La fin de son régime spécial de retraite pose un problème d’attractivité à la RATP

Pour rester attractive malgré la fin de son régime spécial de retraite, la RATP, qui annonce 4 500 recrutements en 2023, va devoir sortir le chéquier et offrir d’autres avantages sociaux. L'opérateur de transports a d’ailleurs commencé.

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exosquelette RATP (Abdelkrim Benhamed, agent maintenance)
Aujourd'hui, les métiers de la maintenance (hors entretien des voies) peuvent partir à la retraite à 57 ans. Ce sera 59 ans pour les agents déjà en poste, 64 ans pour ceux recrutés après le 1er septembre 2023.

Les syndicats de la RATP ont jusqu’au 23 janvier pour dire s’ils signent, ou non, la proposition de la direction d’augmenter les salaires de 105 euros net par mois, sur 13 mois, pour tous les salariés, dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO) 2023. Or, la CGT et Force ouvrière, les deux principaux syndicats de l’entreprise, sont sorties très satisfaites de leur dernière rencontre avec la direction, vendredi 13 janvier. La somme proposée correspond à une augmentation de 3 à 8% selon les syndicats, de 5,7% en moyenne selon la direction. Quelques jours plus tôt, le 6 janvier, un accord social important avait été trouvé sur l’organisation du travail avec l’UNSA et FO pour les chauffeurs de bus et de tramway. En contrepartie d’une hausse de leur temps de travail de 120 heures par an en moyenne, ils bénéficieront d’une augmentation de 372 euros bruts par mois.

Faut-il y voir la patte de Jean Castex, arrivé à la tête du groupe fin novembre 2022? Apparemment, l'ancien Premier ministre n’hésite pas à sortir le chéquier pour pacifier le climat social et pour que la RATP reste attractive. Car le 23 janvier, c’est aussi la date de présentation du projet de réforme des retraites en Conseil des ministres. Celui-ci prévoit la fin des régimes spéciaux de retraite, à la RATP et dans les industries électriques et gazières (IEG), mesure qui va entraîner une grève très suivie jeudi 19 janvier. Contrepartie sociale à la pénibilité des métiers lors de leur création, ces régimes sont jugés «archaïques» par le ministre du Travail, Olivier Dussopt. Leur suppression est «une question d’équité» pour la Première ministre Elisabeth Borne, qui invoque souvent la différence de droits entre les chauffeurs de bus de Paris et ceux des autres villes françaises.

Un départ à 56 ans pour les conducteurs de bus et métro

Cette réforme risque de mettre des bâtons dans les roues de la direction de la RATP, qui a du mal à attirer des candidats, alors qu’elle recrute massivement – 4 500 personnes en 2023, essentiellement des conducteurs, dont la pénurie crée de nombreux problèmes sur les lignes.

Aujourd'hui, les conducteurs de bus ou métro peuvent théoriquement prendre leur retraite à 52 ans, s’ils ont 27 ans de service, les personnels de maintenance à 57 ans, les sédentaires partent à 62 ans. Mais pour bénéficier d’une retraite à taux plein, ils doivent aussi avoir travaillé 168 trimestres, soit 42 années - un nombre relevé progressivement à 43, comme dans le privé, mais plus lentement. Pour éviter une décote trop importante, la plupart diffèrent donc leur départ, à 56 ans en moyenne pour les conducteurs de bus et de métro/RER et pour les agents de stations.

Seuls sont qui ont été recrutés entre 18 et 35 ans bénéficient du «statut» RATP, donc du régime spécial. Les plus de 35 ans entrent à la RATP en CDI de droit privé - ils sont actuellement 4 000 sur un effectif de 45 000 - et ne peuvent pas y prétendre.

A partir du 1er septembre 2023, ce sera la norme pour tous les nouveaux entrants, qui seront traités comme tous les salariés du privé, avec une retraite à taux plein à 64 ans et 43 annuités. Avec une petite nuance, insiste un porte-parole de la RATP : les moins de 35 ans continueront d’être embauchés «au statut», donc à bénéficier du régime d’assurance-maladie «maison».

Retraite repoussée de deux ans, comme pour tous les Français

Les 41 000 personnes actuellement «au statut» conserveront donc le bénéfice du régime spécial. Mais, comme tous les Français, elles devront travailler deux ans de plus, pour un âge légal qui se décalera à 54, 59 ou 64 ans selon les métiers. «Dans la pratique, les conducteurs partent déjà à 56 ans, ça ne changera rien pour eux», commente-t-on à la RATP. Alors que le relèvement de deux ans de l’âge légal s’appliquera dès septembre 2023 pour l'ensemble des Français, il sera repoussé à 2025 à la RATP, le temps que la réforme de 2010, qui relevait déjà l’âge de 60 à 62 ans, ait produit tous ses effets, fin 2024.

2025, cela laisse un peu de temps à la direction pour négocier des compensations avec ses syndicats. Ou continuer à travailler son attractivité, ce qui revient au même... Jean Castex envisage notamment de relancer une offre de logements sociaux pour les agents de la RATP, avantage social intéressant dans une région parisienne aux prix faramineux. Entre augmentations salariales et avantages nouveaux, la réforme risque de coûter cher à la RATP.

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