Dans une publication d’octobre 2023, l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) formule une recommandation à l’attention des recruteurs : ces derniers sont appelés à bien indiquer la rémunération proposée, en valeur ou avec une fourchette, dans leurs offres.
Cette bonne pratique défendue par l'association, qui dispose de sa propre plateforme de recherche d’emploi, est contestée par d'autres. Elle devrait pourtant largement se répandre dans les années à venir. Publiée au Journal officiel de l’Union européenne en mai dernier, une directive devant être transposée en droit français d’ici juin 2026 prévoit un renforcement de la transparence des rémunérations avant l’entretien d’embauche. Le texte précise que les candidats à un emploi «ont le droit de recevoir, de l’employeur potentiel» des informations sur «la rémunération initiale ou la fourchette de rémunération initiale» correspondant au poste auquel ils prétendent.
Un manque identifié par les candidats
Sans attendre cette évolution réglementaire, le mouvement est déjà enclenché... Pour le meilleur et pour le pire, du côté des employeurs. Pour le meilleur d’abord, car cette tendance répond à une attente des talents, que les entreprises continuent de s’arracher. La question reste parfois délicate à aborder en entretien d’embauche. Dans un post publié sur son site, le moteur de recherche d’emploi Monster souligne que les candidats ont plus tendance à postuler ses annonces quand le salaire est affiché. Deux tiers des salariés en quête d’un nouvel emploi estiment d’ailleurs que cet élément manque trop souvent dans les offres qu’ils consultent, selon un sondage OpinionWay pour Indeed réalisé en juin 2023 auprès de plus de 600 d’entre eux. Et ce alors même que 71% des 540 recruteurs également questionnés disent publier cette information systématiquement… ou le plus souvent.
Entre janvier 2019 et mars 2023, la part d’annonces affichant un salaire a presque doublé sur le site de recherche d’emploi Indeed, pour atteindre 49,5%. Son concurrent HelloWork se targuait récemment d’avoir 77% de ses 900 000 nouvelles offres diffusées chaque mois indiquant cette information, ce qui représenterait une forte progression de cet indicateur pour l’entreprise. A l’Apec, le salaire était indiqué dans 53% des offres l’an passé. D’autres acteurs comme Glassdoor sont également particulièrement actifs sur cet enjeu de transparence.
Tensions en interne
Dans un marché de l’emploi toujours sous tension, les professionnels RH restent toutefois prudents face à ce qu'ils voient comme un trop-plein de transparence. « Les recruteurs font parfois le choix de ne pas fournir cette information, constate l’Apec dans son étude. Ils souhaitent ainsi se laisser une certaine souplesse dans la négociation selon les profils des candidatures reçues ou encore ne pas décourager de potentiels candidat.es. » Ce risque de diminution du vivier avait déjà identifié comme un frein par L’Usine Nouvelledans une précédente enquête. Cela vaut notamment pour des profils de top managers qui peuvent avoir des prétentions salariales élevées.
En outre, les recruteurs peuvent «dans certains cas vouloir éviter que les cadres en poste comparent leur salaire avec celui affiché dans l’offre», note l’Apec, ce qui est susceptible de générer des tensions en interne. «Je ne le mets plus [le salaire sur la fiche de poste], car parfois les collaborateurs en interne voyaient les annonces et se comparaient au salaire que je proposais sur l’annonce et c’était un sujet de discorde, donc j’ai arrêté de le mettre», témoigne dans l’étude un recruteur d’une grande entreprise embauchant des ingénieurs R&D. Des éléments à garder en tête au moment d’opter pour cette bonne pratique. Afin d’éviter le pire.



