Île-de-France Mobilités en quête de solutions sur la pénurie de conducteurs de bus

Valérie Pécresse annonce des mesures pour régler le problème de la pénurie de chauffeurs de bus dans la région francilienne. Les situations diffèrent selon les opérateurs, mais la RATP est particulièrement pointée du doigt.

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Bus RATP MAN Hybride
Rouler dans la plus belle ville du monde... ça ne fait plus vraiment rêver. La RATP a toutes les peines à recruter des chauffeurs de bus.

Attendre 40 minutes à un arrêt avant de voir passer le prochain bus : le cas est loin d'être isolé lors de cette rentrée 2022 en région parisienne. 26% de l’offre n'est pas assurée selon Ile-de-France Mobilité, l'autorité organisatrice de transports. Un chiffre contesté par la RATP qui parle de… 25% pour septembre et de 17 % sur l’ensemble de l’année. 

Valérie Pécresse, la présidente d’IDFM, a réuni, mardi 27 septembre 2022, les opérateurs présents en Île-de-France pour «faire le point sur la pénurie de conducteurs qui ne leur permet pas d’assurer le service normalement». «La situation est très différente selon les réseaux», constate-t-elle.

Une situation quasi-normale pour les trains

Sur le ferroviaire, il ne manque que 50 conducteurs sur 2650. Dès la semaine prochaine, six trains supplémentaires seront ajoutés sur la ligne du RER C, ce qui permettra de revenir à la normale. Concernant le métro, il manque 100 conducteurs sur 2500 et la RATP assure 96% de l’offre d’IDFM. « Il reste encore à travailler sur le manque de conducteurs, mais les services sont surtout perturbés sur la ligne 4 par les travaux et sur la ligne 7 par les crackers », regrette la présidente de la région.

Sur les réseaux de bus, la situation est très variable (comme l'illustre la carte-ci-dessous). Certains réseaux fonctionnent normalement, d’autres sont affectés dans des proportions supportables, mais celui de la RATP à Paris et en petite couronne est « en très grandes difficultés ». Les causes sont liées aux situations tendues dans certains bassins d’emplois, mais IDFM réfute l’idée avancée par les syndicats qui dénoncent l’ouverture à la concurrence pour les bus lancée par Valerie Pécresse et qui sera appliquée à partir du 1er janvier 2025. Pour ne pas être dépassée par les offres moins disantes qui pourraient venir des opérateurs concurrents, la patronne de la RATP Catherine Guillouard - qui quitte ses fonctions au 1er octobre – a imposé à la hussarde un nouveau statut aux conducteurs de bus. 

Pénurie de chauffeurs de bus en Île-de-FranceIDFM
Pénurie de chauffeurs de bus en Île-de-France Pénurie de chauffeurs de bus en Île-de-France

Plus de 500 arrêts de travail frauduleux

Interrogé sur les raisons de cette situation de crise, Jean-Yves Leclercq, directeur financier du groupe RATP et futur président par intérim à partir du 1er octobre, évoque d'abord «des difficultés de recrutement», mais aussi «l’absentéisme multiplié par deux depuis 2019». Une partie s'explique par le Covid, mais une autre «résulte d’actes frauduleux », ajoute-t-il.La RATP dit avoir constaté plus de 500 arrêts de travail frauduleux, qui ont engendré 130 procédures de licenciements en cours.

Pour attirer les vocations, IDFM a mis des mesures de formation en place et une prime de 2000 euros pour ceux qui s’engagent. « A la demande des opérateurs, nous allons ouvrir un CAP de conducteurs », précise Valérie Pécresse. Actuellement, il n’y pas de conducteurs de moins de 25 ans, mais la loi Mobilités permet de conduire à partir de 18 ans. Dès la rentrée prochaine, cette formation diplômante sera mise en place dans un lycée de la région.

Retour à la normale en janvier 2023

Île-de-France Mobilités fait aussi appel aux conducteurs militaires, personnels de sécurité et gendarmes en retraite pour cumuler emploi et retraite. La région va participer aux programmes de construction de logements sociaux de la SNCF et de la RATP et demande au gouvernement de réduire «drastiquement» les délais administratifs pour valider les titres professionnels des conducteurs.

La situation ne sera pas résolue par un coup de baguette magique. Il faut trois mois pour former un conducteur. IDFM espère que la situation sera réglée en janvier 2023, mais rien n’est moins sûr pour la RATP qui va renforcer les contrôles sur l’absentéisme et accélérer le recrutement. « C’est un métier attractif avec un salaire annuel de 26000 euros brut pour des jeunes à partir de 18 ans », précise Jean-Yves Leclercq. Mais rouler dans les bouchons franciliens, avec des voyageurs irascibles, et des horaires décalés, nécessite une certaine motivation.

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