Analyse

Les chantiers de Jean Castex à la tête de la RATP

Sauf surprise énorme, l’ancien Premier ministre Jean Castex va prendre la tête de la RATP à la fin de l’année ou en janvier 2023. Il arrive dans une entreprise en ébullition et il devra monter des talents de négociateur pour faire retomber la pression.

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Castex métro AFP NE PAS REUTILISER
Jean Castex lors de l'inauguration de la prolongation de la ligne 14 du métro fin 2020.

La nomination de Jean Castex ne fait quasiment plus aucun doute. De source syndicale, il se dit même que l’Elysée lui a demandé de remettre de l’ordre à la RATP. Mais la mission de l’ancien Premier ministre à son arrivée quai de la Rapée (où se situe le siège de l’ancienne régie autonome) risque de ressembler davantage à un trajet en RER B qu’à un voyage en première classe de TGV, même s’il lorgnait plutôt le poste de Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF.

Selon nos informations, cette nomination est acquise à 95%. L'ancien chef du gouvernement devrait prendre son poste en décembre ou janvier 2023, quand le conseil d’administration de la RATP, le conseil des ministres, et les commissions de l’Assemblée nationale et du Sénat auront rendu leur avis. Le verdict de la Haute autorité de transparence de la vie publique est déjà tombé.

A son arrivée, l’accueil risque de ne pas être des plus chaleureux. La petite phrase de Jean Castex, qui a comparé les conducteurs de bus de Clermont-Ferrand avec ceux de Paris, ne passe toujours pas. « C’est comme comparer le métier d’un agriculteur et celui d’un maraicher, s’offusque Arole Lamasse, secrétaire général de l’UNSA RATP dans un entretien à L’Usine Nouvelle. Il ne connait rien au transport. »

Pacifier les relations sociales

Sa première mission sera donc de pacifier la RATP échaudée par la gestion de Catherine Guillouard, qui a quitté ses fonctions le 30 septembre. Personne en interne n’a oublié que l’ex-PDG est passée en force pour modifier le statut des conducteurs de bus afin de répondre au mieux à la concurrence en Île-de-France et qu’elle a réorganisé l’entreprise en business units.

Aujourd’hui, la RATP fait face à une pénurie de conducteurs essentiellement pour le réseau de bus où démissions et absentéisme ont rendu le service à Paris et en petite couronne particulièrement dégradé. «On enlève six jours de repos avec une augmentation salariale très insuffisante. Surtout on propose des salaires d’embauche supérieurs à ce que touchent les conducteurs en poste. Il faut suspendre les mesures mises en place », dénonce Arole Lamasse. Jean Castex va devoir mettre à l’épreuve ses talents de négociateur pour apaiser la situation, car la cocotte-minute risque d’exploser à l’occasion de la réforme des retraites.

Surtout, l’Elysée et Matignon ne souhaitent pas revivre une grève lors d’un évènement sportif majeur, comme ce fut le cas en juin dernier pour la finale de la Ligue des champions. Il en va de l’image de la France… Or, la Coupe du monde de rugby à l’automne 2023 et les jeux Olympiques de Paris en 2024 se profilent.

Rendre la RATP attrayante

Jean Castex sera donc attendu sur le bon fonctionnement du réseau, mais celui-ci ne dépend pas seulement du climat social. Il faut rendre la RATP attrayante pour attirer les talents à tous les niveaux et en premier lieu pour conduire les métros et les bus et travailler dans les ateliers de maintenance. Cela passe par des bonnes conditions de travail et des salaires décents.

Et les tensions ne sont pas seulement palpables en interne. Il faut aussi gérer la pression d’Île-de-France Mobilités et de sa présidente Valérie Pécresse, qui souhaite ouvrir la concurrence les plus rapidement possible y compris pour le métro et qui ne manque pas une occasion de dénoncer les carences des deux opérateurs historiques, la SNCF et la RATP.

La qualité du service est aussi liée à l’avancée des chantiers et à la rénovation du matériel et du réseau existant. Après avoir débarqué Thierry Dallard, début 2021, qui refusait de manier la langue de bois sur les avancées des chantiers du Grand Paris Express, il devra s’assurer que ceux qui incombent à la RATP ne prennent pas plus de retard et surtout que la seule ligne prévue pour les JO soit bien au rendez-vous. Il s’agit du prolongement de la ligne 14 au sud vers l’aéroport d’Orly et au nord vers Saint-Denis Carrefour Pleyel.

Tous ces chantiers franciliens ne doivent surtout lui faire oublier que la RATP est présente en région et à l’international. Là, l’image de l’ancienne régie autonome reste largement positive.

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