«Il a donné des preuves d’amour social», s’enflamme Arole Lamasse, secrétaire général de l’UNSA-RATP, l'un des deux syndicats à avoir signé l’accord sur le temps de travail et les rémunérations des chauffeurs de bus. Vendredi 6 janvier, l’accord modifiant les conditions de travail des conducteurs de bus et de tramways a été signé par la direction des réseaux de surface de la RATP et les syndicats UNSA et FO, qui sont majoritaires. La CGT, premier syndicat de l’entreprise, et la CFE-CGC, s’y sont opposés.
L’UNSA et FO sont sous le charme du nouveau dirigeant de l'entreprise, l'ancien Premier ministre, Jean Castex. Arole Lamasse, qui faisait part de son scepticisme en octobre 2022, est sorti convaincu par ces premières négociations. «J’ai eu l’impression de retrouver le Premier ministre du quoi qu’il en coûte, confie-t-il auprès de L’Usine Nouvelle. Sa méthode, c’est l’écoute, le pragmatisme et le donnant-donnant.» Dans ses grands principes, l’accord prévoit une augmentation du temps de travail des conducteurs de 120 heures en moyenne par an, avec une réduction du nombre de jours de repos de 121 à 118 en 2023, puis à 115 jours en 2024. Les syndicats signataires ont également accepté une augmentation de l’amplitude journalière de travail jusqu’à 13 heures et plus de services «en deux fois» dans une même journée. En échange, les organisations syndicales ont obtenu une augmentation de salaire de 372 euros brut par mois et de 20% de la prime pénibilité, pour atteindre 70 euros brut par mois.
Un accord en forme de régression sociale pour la CGT
Mais tout le monde ne sort pas satisfait de cet accord. «C’est une régression sociale, condamne Vincent Gautheron, délégué central adjoint CGT-RATP. Allonger le temps de travail des chauffeurs de bus, réduire le nombre de jours de congés… On s’attaque à la loi sur les 35 heures. On agite le chéquier, mais c’est simplement le paiement du temps de travail supplémentaire. Et cette augmentation ne concernera que les chauffeurs déjà en poste. Nous allons avoir des salariés à deux vitesses.» La CGT égrène les motifs de pénibilité du travail : être assis sur un siège à coussin d’air et ressentir en permanence les vibrations, impossibilité de manger à heure fixe, horaires décalés…
A l’intérieur de l’entreprise, la méthode Castex semble pourtant convaincre. Outre son pragmatisme, la priorité donnée au dialogue social a rassuré les équipes, après des mois de tensions et permis d’aboutir à cet accord. A la CGT, à nouveau premier syndicat depuis les dernières élections professionnelles, on considère qu’il «est encore un peu tôt pour s’enthousiasmer sur la méthode du nouveau président: il n’est arrivé que le 28 novembre». Mais on reconnaît des qualités à l’ancien Premier ministre. «C’est quelqu’un qui va sur le terrain, qui est à l’écoute et qui va à la rencontre des salariés, analyse Vincent Gautheron. Cela nous change d’Elisabeth Borne et Catherine Guillouard qui ne se déplaçaient qu’avec le ban et l’arrière ban, toujours avec un côté ministériel.»
Jean Castex semble donc avoir rompu avec la rigidité de l’ancienne patronne de la RATP – après un refus de l’accord proposé, elle avait modifié unilatéralement les conditions de travail avec une vingtaine d’heures supplémentaires par an pour une augmentation annuelle de 460 euros brut – et il semble avoir détendu les relations avec Valérie Pécresse, la présidente d’Île-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice qui gère les transports. A l’occasion de ses vœux mardi 10 janvier, la présidente de la région Ile-de-France a eu quelques mots aimables pour le patron de la RATP, saluant ses efforts pour former au plus vite des machinistes et des agents de maintenance, y compris la nuit. Le tout en rappelant qu’elle attendait, vendredi 13 janvier, tous les opérateurs qui devront répondre devant un conseil d’administration extraordinaire d’IDFM des avancées sur la qualité de service, la productivité et la ponctualité. Une convocation qui n’inquiète pas trop la direction.
1 500 recrutements pour revenir à la normale
Après les louanges, les habituelles critiques ont repris le dessus. «Je mesure l’exaspération des voyageurs face à la dégradation du service sur certaines lignes», a ainsi lancé Valérie Pécresse, avant de rappeler son hostilité à tout report de l’ouverture à la concurrence du transport par bus évoqué par Clément Beaune, le ministre des Transports. «La concurrence est bénéfique pour les voyageurs, a insisté Valérie Pécresse. A la rentrée, le pire service de bus se trouvait à Paris qui est le monopole défaillant de la RATP, avec 25% de bus qui restaient aux dépôts, alors que le service était assuré à 99% dans la grande Couronne ouverte à la concurrence.» Et elle ne compte pas ralentir les investissements et la pression sur les opérateurs. «Aujourd’hui, l’Île-de-France a le second réseau par habitant après Tokyo, en 2030. Nous aurons de loin le meilleur du monde, si chacun est au rendez-vous. » Jean Castex est prévenu…
En signant cet accord, Jean Castex espère toutefois avoir résolu dans les prochains mois les problèmes de qualité de service. La RATP annonce 1 500 recrutements, alors que «le service est remonté à 85% en janvier», explique un porte-parole.«Nous étions à 75% en septembre et 80% en novembre», ajoute le même interlocuteur. Reste qu'il faut environ trois mois pour former les machinistes qui arrivent progressivement sur le réseau. Et dans le métro, la situation sera résolue avant la fin du premier trimestre avec une offre à 100% sur toutes les lignes. En attendant, les lignes 8, 10 et 12 sont encore en souffrance. A la CGT, on n’est pas certain, toutefois, que tous ces candidats qui entrent en formation soient finalement recrutés (échec au permis de conduire par exemple). Enfin, les prochaines semaines nous diront si la méthode Castex résiste aux futures NAO qui débutent vendredi 13 janvier... Et à l’épreuve de la réforme des retraites.



