conseil régional d'Occitanie

Les acteurs politiques ne le savent que trop bien : si l’aéronautique et le spatial constituent des piliers incontournables pour la région, ils vont devoir aussi s’ingénier à développer d’autres relais de croissance industrielle. Cheval de bataille de la région depuis quelques années : les transports durables. "La crise du secteur aéronautique va accélérer en Occitanie cette économie des transports verts, d’autant que les compétences de l’aéronautique vont venir irriguer tous les acteurs impliqués, affirmait récemment Carole Delga à L’Usine Nouvelle. La région a accueilli en 2017 les centres de recherche de véhicule autonome et connecté de Continental et de Renault." L’Occitanie a aussi lancé en mai 2019 son Plan Hydrogène Vert régional, doté de 150 millions d'euros pour la période 2019-2030. Des industriels comme Safra et Alstom testent déjà des véhicules à hydrogène, des bus pour le premier et un train pour le second.

Mais la diversification pourrait aller bien au-delà, avec l’idée que les compétences de l’aéronautique soient mises à profit ailleurs, si tant est que les acteurs régionaux y parviennent dans les prochaines années. Santé, agriculture, énergies renouvelables, économie des données… "Cette démarche est juste en train de s’enclencher et elle risque de prendre du temps, concédait il y a quelques mois Yann Barbaux, le président d’Aerospace Valley, n’hésitant pas à jouer les médiateurs entre industriels et pouvoirs publics. Dans le domaine des énergies renouvelables, des groupes comme Engie et Total ont besoin de compétences en Occitanie et nous sommes en train de voir comment trouver les bons profils." L’intelligence artificielle pourrait elle aussi se faire une place de plus en plus grande : le projet ANITI (Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute) fait partie des quatre avec Grenoble, Nice et Paris des quatre instituts interdisciplinaire en intelligence artificielle (3iA) labellisés.

Place à l'hydrogène !

Pour favoriser ce renouveau industriel, la présidente de Région a pris une initiative complémentaire au plan régional de soutien en créant en 2020 une Agence Régionale d’investissements Stratégiques (ARIS). Un outil, opérationnel depuis 2021, destiné à investir directement dans des entreprises régionales afin de promouvoir des opérations de relocalisation, de développer des projets favorisant l’autonomie régionale et de soutenir les initiatives liées à la transition énergétique. Une initiative originale : l’agence vise à prendre des participations en fonds propres et quasi fonds propres au sein d’entreprises régionales. Mais qui cristallise aussi des points de friction avec l’opposition. Le candidat LR aux élections régionales en Occitanie, Aurélien Pradié, milite pour sa part pour la création d’un fonds souverain qui aurait, d’après lui, davantage d’ambitions car accessible à de nombreux acteurs (collectivités, Etat et citoyens).

C’est sur la base aérienne de Toulouse-Francazal, quasi centenaire, que la région se projette vers l’avenir. La région mène tambour battant la reconversion de ce site tombé pour une bonne part en désuétude. Alors que certaines start-up pour la plupart liées à la mobilité ont commencé à y trouver refuge, telles qu’Easy Mile et Aura Aero, la région Occitanie projette d’y bâtir un pôle dédié à l’hydrogène vert dès 2024. Montant de l’investissement : 40 millions d’euros, inscrit dans le cadre du Contrat de plan Etat-Région (CPER). La chantier a débuté et devrait aboutir dans un premier temps à la construction de 15 000 m² de bâtiments.

Les premiers acteurs se sont fait connaître. C’est le cas de Safran et de Liebherr, mais aussi des laboratoires Laplace (Génie électrique), IMFT (Fluides), LGC (Génie chimique) et CIRIMAT (Matériaux), ainsi que des start-ups Delair, Aura Aero et Hépulse. Des poids lourds de la recherche sont aussi de la partie, tels que le CEA, l’Onera, tout comme les établissements d’enseignement supérieur, à l’image de l’INP Toulouse. "Les moyens déployés permettront de développer une offre de services et de recherche pour les entreprises du secteur, d’accroître les moyens nécessaires à la conduite de projets de R&D dans ce domaine, et de former aux métiers de demain en lien avec les technologies hydrogène", souligne-t-on au sein de la Région. Avec ce pôle, l’Occitanie espère être aux avant-postes de la mobilité durable : si l’aviation décarbonée est concernée, elle lorgne aussi le ferroviaire, les transports en commun et des plus petits véhicules. Pour la Région, le pôle hydrogène de Francazal constitue le levier le plus puissant pour assurer le renouveau de l’aéronautique et plus largement pour favoriser la diversification de ses activités industrielles.

Le dossier industriel de la région : Latécoère

Le symbole est fort. En grande partie à l’origine de l’implantation du secteur aéronautique à Toulouse, Latécoère traverse une période critique de son histoire. Ce groupe au nom mythique, dont l’usine historique est nichée rue de Périole, au cœur de la ville rose, souffre fortement de la baisse de charge engagée par les avionneurs. Ce fournisseur d’aérostructures et de câblages électriques a été contraint de lancer un Plan de sauvegarde de l’emploi en septembre 2020. Alors que la réduction d’effectifs prévoyait la suppression de 475 postes en France, sur 1500 personnes, le groupe a limité la casse sociale : ce sont finalement 246 emplois qui sont supprimés. Dans le détail, Latécoère est parvenu à préserver les emplois dans sa branche Systèmes d’Interconnexions, mais a dû maintenir des suppressions de postes côté Aérostructures, segment très concurrentiel de l’aéronautique. Malgré tout, le groupe tente de rebondir. D’abord via l’innovation : il mise gros sur le déploiement du Li-Fi dans les cabines d’avions, basé sur la transmission de données par la lumière. En parallèle, Latécoère va pousser la production à Toulouse de fibre optique. Autre facteur qui pourrait être déterminant : les équipes sont en passe d’investir un siège social flambant neuf, un projet décidé avant la crise, sur le site de la rue de Périole. De quoi offrir un cadre de travail plus stimulant, au vu de la vétusté du site historique, et favoriser le rapprochement de collaborateurs jusque-là séparés. "Le nouveau siège va nous aider à rebondir, expliquait à L’Usine Nouvelle en mars dernier Hervé Blanchard", le DRH de Latécoère. Le groupe plus que centenaire n’a pas dit son dernier mot.
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